analyse : comme on voit sur la branche……

«Comme on voit sur la branche… »

Nouvelle continuation de amours (1556), « sur la mort de Marie »

Pierre de Ronsard

Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose
En sa belle jeunesse, en sa première fleur
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose :

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur :
Mais battue ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt feuille à feuille déclose :

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif, et mort, ton corps ne soit que roses.

 

 

Appelé par ses contemporains le prince des poètes, Ronsard est à l’origine de La Pléiade . Malgré la diversité de ses œuvres, c’est sa poésie amoureuse qui est restée célèbre jusqu’à nos jours et , bien qu’il ait reçu la tonsure, il consacre plusieurs recueils à ses muses et à l’amour. Un grand nombre de ses poèmes développe le thème du Carpe Diem et l’influence de Pétrarque est évidente.

Dans La nouvelle continuation des amours, et plus particulièrement dans « sur la mort de Marie », on pense que  poète pleure la mort de Marie Dupin, une jeune paysanne de Bourgueil ou celle de Marie de Clèves . Ce poème à la fois simple et précieux exprime la tristesse du poète.

 

LES ENTREES :  La comparaison rose/femme ; le temps ; la beauté ; la mort ; la douleur

 

La comparaison Marie/Rose

Ce sonnet se construit sur une comparaison qui respecte la traditionnelle rupture sémantique du sonnet entre quatrains et tercets. Vers 1 « comme » (la rose)  vers 9 « ainsi » (Marie)  ; les quatrains développent le comparant et les tercets , le comparé. Cependant ce poème va plus loin qu’une simple comparaison car la rose est personnifiée et Marie se métamorphose en rose. En effet les termes pour qualifier la rose sont des termes pour la femme : « jeunesse » (v2) ; « grâce » ; « amour » sont les attributs  d’une jeune fille (v5) et  l’attitude est humaine : « Languissante elle meurt » alors que pour la femme , l’expression « première et jeune nouveauté » fait écho à « première fleur »(v2) mais la métamorphose atteint son apogée au dernier vers : « ton corps ne soit que roses » il y a donc une inversion évidente à l’intérieur  même de la comparaison. Mais une comparaison se fait toujours sur un ou des points communs c’est le cas dans ce poème . Marie et la rose ont en commun la beauté : pour la rose « belle »(v2) ; « vive couleur »(v3) ; « grâce »(v5) et pour Marie : « ta beauté »  mais aussi la jeunesse : les deux vers qui y sont consacrés, l’un à la rose (v2), l’autre à Marie (v9) forment à eux deux un chiasme :

« En sa belle jeunesse, en sa première fleur » / « ainsi en ta première  et jeune nouveauté »

Ce qui donne l’impression que l’une est le miroir de l’autre et accentue la ressemblance !!!

De plus les deux meurent jeunes, arrachées malgré elles à la vie ! , La rose : « battue (…) elle meurt » (v7/8) ;  Marie : « la Parque t’a tuée » (v11). De plus la mort intervient en pleine jeunesse  ce qui est signifié par deux CCT : »Quand…. »(V4)  Et « Quand….. »(V10).

 

LA BEAUTE

 

La rose est considérée depuis l’antiquité comme la plus belle fleur symbole de l’amour

 (L’Histoire de la Rose

             » La rose est la fleur de l’amour et la plus populaire fleur de ce monde. » 
                       Elle a été créée par Chloris, la déesse grecque des fleurs, 
                                      mais du corps sans vie d’une nymphe 
                        qu’elle a trouvé un jour dans un effacement dans les bois. 
                           Elle a demandé l’aide d’Aphrodite, la déesse de l’amour, 
                                                      qui lui a donné la beauté;

                 Dionysos, le dieu du vin, du nectar ajouté pour lui donner un parfum doux, 
                           et des trois Grâces lui a été donné le charme, l’éclat et la joie. 
                                 Puis Zéphyr, le vent occidental, a soufflé loin les nuages 
                                              de sorte qu’Apollon, le dieu du soleil, 

                                         a  pu la polir et  en faire la fleur des fleurs.

                                     Et ainsi, Rose est née et était immédiatement reine couronnée des fleurs) http://boitedependore.com/fleurmois/histoirerose.htm

 

De nombreux poèmes de Ronsard évoquent cette fleur majestueuse : « Mignonne allons voir si la rose… » « Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie » etc…  

Dans ce poème elle apparait dès le premier vers avec un déterminant défini « la » qui souligne sa singularité et,  en fait un symbole associé  avec un « on » de généralité qui montre que le poète n’est pas le seul à en faire l’éloge. Le verbe « voir  » (V1) invite à voir la fleur, presque comme  une hypotypose.

C’est donc un merveilleux compliment que de comparer Marie à la Rose. Si on a pu voir que Ronsard utilise la polyptote( le même terme sous ses différentes formes) pour évoquer leur beauté respective, il utilise aussi le thème de la belle matineuse (Le topos de la « Belle Matineuse », femme dont la beauté fait pâlir l’Aurore, prend naissance avec un sonnet de l’italien Rinieri et sera repris par tous les poètes du 16ème S)   ainsi, v3/4 : « rendre le ciel jaloux » , « l’aube de ses pleurs »     et v10 : « Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté » .

De plus la beauté, pour le poète, n’a pas la porté d’une admiration platonique mais  doit être sensuelle  (mettre en jeu les sens), en effet, pour la rose on a la vue « vive couleur », l’odeur, avec le chiasme du vers 6 qui montre l’importance de ce sens pour le poète « embaumant les jardins et les arbres d’odeur » ; le toucher « dans sa feuille »(v5)  quant à la femme  « ton corps » évoque une intimité amoureuse.

 

 LE TEMPS

 

Le temps  est très important dans ce poème pour deux raisons : tout d’abord parce que Marie est morte trop jeune, au printemps  de sa vie, ensuite comme l’exprime le thème (en vogue au 16ème s) du carpe diem, la vie est éphémère, le temps passe  trop vite (cf. les « vanités »). C’est pourquoi tout le champ lexical du temps se concentre sur la notion de « commencement »  avec les termes déjà  vus de « jeune » ou « jeunesse » avec la répétition de « première » mais aussi avec le « mois de mai », ou l’aube » ou l’expression  « au point du jour »  ce moment est pourtant celui que va choisir la mort  ce qui est marqué par l’emploi de prop. Sub. circonstancielles de temps : « quand l’aube…. » (v4) ; « quand la terre….. » (v10).

Pourtant , le « temps » de Marie semble être encore plus court que celui de la Rose , pour cette dernière,  6 vers pour en faire l’éloge et deux pour évoquer la mort. Alors que la jeune femme n’a que deux vers pour l’éloge et un hémistiche pour la mort . Cela donne une impression d’accélération du temps.

Quant aux temps verbaux employés dans ce poème, ils participent évidement à l’organisation temporelle.  Les deux quatrains sont au présent d’habitude (tous les mois de mai) en revanche les deux tercets qui parlent de Marie sont très différents. Le vers 10 qui représente la jeunesse de Marie est à l’imparfait « honoraient » alors que sa mort est donnée au passé composé temps de l’action terminée et rapide et sur un seul hémistiche ce qui montre la brutalité et la soudaineté de la mort « La Parque t’a tuée ». Les vers suivants sont au présent d’énonciation qui correspond à la douleur du poète dans la situation présente « tu reposes » ; « reçois » (impératif présent) ; « ne soit » (subjonctif présent). Le fait qu’il s’adresse à Marie directement et à l’impératif présent rend sa présence presque réelle.

 

LA MORT

 

Le verbe mourir n’apparaît qu’au vers 8 c’est-à-dire, à la fin des deux quatrains évoquant la Rose . C’est pourtant un poème orphique, sur la mort donc, de la femme aimée. Cependant si la mort n’est pas explicitement évoquée dès le début du poème, certains indices semblent l’annoncer. Ainsi la « jalousie » du Ciel et les « pleurs » de l’Aube semblent annoncer un dénouement tragique. De plus on reconnaîtra l’euphémisme dans « se repose » (V 5) souvent employé pour évoquer le repos  éternel. On remarque aussi l’opposition entre la violence de la nature « battue » ou « excessive » (hyperbole) (V 7) et la douceur de la mort, marquée par l’adverbe « languissante » ou l’euphémisme  « déclose » (vers 8) on a donc l’impression que la Rose accepte son sort . On remarque, d’ailleurs, que pour elle , le verbe mourir est utilisée à la forme active et au présent   »elle meurt » (V8). Alors que pour Marie les événements semblent beaucoup plus rapides puisque sa mort intervient en un seul hémistiche et non pas en deux vers comme pour la rose , et que le verbe « tuée » alors employé induit l’idée d’un meurtre d’autant plus  que l’action n’est pas faite par Marie mais bien par la Parque, Marie n’étant que le complément d’objet . Cela , bien sûr, souligne l’impuissance des hommes face à la volonté des dieux et donc l’impuissance du poète devant la mort de la femme aimée.

 

LA DOULEUR

 

le poète rend deux hommages différents à Marie,  celui de l’homme et celui du poète .

L’hommage personnel apparaît avec l’utilisation du déterminant possessif associé à la tristesse marquée par la redondance « mes larmes »,   »mes pleurs «  (V 12) ce qui montre une certaine intimité entre Marie et Pierre de Ronsard et donne plus de force à la douleur qu’il ressent. Cependant nous remarquons aussi l’hommage du poète notamment au vers 13 : l’évocation énigmatique du  » vase plein de lait et du panier plein de fleurs » peut correspondre à un rite antique existant,  mais le démonstratif « ce » laisse à penser que c’est le poème lui-même qui est une offrande et qui représente à la fois le vase et le panier. La mort mise en incise à la césure du dernier vers permet de  dépasser la mort grâce à  l’amour du poète et à  la métamorphose de la femme en rose.

Introductions des poèmes du corpus sur le deuil d’Orphée

 

«Comme on voit sur la branche… »

Appelé par ses contemporains le prince des poètes, Ronsard est à l’origine de la pléiade . Malgré la diversité de ses œuvres, c’est sa poésie amoureuse qui est restée célèbre jusqu’à nos jours et , bien qu’il ait reçu la tonsure, il consacre plusieurs recueils à ses muses et à l’amour. Un grand nombre de ses poèmes développe le thème du Carpe Diem et l’influence de Pétrarque est évidente.

Dans La nouvelle continuation des amours, et plus particulièrement dans « sur la mort de Marie », on pense que  poète pleure la mort de Marie Dupin, une jeune paysanne de Bourgueil ou celle de Marie de Clèves . Ce poème à la fois simple et précieux exprime la tristesse du poète.

 

« Sur un tombeau »

Tristan l’Hermite est un auteur de la première moitié du XVIIème siècle qui s’est fait connaitre de son temps par son œuvre dramatique . Ce sont pourtant ses œuvre poétiques qui sont passées à la postérité. Sa poésie lyrique et précieuse est remise à l’honneur au XIXème siècle avec la découverte du baroque.

Ce poème est extrait  de : les plaintes d’Acante , recueil  élégiaque publié en 1635. Il est consacré à la mort de Philis une jeune fille qu’il aimait mais dont la main lui fut refusée.

 

 

« Le Lac »

Lamartine est un auteur lyrique du XIXème siècle dont la poésie Romantique a marqué l’histoire littéraire. En 1816, à Aix-les bains, il rencontre Julie Charles, une jeune femme mariée et malade, dont il tombe éperdument amoureux mais qui meurt avant qu’ils ne puissent se revoir l’année suivante. Elle deviendra l’Elvire de son recueil Méditations Poétiques publié en 1820.

Ce long poème en vers hétérométriques en est extrait. Revenu prés du lac où ils s’étaient aimés, le poète exprime sa douleur, sa solitude et prend à témoin la nature et le temps. Ce poème est devenu le symbole même de la poésie romantique lyrique.

 

« Notre vie »

Poète surréaliste puis engagé, Eluard participe à la modernité poétique. Sa poésie est porteuse d’espoir et célèbre le bonheur et l’amour même dans les moment les plus sombres d’un monde qu’il sait malade.  Pourtant , en 1946, sa femme , Nush, qu’il aime avec passion, meurt brusquement alors qu’il entamait à peine l’écriture de son recueil : Le temps déborde qui lui était dédié. Les poèmes qui suivent expriment alors sa douleur et son désespoir.

C’est le cas de cet émouvant poème .

 

« Dés que je me lève… »

Jacques Roubaud est un auteur contemporain, Enseignant en mathématique ,il a consacré sa vie à l’écriture et a exercé sa plume aussi bien à la prose qu’au vers. Après la mort de sa femme Alix Cléo, il écrit le recueil  Quelque chose noir  qui s’inscrit à la fois dans la tradition du deuil d’Orphée et dans l’esprit oulipien .

Ce poème en prose décrit un petit déjeuner solitaire miné par l’absence de la femme aimée .

descriptif n°5 la poésie

voici le dernier descriptif, Je vous le distribuerai à la rentrée …. en attendant servez-vous en pour vos révisions et si vous avez des questions n’hésitez pas !

 

Séquence n°5 : « La Poésie crie , accuse, espère » Paul Eluard

 

 

Objet d’étude :

Poésie et quête du sens du moyen âge à nos jours .

 

 

            Lectures analytiques

 

 

 

Lectures cursives,   documents complémentaires et activités

 

 

Problématique choisie :

Quand l’écriture poétique devient un acte de résistance   

 

Etudes transversales :

Thèmes et   Problématiques abordés: 

Histoire   littéraires

Qu’est ce que la   poésie :

Les spécificités   du genre

Les écritures   poétiques 

La pléiade, le Romantisme, le parnasse, le   symbolisme, le surréalisme.

Le carpe diem

Le pétrarquisme

Groupement de textes : 

 

Texte 1 :

« Je Trahirai demain », Marianne Cohn, 1943

 

Texte 2 :

« Ce   cœur qui haïssait la guerre… »,Robert Desnos, 1943  L’Honneur des poètes

 

 Texte 3 :

« La Rose et Le Réséda » , Louis Aragon, mars 1943  La Diane française,

 

Texte 4 :

  « Sonnet VI »Jean Cassou, 33 Sonnets composés au secret 1944.

                    

 

 

 

Documents   complémentaires :

Corpus de poésies :

-choix chronologique de poèmes de Ronsard à Desnos [ du   carpe diem au « langage cuit »]

 

Lecture   cursive : OI :

 

Poèmes à Lou,  Apollinaire

 

Travail personnel:

 

Rédiger une   anthologie d’environ 10 poèmes sur le thème de la guerre autour d’une   thématique particulière ou d’une problématique, en justifiant ses choix.

 

 

étude de : Le soir d’une Bataille; L. de Lisle

Etude
Du poème « Le Soir d’une Bataille » ;
Poème Barbares , Leconte
de Lisle

.Les entrées :  une épopée, La violence, l’argumentation, l’horreur, la beauté sauvage.

 

Introduction : Leconte de Lisle est un poète du 19ème
reconnu comme le chef de file des parnassiens .  S’il refuse les effusions lyriques du romantisme et l’utilisation de la poésie à des fins politiques, c’est pourtant un homme qui se bat contre l’esclavage (il est né à la réunion) et  qui a connu la violence de la commune. Mais sa poésie veut dépasser les faits contemporains et devenir la poésie de l’impassibilité. Il ne peut cependant renier son héritage romantique même s’il cherche dans son recueil  Poèmes Barbares  à « ressusciter les légendes et le passé du monde civilisé » L’indéfini utilisé dans le titre de ce poème  le détache des réalités contemporaines. Il y décrit une bataille imaginaire et pourtant très réelle. Ce poème a été tardivement rajouté au recueil.

I)
L’épopée :

l’épopée est un genre qui date de l’antiquité c’est le récit d’aventures  grandioses, de combats héroïques de
personnages au-dessus du commun des mortels. On évoque le registre épique dans le récit de combats violents et qui paraissent  surhumains. C’est le cas de ce poème . En effet tout est « énorme » dans cette Bataille,
les comparaisons avec une nature forte : « haute mer », « tourbillons », « large soleil », « les blés », « les vignes », « ardent soleil », « plaine noire » …..

En fait la nature participe à la bataille grâce  à ce champ lexical et cela donne l’impression d’un combat titanesque.

Les hyperboles sont présentes dans tout le texte pour évoquer la bataille et montrer son caractère épique elle dépasse le simple combat humain,  l’homme n’est jamais nommé ainsi, le choix du poète se porte sur la dépersonnalisation du « ils » non pas,  comme dans « le mal »Rimbaud pour montrer que l’homme n’est
rien mais pour accentuer sa puissance et sa violence . la seule fois que le mot homme apparait c’est en CdN « longs murs d’hommes » les synonymes ou les périphrases employées ne sont pas péjoratives elles ne rabaissent pas l’homme : « fantassins » , « cavaliers » , « ces braves » . l’homme n’est pas dans ce poème une victime passive du pouvoir, mais il entre dans le combat avec force et volonté : les verbes d’action le prouvent : « ils se sont tous rués », « ils ont poussé », »ils se sont laissés choir », «  ils se sont liés » même le « ils sont morts » de la dernière strophe montre une action héroïque  volontaire :  »heurtant de leur cœur la gueule du canon ». L’homme ici se dépasse, comme un héros antique :  « sans relâche », « de l’aube au soir » ce dépassement de soi est d’autant plus marqué, que syntaxiquement, c’est par
l’antéposition des compléments de manière, de lieux  ou de temps  que ces termes sont mis en avant, il y a une
accumulations de compléments sur les deux premiers vers de la strophe 2 . Même dans la mort ces hommes restent des héros , la description  de la strophe 4 le souline et là encore par une accumulation : «….muets,
farouches, les poings fermés, serrant les dents… ».
De plus cette bataille n’est pas une simple bataille c’est une « grande tuerie », un « massacre immense » ces deux appellations hyperbolique donnent une autre dimension à ce combat .

Il apparait évident que ce n’est pas une simple description mais bien un récit (épique en l’occurrence) avec une
« histoire » qui se déroule . en effet  on a l’assaut dans les deux premières strophes le combat bref, violent, strophe 3 puis quatre strophes sur l’agonie et la mort enfin deux strophes dans lesquelles le poète prend la parole  (même si le « je » refusé par les poètes du parnasse n’apparait pas).  Enfin pour conclure sur le caractère épique, je rappelle que le dernier mot du poème est le mot « Gloire ! »

II)       la violence de la guerre

La violence se concentre surtout dans les trois premières strophes L’image du premier vers ouvre le poème sur une idée de violence mais d’une violence naturelle : « la haute mer » représente la force (ce n’est pas la
plage !!!) et le caractère indomptable ….   Et le rivage est  « dur » c’est donc un affrontement violent entre la mer et la terre qui est décrit.

Tous les adjectifs participent  à décrire la violence de la bataille : « ivre et haletant » ; « sauvages. » ; « féroces » ; farouches » ; « furieuse » . Le vocabulaire de la guerre est présent et souvent « hyperbolisé » : métonymie du « fer » pour l’épée qui rend plus  sensible l’idée de « métal  froid » renforcée par la personnification : le fer s’est « gorgé » de sang (image presque diabolique),  « les crosses » sont lourdes…..      les termes utilisés pour décrire la bataille sont eux aussi hyperboliques et ajoutent une notion de
violence (déjà vus) « grande tuerie », « massacre immense », « boucherie », « meurtre »,   égorgement ».

Les blessures infligées montrent la violence du choc : « par les boulets troués » , « percé de coup de feu »  . l’action violente est aussi donnée par les verbes que nous avons relevé dans l’entrée précédente.

 

En réalité en ce qui concerne cette entrée elle est plus ou moins contenue dans l’étude de l’épopée puisque le récit d’un combat épique est toujours violent…..    c’est le caractère grandiose qui n’entre pas en compte ici .

 

III)    l’horreur

 Il est difficile de décrire une bataille sans en peindre les horreurs , C’est ce que fait Leconte de Lisle mais à la
manière parnassienne, ,ciselée.

Si les termes de « tuerie » , et de « troués » de la première strophe annonçait un carnage , ce qu’accentuaient les images  de « sang » et de cervelle » jaillissant , c’est surtout à partir de la quatrième strophe que les conséquences horribles de cette bataille apparaissent au lecteur.

Tout d’abord, l’accumulation du vers 13 montre l’ampleur des dégâts et met sur le même rang vainqueurs et vaincus ce qui est repris au vers 16 par « par milliers » effet  renforcé par le présentatif : « les voici » qui par l’effet de «l’hypotypose» les rend visible au lecteur, l’adverbe « maintenant » dans un texte au passé procède de la même manière , il ancre le récit dans la situation d’énonciation et les rend plus présent , plus proches du lecteur : l’horreur est là devant nos yeux. La longue accumulation de la strophe 4 , avec une gradation ( 3 unités de 2 syllabes « blêmes, muets, farouches » puis 3 unités de 4 syllabes –vers ternaire-  « les points fermés, serrant les dents, et les yeux louches » enfin une unité de 12 syllabes  ) nous
entraîne face à une image de destruction.

 

En revanche, le poème subit une gradation descendante de : des « clameurs sauvages » et des  tourbillons » des soldats plein de fougue de la première strophe à l’immobilité et au silence
de la mort sur un champ de bataille déserté.

En effet : dès le vers 18 on passe à « murmurer » puis « se sont tus » , « des râles » au mot « silence » qui clôt la strophe 7 et la description de la bataille .

De même pour le mouvement : « avec lenteur », « se tordre vaguement », « dressant son cou »

Mais c’est surtout la vision de la scène qui s’efface : « blêmes » « pâles », « morne », « estompe » ; « bossué … de chair » (les détails ne sont plus visibles ) « dernières lueurs », « on voit à peine », vaguement ».

Le « large soleil d’été » du vers 5 a fait place au « soir sinistre » du vers 20 !

Toute l’ardeur de la bataille a laissé place à l’horreur de l’après bataille .

Le poète a même utilisé un registre pathétique rare chez les parnassiens. En effet à la strophe 7 la scène du
cheval agonisant est pathétique  . le cheval semble la seule victime innocente du poème « au milieu de ce massacre » le montre à la fois comme victime centrale ( essentielle) mais aussi le présente comme perdu au
milieu d’un massacre qui ne le regarde pas . « Le rauque et triste adieu » est pathétique et le personnifie. On remarque cependant que le poète prend un certain recul. Il s’éloigne de la scène  de « les voici » on passe à « là-bas ».

Enfin l’horreur est surtout évoquée par le jugement du poète dans la strophe 8 . Son émotion face à l’horreur est exprimée par une accumulation d’exclamations accompagnée d’une gradation rythmique 4 syllabes/4/6/10 et d’un enjambement externe du vers 29 sur le vers 30 qui renforce l’effet d’accumulation.

Le champ lexical de l’horreur est présent dans toute la strophe : « boucherie » ; « meurtre » ;« horrible », « cadavre » ; « horreur » ; « égorgement »

 

I)
la beauté sauvage

C’est tout d’abord celle de la nature que nous avons décrite plus haut, elle est grande « haute » ; « large »
ce sont de vastes étendues : « plaine » ; « terrain », blés » ; « vignes »

Elle est puissante : « dur » ; « tourbillon » ; »ardent »…….  L’allitération en R qui traverse tout le poème et le rend difficile parfois à prononcer est significatif, il est parfois au service de la force : (voir strophe 1) parfois sert à adoucir : « lenteur » ; « murmurer » ; « morne »….

Les images de la guerre sont belles grâce à la description de la nature…. Ainsi à la strophe 5, le vol d’oiseau, le murmure de la pluie…..

De plus le poète fait de la lutte entre combattant une sorte de danse amoureuse ; le champ lexical de l’amour est présent : « haletant » ; « ils se sont liés » ; « étreintes » ; « le souffle au souffle uni » ; « corps entrelacés ».
enfin le dernier vers semble décrire un holocauste (sacrifice fait aux dieux) associant la religion « béni »,pur »
, la violence « sang », « fume » et « la gloire » !  Comme un antique sacrifice, sauvage et païen .

 

II)
L’argumentation

Parler d’argumentation dans un poème parnassien peut sembler absurde en effet, les poètes parnassiens  veulent « sortir l’Art (…) des visées sociales que lui assignait le Romantisme » pourtant, ce poème en décrivant ce soir de bataille crée une émotion qui persuade ! L’émotion crée par le registre épique crée une impression de terreur …. L’horreur des scènes de mort, tout semble plaider contre la guerre. Cependant la focalisation
externe correspond à la distance que prend le  poète parnassien, il s’est retiré du poème , ne travaille que sur la
beauté du vers et de l’image….. Jusqu’à la strophe 8 !

Mais là encore si le poète s’engage c’est de manière concessive ce que confirme le « mais » qui ouvre la
dernière strophe . les deux dernières strophes sont en antithèse l’une « maudi(t) » l’autre « béni(t) » si le poète semble haïr la guerre et utilise pour la désigner la périphrase « stupide horreur », c’est l’emploie de l’aposiopèse (à chercher dans le dico !) qui met en valeur le mot « liberté » mis alors en incise . toute cette horreur prend alors du sens , le vocabulaire est mélioratif « cœur » ; « braves » ;  « liberté » ; « béni » ;
« pur » ; « gloire ».

Cette dernière strophe exalte la beauté de « la grande tuerie » Le courage, le sens du sacrifice des soldats ……     Quelle thèse est donc défendue par L de Lisle ? celle de la strophe 8 ou celle de la strophe 9 ????   Selon la thèse l’argumentation implicite du poème doit être réinterprétée (beauté du geste, courage, sens du
sacrifice, orgueil même dans la mort…….etc)

Donc si le poète a écrit un poème engagé , il garde une distance avec cet engagement, brouille les pistes de lecture……. Et laisse le lecteur surpris etdubitatif face à la description de ce soir de bataille

Si donc vous tombez sur une question sur l’argumentation il faudra développer 2 thèses tout d’abord l’absurdité de la guerre avec la description de l’horreur puis la beauté de la guerre au nom de la liberté avec l’héroïsme et l’épopée

 

Je vous rappelle qu’il vous revient de marquer les lignes des citations !

 

Les problématiques de la poésie

Vous avez pu le constater, si vous avez pris le temps de lire mon petit résumé de l’histoire de la poésie et de ses origines, la poésie a beaucoup évolué  au cours des siècles….   les définitions, les conceptions ont changé….

Comment alors  définir la poésie aujourd’hui…..?  difficile, les spécialistes eux mêmes ne sont pas d’accord….. on ne vous demandera jamais de répondre à cela mais on appréciera que vous vous posiez les bonnes questions…..  

Pour ma part je retiens certains critères : 

La poésie exprime et/ou provoque une émotion; la poésie est métaphorique ; la poésie accorde autant d’importance au caractère visuel et sonore des mots, des phrases, des strophes…  qu’à leur sens. Enfin, le but de la poésie n’est pas un acte de communication simple…..  

 La poésie doit-elle être engagée, lyrique, parnassienne, ou l’expression de l’inconcient……  c’est tout cela à la fois….   cependant on peut remarquer que la poésie parce qu’elle est capable de créer une émotion peut persuader mieux qu’aucun autre genre et certains poètes , surtout en temps de crise, en sont conscient et se mettent alors au service de l’autre….. qu’elle peut aussi exprimer merveilleusement l’émotion intime ou l’émotion esthétique… 

Il faut constater aussi que le poète se sent souvent différent….  qu’il est capable par une alchimie mystérieuse de transformer la langue, de ressentir plus qu’un autre , il se sent parfois visionnaire, parfois inspiré et souvent rejeté……

Enfin que la poésie n’existe que dans le partage de l’émotion avec le lecteur……   que parce que, lorque vous la lisez vous ressentez une étrange émotion sur laquelle parfois on ne peut pas mettre de nom……..

alors, fonction de la poésie, place du poète, définition de la poésie, sont autant de problématiques que l’ont peut vous poser….

bon travail et bon courage………

Brève histoire de la poésie française

A) le moyen âge

Au moyen âge, deux genres principaux subsistent :

la chanson de geste  récitée par les trouvères  écrite en ancien français elle est l’héritière de l’épopée ……                                            

la poésie courtoise chantée par les troubadours , écrite en langue d’oc (sud de la France) c’est la poésie lyrique , écrite simplement au début, elle évolue ensuite vers une langue plus recherchée et des formes fixes.

A la fin du moyen âge  au XVe S apparaissent les grands rhétoriqueurs , ce sont des poètes qui développent les métaphores et les jeux poétiques, spécialistes de la rhétorique et des règles de versifications, ils écrivent souvent des poèmes un peu surchargés . Cependant, ils se livrent à une véritable recherche esthétique et ont le courage d’innover dans un domaine qui tend à être très codé.

B) Le XVIe S ( l’humanisme)

deux genres poétiques majeurs :

La poésie lyrique :  – La pléiade est un groupe de 7 poètes avec à leur tête Ronsard le prince des poètes et Du Bellay . Très inspirés par le poète italien du XIVe S Pétrarque , ils veulent illustrer (c’est à dire enrichire la nouvelle langue française encore pauvre ) afin de n’écrire qu »en français et plus en latin.

D’autres poètes lyriques,  ceux de l’école lyonnaise par exemple, tels que De Sève ou la poétesse Louise Labé  se font connaître à  la même époque ….  Clément Marot aussi a marqué alors la poésie Française

La poésie Engagée : – ce sont les débuts de  la  poésie   engagée    avec     notamment        Agrippa d’Aubigné poète protestant qui écrit une poésie violente mais aussi (encore) Ronsard qui écrit des poèmes plus « sérieux » pour critiquer son temps.

C) Le XVIIe S

la poésie Baroque  (début du siècle) est une poésie riche de l’accumulation et de la profusion , qui « parle » de métamorphose,  qui est l’expression de l’inconstance et de l’illusion , de l’instabilité et dont l’un des thèmes de prédilection est  « les quatre éléments » un exemple et vous comprendrez mieux :

Marbeuf

Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage,
Et la mer est amère, et l’amour est amer,
L’on s’abîme en l’amour aussi bien qu’en la mer,
Car la mer et l’amour ne sont point sans orage.

Celui qui craint les eaux qu’il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu’on souffre pour aimer,
Qu’il ne se laisse pas à l’amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.

La mère de l’amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l’amour, sa mère sort de l’eau,
Mais l’eau contre ce feu ne peut fournir des armes.

Si l’eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j’eusse éteint son feu de la mer de mes larmes

La poésie classique vient « corriger le désordre de la poésie baroque » . Si la poésie n’est pas le genre le plus en « vogue » du classicisme elle est cependant incarnée avec succés par Malherbe qui rejette l’inspiration et veut une langue pure , seule pour lui compte la technique, rigoureuse, elle fait du poète un ouvrier du vers.  son « héritier » est Boileau que vous connaissez pour L’Art Poétique qui exprime l’idéal littéraire de Boileau mais il est aussi l’auteur d’autres oeuvres telles que Les Epitres .

Il faut aussi parler de La Fontaine , « notre » grand fabuliste dont l’oeuvre tient une place à part , genre mineur de la poésie à l’époque , la fable prend avec lui ses lettres de noblesse……  et si ce n’est pas à proprement parler de la poésie tel que l’on conçoit ce genre de nos jours, ses fables sont bien souvent poétiques.

D) Le XVIIIe S (les Lumières)

La poésie n’est pas un genre à l’honneur au XVIIIè S  et bien que Voltaire « s’amuse » avec des poèmes tel que Le Mondain seul  André Chénier a réellement laissé sa marque dans la poésie de ce siecle de philosophes…

E) Le XIXe S

Le romantisme :  à la suite de la révolution française , le romantisme est une « révolution littéraire »  ;  cette poésie de la première moitié du siècle exprime avant tout le mal être  de toute une génération.

3 tendances : - la poésie Lyrique , expression du moi, mélancolie , méditation sur l’amour, la fuite du temps, la mort  et la recherche de soi  dans la contemplation de la nature…..   avec Lamartine par exemple. 

                        - la poésie engagée, Le poète fuit son propre malheur en  s’impliquant pour dénoncer  les injustices de ce monde, tel que le fait Victor Hugo dans Les Chatiments

                         - la poésie  onirique née du gout immodéré de ce début de siècle pour le fantastique  ainsi nous pouvons citer le poète Aloysius Bertrand (créateur de la poésie en prose)

le Parnasse :  ce mouvement littéraire qui prone l’Art pour l’Art en réaction au lyrisme ou à l’engagement poétique du romantisme affirme que la seule fonction de la poésie est d’être poétique et d’approcher un idéal esthétique de la forme et du thème. Le poète travaille le vers , le « ciselle » pour approcher la perfection et faire naitre une émotion esthétique.

Le symbolisme : la poésie symboliste cherche à offrir des sensation et des impressions plutot que représenter, suggérer plutot que décrire. Verlaine écrit un des textes fondateurs de cette doctrine : L »Art Poétique. Rimbaud l’illustre avec un recueil tel que Illumination.

Comment ne pas parler des « poètes maudits » de cette fin de siècle. Cités par Verlaine dans un article, ce sont des poètes qui souffrent d’être méconnus, rejetés, dont la vie est difficile et qui mourront souvent jeunes. Verlaine, Rimbaud, Mallarmé,  Lautréamont mais aussi Baudelaire….

Baudelaire , Poète inclassable né dans le romantisme, revendiqué aussi bien par les symbolistes que les surréalistes, il a participé à créer la modernité poétique et à engager la poésie dans une voie nouvelle……

F) Le XXe S s’il voit encore des écoles ou des mvmts littéraires tels que  le surréalisme (l’écriture automatique transcrit l’inconscient),  ce sont surtout des individualismes qui vont ouvrir à la poésie  des horizons nouveaux ; Apollinaire, Blaise Cendrar, St john Perse…….

C’est un tour d’horizon très court qui laisse dans l’ombre tant de poètes importants, d’écoles littéraires…  surtout au XXè S  Mais je n’ai plus le temps……..

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