La Guerre de Troie n’aura pas lieu , Giraudoux. ( Etude générale)

LE CONTEXTE :
Cette pièce fut crée en 1935 pendant l’entre-deux-guerre dans une France divisée entre les nationalistes et les pacifistes (comme dans la pièce !) Entre 30 et 35 l’arrivée d’hitler au pouvoir et la remilitarisation de l’Allemagne font monter la tension et craindre un nouveau conflit ;
La pièce s’inscrit dans l’attente et l’inquiétude de la situation contemporaine. De nombreux détails dans la pièce font référence aux évenements de cette période et Giraudoux abuse d’anachronismes qui y renvoient.
Ainsi les références aux années 1914-1918 sont multiples. La réplique d’Andromaque, « (…) il m’a juré que cette guerre était la dernière », renvoie à l’attitude des Européens qui ont longtemps espéré que la première guerre mondiale serait « la der. des der. »
En affirmant que son fils ne serait pas lâche, mais qu’elle lui aurait coupé l’index de la main droite, Andromaque évoque aussi une pratique répandue chez les poilus qui recourent volontiers à des mutilations pour se faire réformer.
Dans la scène 8 de l’acte II, l’attitude d’Ulysse qui explique à Hector la vanité des négociations peut être interprétée comme une allusion aux conférences de Locarno en 1925 et de Stressa en 1935, qui ont eu lieu à Genève, le siège de la Société des Nations.
La réplique d’Ulysse, « Le chemin qui va de cette place à mon navire (…) est long comme le parcours officiel des rois en visite quand l’attentat menace », renvoie probablement à l’attentat de 1934 dont est victime le roi Alexandre de Yougoslavie. Enfin, le discours aux morts prononcé par Hector est la caricature des discours que Raymond Poincaré adresse chaque dimanche aux morts.
L’abus des mots creux dont use Démokos montre l’importance des affirmations mensongères et le danger de l’endoctrinement (chant de guerre…. )
C’est donc à travers Hector que Giraudoux (ancien combattant) exprime son dégout de la guerre, même la guerre « juste », ainsi dans son « discours aux morts » Giraudoux dénonce l’éloquence patriotique et l’exploitation des morts si fréquentes en cette période.

UNE TRAGEDIE ? :
La tragédie classique se caractérise( entre autre) par un sujet noble puisé dans l’histoire ou les mythes antiques et par le fait que des héros se battent en vain contre le destin ce qui provoque chez le spectateur ce qu’Aristote appelait la catharsis (la purgation des passions) .
En Cela La guerre de Troie correspond parfaitement aux attentes d’une tragédie car le spectateur sait que la guerre de Troie a eu lieu (du moins dans L’Iliade) Le titre est donc l’illustration même de la tragédie. On sait que la lutte d’Hector sera vaine… et la fin tragique. Même si cette fin tragique dépasse la pièce et renvoie à l’épopée source….. la guerre de Troie, et les nombreux morts qui en furent la conséquence, et comme le dit Giraudoux « ils sont tous destinés à mourir, non dans ma pièce mais dans l’histoire »
Définissant la guerre comme un « fatum »(destin ,fatalité), Cassandre, Helene et Ulysse proclament la suprématie du « destin ». Dans la scène 1 de l’acte I, Cassandre affirme que le destin est comme « la forme accélérée du temps » elle le représente métaphoriquement grâce à l’image du «tigre». Le destin veut que la guerre entre Troyens et Grecs ait lieu, tandis que dans la scène 9 de l’acte I Hélène dit : »Je ne vois pas la paix » De même, dans la scène des négociations entre Hector et Ulysse, ce dernier remarque que les Troyens ont outragé le destin, que « l’insulte au destin ne comporte pas la restitution » et que l’univers, (autre appellation du destin) sait bien que Troyens et Grecs vont se battre. Pour ne pas décevoir Hector qui s’accroche à la paix, Ulysse consent pourtant à « aller contre le sort » et à ruser contre lui, en acceptant la remise d’Hélène. De Plus Giraudoux affirme dans une interview : « C’est une tragédie que j’ai voulu écrire. Une tragédie, bien entendu à ma manière, mais une tragédie, c’est-à-dire un ouvrage dominé par une fatalité »
Cependant toutes les règles de la tragédie classique ne sont pas respectées. L’unité de lieu tout d’abord mais aussi le registre soutenu souvent remplacé par un registre familier. L’unité de ton n’est pas respectée non plus, on passe fréquemment du sublime au comique. La pièce alterne des scènes tragiques telles que les supplications d’Andromaque (envers Priam ou Hélène) et des scènes comiques comme celles avec les vieillards
En effet par certains côtés la pièce est aussi une comédie : comique de geste avec la scène des gifles, ou de situation avec celles des vieillards qui montent et descendent ; comique de parole : « tu dois admirablement lancer le javelot avec ce radius en fer et ce cubitus à pivot. » et l’évocation de la sexualité (un des thèmes de la comédie depuis l’antiquité) notamment lorsqu’il s’agit de savoir si Hélène est restée vierge après son enlèvement par Pâris, Hector voulant absolument se débarrasser d’Hélène qu’il prétend être restée pure, au grand dam des Troyens qui se sentent blessés dans leur amour-propre et leur virilité et une réplique comme « Et ta grand-mère ! » est devenue un classique mais aussi lorsque Hélène compare les hommes à des savons auxquels elle aime se frotter…….
Une tragédie moderne où le destin prend le visage de la bêtise des hommes et où la comédie se met elle aussi au service du tragique…..

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