Caligula (1944), Acte I, scène 8, Albert Camus

Caligula  (1944), Acte I, scène 8, Albert Camus

introduction :

 

Camus est un auteur du XXe siècle qui n’a cessé de développer sa philosophie sur l’absurde et le désespoir. Romancier , philosophe mais aussi dramaturge il garde longtemps en gestation sa pièce Caligula . Elle fait parti de ce que l’on peut appeler le cycle de l’absurde avec l’étranger et le mythe de Sisyphe. Inspiré du personnage historique et antique de Caligula, le Caligula de Camus est un prince révolté qui rejette toutes les valeurs tel que  le bien, le mal et développe à la fois une rage de destruction et  une passion de vivre. La métamorphose du prince en tyran est déclenchée par la mort de sa sœur Drusila. Il n’aura alors de cesse de provoquer et détruire ceux qui l’entourent jusqu’à sa propre mort. Dans cette scène,  il s’adresse à son intendant et dévoile son projet, violent et provocateur, qui prévoit la mort des nobles  de Rome. Ils devront tester pour l’État et ainsi ils seront assassinés lorsque l’État aura besoin de finances.

 

Les entrées : le personnage de Caligula, le pouvoir absolu, la violence, une réflexion sur la vénalité.

 

Caligula :

 

C’est un personnage qui a existé et qui est connu pour sa folie Camus a choisi de lui donner une certaine profondeur philosophique. Il apparaît parfois comme un fou et comme quelqu’un d’extrêmement logique et sûr de lui.

Tout d’abord il semble fou puisqu’il décide de faire mourir tous les nobles (L 1) : « tous les patriciens … » et « nous ferons mourir » (L 5). Cela apparaît aussi dans le fait qu’il ne semble pas avoir  de raisons, ni d’organisation logique:  il utilise deux fois l’adverbe             « arbitrairement » (L 6, 7) .

De plus il joue un personnage sans aucune empathie,  même avec Caesonia sa favorite,  on le relève avec la didascalie « imperturbable » .  Il semble aussi atteint de mégalomanie  (en même temps,  il est empereur !) en effet, il utilise fréquemment le « nous » pour parler de lui même « nous hériterons » (L 6) ou alors le moi « moi » (L 13), « mon plan est génial » (L26) Caligula semble mépriser son intendant « je ne t’ai pas encore donné la parole » (L 5) ou « imbécile » (L 17) ou encore la didascalie « rudement » (L 13).

Son pouvoir sur les gens lui permet de s’exprimer comme il l’entend, il apparaît aussi comme un personnage manipulateur et violent :

 Manipulateur car il se sert de la logique pour expliquer l’absurde (et vice-versa) ainsi il part d’un constat,  par exemple « il n’est pas plus immoral de voler directement les citoyens… » (L1) on remarque il utilise un présent de vérité générale ainsi (toujours au présent de vérité générale) « si le Trésor a de l’importance alors la vie humaine n’en a pas » (L 17). Il construit donc  son raisonnement de manière logique et en même temps totalement absurde.

Il manipule l’intendant: « je consens écouter ton point de vue » (L 23), « je rentre dans ton jeu » (L24), ou encore « je joue avec des cartes » métaphore de L 25.

Ainsi il prend les arguments de l’intendant et les retourne contre celui-ci.

De plus il a réellement l’air de s’amuser. Pour lui le pouvoir est un jeu. On s’en rend compte dans sa dernière réplique avec « je rentre dans ton jeu » ou encore « je joue avec des cartes » (L 25 26) et avec la dernière phrase lorsqu’il compte « un… » (L 27) ce qui donne impression qu’il joue ……mais ici,  il joue avec la vie des autres.

 

Le pouvoir absolu :

 

En tant qu’empereur,  Caligula jouit d’un pouvoir absolu. Il le sait et il utilise des verbes qui montrent ce pouvoir absolu tels que   »devoir » ou » décider » « doivent » (L 2)  « j’ai décidé » (L 19). C’est un pouvoir qu’il affirme : « j’ai le pouvoir » (L 19). De plus il utilise le futur de l’indicatif qui ne laisse aucun doute sur l’avenir ainsi « nous ferons mourir » (L 5), « je volerai franchement » (L 13) ou encore, « j’exterminerai » (L 20). Son pouvoir est marqué par le fait qu’il peut prendre toutes les décisions,  telles que « nous pourrons modifier cet ordre » (L 6) ou encore « s’il le faut je commencerai par toi » (L 20/21) avec d’ailleurs beaucoup de cynisme.

Deux choses caractérisent habituellement le pouvoir absolu d’un tyran : le caprice et l’immédiateté.  Ainsi on retrouve cela avec le personnage de Caligula : « sur l’heure » (L 3), « sans délai » (L 14), « dans un mois au plus tard » (L15) ou encore « tu as trois secondes » (L26). On se rend compte aussi qu’il ne tient aucun compte de l’avis de ceux qui l’entourent et se contente de donner des ordres , ainsi le futur « tu exécuteras ces ordres » (L 14) ou encore l’impératif « envoie des courriers » (L15) « écoute moi » (L17) enfin c’est un personnage cynique il utilise l’ironie dans « remercie moi » (L24).

Que ce soit l’intendant ou Caesonia, les deux ont des réactions dont César ne tient pas compte ainsi « mais César » (L 4) « César tu ne te rends pas compte » (L 14), « qu’est-ce qui te prend » (L 16) tandis que  Caligula reste : « imperturbable » (didascalie L8) enfin il ne donne aucune possibilité de discuter ses ordres : « ce qui clôt le débat » (L 26)

 

la violence :

 

La violence qu’exerce Caligula est aussi bien physique que psychologique. Tout d’abord physique car il a décidé de tuer et qu’il en parle de manière tout à fait simple sur un ton qui paraît détaché. On retrouve le champ lexical de la mise à mort : « nous ferons mourir » (L5), « exécution » (L9) ainsi que deux occurrences de « tu exécuteras » (L 14).

On remarque aussi l’utilisation du champ sémantique du verbe « exécuter » , en effet on peut utiliser ce verbe dans l’expression « exécuter des ordres » ou « exécuter des personnes ».

Enfin toujours dans le champ lexical le terme « j’exterminerai » (L 20) . Il y a une gradation dans l’utilisation de termes de plus en plus violents.

La violence psychologique apparaît dans l’arbitraire. Cette notion d’arbitraire apparaît déjà à la ligne 2 dans la mise en incise « petite ou grande c’est exactement la même chose » ainsi que par l’utilisation de l’adverbe « arbitrairement » à deux reprises,  pour évoquer la manière d’établir la liste de ceux qui doivent mourir.

Caligula, en expliquant que l’ordre des exécutions peut changer à tout moment,  laisse sur la tête de chacun une « épée de Damoclès » et une inquiétude,  une peur qui est une violence psychologique.  Ainsi « l’ordre des exécutions n’a aucune importance (L 9) ou encore « aussi coupables les uns que les autres » (L 10).  Enfin,  les Romains sont obligés de tester en sachant ainsi qu’ils signent leur arrêt de mort,  ce qui est en soi une sorte de torture psychologique.

 

Réflexion sur la vénalité :

 

A travers le personnage de Caligula,  Camus nous livre aussi une réflexion sur la vénalité. En effet c’est par provocation face à la vénalité de l’intendant,  qui représente et défend le Trésor public,  que Caligula a décidé d’exécuter les nobles. Il développe dans cet extrait la thèse qu’il énonce à la ligne 17 : « si le Trésor a de l’importance alors la vie humaine n’en a pas ». Il utilise ainsi des antithèses qui opposent la vie et l’argent pour montrer qu’accorder trop d’importance à l’argent c’est en accordé trop peu à la vie. Ainsi        « leur vie pour rien/l’argent pour tout » (L18).. Caligula se moque aussi de l’hypocrisie de l’État qui vole le peuple d’une manière détournée,  on a trois occurrences du verbe voler (L 11, 12,13) il utilise ce verbe pour parler des impôts….   il compare « les taxes de taxes indirectes » (L 11) au vole lui-même « voler directement » (L 11) il utilise ainsi une déclaration au présent de vérité générale « gouverner c’est volé » (L.

On comprend  en réalité que pour Caligula l’argent n’a pas d’importance c’est la vénalité des autres qu’il veut punir,  notamment celle de l’intendant et des patriciens, il le dit à l’aide d’une hyperbole « tout ceux qui pensent comme toi » (L 18) ou encore « ils tiennent l’argent pour tout » (L 19). L’importance de l’argent pour César c’est celle que l’intendant veut lui donner ce qu’il explique avec « ton point de vue », « ton jeu », « écarte » (elle 23/24/25).

Ainsi par l’absurde il démontre le peu d’importance de l’argent par rapport à la vie grâce  (paradoxalement) à son pouvoir de tyran.

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