Analyse Extrait Angelo tyran de Padoue

 Angelo tyran de Padoue, (1835), Journée I, scène 1.Victor Hugo

Introduction :

Victor Hugo s’essaya au théâtre avant même d’être romancier  ou poète. Très jeune, il fait parti du cénacle des romantiques et,  dans la préface de Cromwell, il développe  son concept du drame romantique. Lorsqu’il écrit Angelo tyran de Padoue , en 1835  il est à la fois influencé par son admiration pour Shakespeare  et la vogue de Venise chez les romantiques. Cette pièce raconte l’histoire d’Angelo puissant podestat de Padoue,  de sa relation avec  sa femme Katarina et sa maîtresse la comédienne Tisbe. Dans cette tirade il s’adresse à cette dernière et évoque la puissance mystérieuse et inquiétante du conseil des dix sur la république de Venise dont fait partie Padoue et se présente en victime.

 

les entrées : Angelo tyran, Angelo victime, le conseil des 10, la violence, le mystère, l’image de Venise.

Angelo tyran :

Dans les premières phrases de cette longue tirade, Angelo se pose lui-même à la tête de Venise, il utilise à la fois des titres officiels tels que « seigneur » (L 1) ou « podesta » (L2) ou « souverain » (L1) , mais aussi des termes plus connotés tels que « despote » (L1) ou « tout-puissant » (L2/3) ou encore des hyperboles pour parler de son immense pouvoir « je puis tout » (L1), « tout-puissant », « tout absolu » (L3) enfin il utilise la métaphore du tigre image du pouvoir et de la force mais aussi de la violence « la griffe du tigre sur la brebis » (L2).

On remarque aussi la répétition du « je » qui lui permets d’insister sur son propre pouvoir :   « je suis le podesta », « je puis tout », « je suis seigneur » (L 12).

Le pouvoir d’Angelo s’exerce envers Padoue puisqu’il est ainsi que l’indique le titre de la pièce « tyran de Padoue » on le voit « je suis sur Padoue » (L 29) ou encore « j’ai mission de dompter Padoue » et enfin « tyran de Padoue » (L 32) . On remarque dans ces trois expressions une gradation qui donne une image d’Angelo de plus en plus forte par rapport à Padoue. les différentes expressions mettent en valeur le champ lexical du tyran avec les termes « dompter », « terrible », « despote », « tyran » (L 30) on voit donc Angelo explique lui-même qu’il est le maître absolu sur la ville de Padoue et qu’il a donc un pouvoir absolu.

 

 

Angelo victime :

 

Malgré tout son pouvoir et son titre de Podesta Angelo apparaît être la marionnette  du « conseil des dix ». Il est donc manipulé et chaque terme qu’il évoque pour montrer sa puissance et systématiquement associé à un terme qui vient minorer ce pouvoir ainsi, il utilise le connecteur « mais » (L3) qui fait de son propre pouvoir une concession (oui mais) ainsi « je suis sûre Padoue mais ceci est sur moi », (L 29) «  au-dessus de moi »…. On a aussi l’utilisation de la préposition « sur » qui cherche à montrer qu’il est aussi une proie .

On remarque aussi l’utilisation de termes qui montrent qu’il est finalement « aux ordres »  tels que « m’est  permis » (L 32) ou « m’est ordonné » (L 30) ainsi que des termes hyperboliques tels que « esclave » en antithèse avec « tyran » (L 32 33) pour parler de lui-même : « tyran de Padoue, esclave de Venise. »

Enfin Angelo évoque les émotions ressenties par une proie : « sous quelle pression je vis » (L 29) ou encore « je suis bien surveillée » (L 33) ainsi que des émotions qui traduisent la peur avec l’accumulation de la ligne 28 : « je me dresse », « j’écoute », « j’entends ». Ce qui est confirmé par l’accumulation des lignes 35 /36 « le valet qui me sert m’espionne, l’ami qui me salue m’espionne, le prêtre qui me confesse m’espionne, la femme qui me dit je t’aime m’espionne. » Chaque unité de cette accumulation est composée d’une proposition principale et d’une proposition subordonnée relative avec répétition du verbe espionner. Vu sous cet angle Angelo n’est pas un tyran mais bien une victime.

 

Le conseil des dix :

 Dans cette longue tirade Angelo cherche à montrer que le vrai tyran c’est le conseil des dix qui règne sur la république vénitienne. Ainsi, de manière progressive, avec une véritable gradation , il va parler du conseil des dix : tout d’abord « il y a une grande chose » (L3) ensuite « il y a Venise » (L4) puis « c’est l’inquisition d’État» (L5) puis « c’est le conseil des dix », et enfin « le conseil des dix ! Parlons en bas » (L 5,6). Le conseil des dix apparaît supérieur et effrayant  Angelo semble d’ailleurs effrayé …ainsi il y a une répétition de «Ô ! Le conseil des dix ! » (L5–33). D’un côté le « conseil des dix » est personnifié « il est peut-être là quelque parent qui nous écoute » (L6) ou « le conseil des dix  en a la clef dans sa poche » (L 34) ; en même temps le « conseil des dix » est démultiplié puisqu’il est partout on le remarque avec la répétition de « des hommes » (L6,7,8) comme s’il avait une sorte de don d’ubiquité « des agents partout », « des sbires partout »…, des bourreaux partout » dont on remarque l’accumulation. Le caractère mystérieux du « conseil des dix » est mis en valeur par l’utilisation de déterminants indéfinis « des » ainsi « des hommes » (L6,7,8,26) renforcé par l’adjectif « inconnu » (L 26) ou encore par des propositions subordonnées telles que « que pas un de nous ne connaît » (L6,7), « des hommes qui ne sont visibles » (L7) des  « hommes qui ne montrent jamais »(L11).

Angelo en parlant du « conseil des dix » donne aussi l’impression d’un pouvoir tentaculaire au niveau des lieux « partout » répétition dans l’accumulation  (L 11), « autour de soi » (L 25) ou encore « qui chemine dans cette ombre » L 27).

De  plus,  il insiste en développant l’idée que chaque personne peut faire partie du « conseil des dix » ou que chaque personne lui est soumise ainsi l’accumulation : « le valet »,« l’ami », « le prêtre » ou encore « la femme » et avec la gradation « chacun » (L 34 35 36), « toutes les têtes » (L8). Cependant le conseil des dix  reste tout de même totalement invisible,  ce que l’on remarque avec l’utilisation de l’hyperbole « rien qui les désigne » (L9) ou de formes impersonnelles telles que « il m’est ordonné » (L 30) ou encore de pronom tel que « ceci » dans « ceci est sur moi » (L 29). Ceci montre qu’on ne sait jamais à qui « on » a affaire,  et que le véritable tyran n’est donc pas Angelo,  mais le « conseil des dix » qui apparaît comme féroce car il est associé à des termes tels que « terrible » (L 30), « punir » (L31), « tyran » (L 30).

 

Le mystère :

Ce qu’il y a de plus marquant dans la république de Venise, et donc à Padoue,  c’est que tout se fait en secret et souvent la nuit , ce que l’on remarque avec « pleine de ténèbres » (L4) ou « la nuit » (L 20 et 28), de plus les hommes de pouvoir et ceux qui exécutent sont tous totalement inconnus nous avons déjà remarqué l’utilisation du déterminant indéfini « des » dans « des hommes » qui est répété au lignes (2,6, 7, 8,26). Ceux qui exécutent sont masqués « le bourreau a un masque » (L 17) l’adjectif « inconnu » (L 26) est associée aussi aux termes « homme » (L 26). Les hommes qui ont le pouvoir au conseil des dix sont ainsi inconnus et invisibles on retrouve « que pas un de nous ne connaît », « qui ne sont visibles » (L7) ainsi que l’accumulation négative « ni simarre, ni étole, ni couronne » ce qui montre qu’ils ne font partie d’aucun des trois ordres les plus importants de Venise c’est-à-dire la magistrature, la religion, la royauté et la noblesse.

Le mystère est donc aussi marqué par la négation du visible et de l’audible (on ne voit pas, on n’entend pas, ce que l’on comprend avec les expressions « qui ne montrent jamais » (L 12), « qui ne sont ni visibles » (L7), « muet », (L 13) ou encore « pas un cri » (L 16), « rien à dire, rien à voir » (L 16), « pas un regard » (L 16).

On a ainsi tout simplement le champ lexical du mystère : « signes mystérieux » (L 10) ou encore (L 15) ,« secrètement, mystérieusement » (L 18) « on disparait » (L 23), « couloir secret » ou « mystérieuses » (L 26). Le mystère est aussi entretenu par la configuration même de la ville avec la généralisation des couloirs et des portes dérobées. Cette généralisation est marquée par l’hyperbole « dans tout le palais » et l’accumulation hyperbolique (L 24) « toutes les salles, toutes les chambres… » on relève les termes de « couloir secret » (L 23) ou encore « corridor ténébreux » (L 24) « les portes » (L 25). On remarque aussi certains verbes tels que « serpenter » (L 25) ou encore « cheminent » (L 27), « dans mon mur » (L 28) et ainsi l’opposition entre « ce côté-là » qui correspond un jour de fête visible, ou encore (L 21) « et l’autre » qui correspond à la nuit au meurtre c’est-à-dire à l’invisible.

La violence :

l’impression qui se dégage de cette longue tirade est une impression de violence tout d’abord par les champs lexicaux tels que « échafaud » (L 17), « bourreau » (L 11/17), « fatales » (L 13) « condamné », « exécuter » (L 16) on a aussi des expressions qui dénotent ou laissent envisager des morts violentes, des assassinats que ce soit l’euphémisme « on disparaît » (L 18) ou des sous-entendus tels que « les plombs », « les puis » (L 19) ou encore « on entend quelque chose tomber dans l’eau » (L 20). le terme de « vengeance » (L 27) ou l’hyperbole   « tout m’est permis pour punir » (L 32) participent à évoquer cette violence vénitienne.

Enfin on a une atmosphère effrayante qui est mise en place pour une sorte de locus horribilis : avec des adjectifs tels que « terrible » (L 4) « ténébreux » (L 24).

Ce qui semble le plus effrayant c’est que cette violence semble être organisée par la république de Venise alors qu’en général l’État cherche à endiguer la violence ici c’est l’État qui instaure la violence. On remarque « l’inquisition d’État » (L 5) ou l’accumulation « des agents partout, des sbires partout, des bourreaux partout, où » (L 11) enfin cette violence apparaît dans la rapidité des mises à mort,  ce qui est sensible dans la juxtaposition              « condamnée, exécutée » (L 16) suivi de « rien à voir rien à dire ».

 

Image de Venise :

Venise a deux images .Tout d’abord l’image officielle visible :  c’est la Venise de la fête, elle est décrite par l’accumulation (L20 21) « bals, festins, flambeaux, musique, gondole, théâtre, carnaval de cinq mois » dont la conclusion est « voilà Venise », cependant ce côté festif n’occupe, dans cet extrait, que quelques lignes alors que c’est le plus connu puisqu’il représente la partie immergée de l’iceberg. C’est donc avant toute une république commandée par un conseil des dix qui agit comme l’inquisition c’est-à-dire pour le règne et par le règne de la peur (voir l’entrée sur la violence) et de la violence , mais toujours en secret (voir entrée sur le mystère),. Les clichés qui font la célébrité de Venise telles que « gondole » (L 21) avec l’accumulation de la ligne 20/21 s’opposent alors aux termes d’une autre accumulation qui décrit une tout autre Venise : « Les plombs, les puits, le canal Orfano » Venise, la nuit, offre une vision bien différente avec l’utilisation du  » on » de généralité qui amplifie le mystère  (L6, 18,20) comme  « on disparaît » . Venise a donc deux visages  , celui de Tisbe : « vous ne connaissez que ce côté-là » et celui d’Angelo :« je connais l’autre »  ainsi Venise a d’un côté « les Palais » (L 22) des « chambres », des « alcôves » (L 24) tout ce qui représente la fête, la richesse et l’amour et d’un autre côté « couloir secret » (L 23), « un corridor ténébreux » (L 24), « sape mystérieuse » (L 26). On se rend compte dans cette tirade qu’à Venise tout le monde dépend du conseil des dix et tout le monde est manipulé par le conseil des dix. Le peuple est poussé à la délation avec les « bouches de bronze » (L 12) et jusqu’à en Angelo lui-même qui obéit au conseil des dix : Il l’annonce en se présentant comme une victime et en utilisant la périphrase « esclave de Venise » L 33) la longue énumération des lignes 35 et 36 : le valet…, l’ami…, le prêtre…, la femme…, tous sont au service du conseil des dix. On remarque enfin que Venise est personnifiée que ce soit à la ligne 2 ou dans l’expression « esclave de Venise (L 32, 33). Venise a une puissance extraordinaire dont dépend bien sûr la ville de Padoue et c’est une république qui appuie cette puissance sur l’espionnage , le secret,  la violence et la délation.

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