Analyse du poème « Sur un tombeau » Tristan L’Hermite

le poème :

François Tristan L’HERMITE
1601 – 1655

Sur un tombeau

 

Celle dont la dépouille en ce marbre est enclose 
Fut le digne sujet de mes saintes amours. 
Las ! depuis qu’elle y dort, jamais je ne repose, 
Et s’il faut en veillant que j’y songe toujours.
Ce fut une si rare et si parfaite chose 
Qu’on ne peut la dépeindre avec l’humain discours ;
Elle passa pourtant de même qu’une rose, 
Et sa beauté plus vive eut des termes plus courts.
La Mort qui par mes pleurs ne fut point divertie 
Enleva de mes bras cette chère partie 
D’un agréable tout qu’avait fait l’amitié.
Mais, ô divin esprit qui gouvernais mon âme, 
La Parque n’a coupé notre fil qu’à moitié, 
Car je meurs en ta cendre et tu vis dans ma flamme.

 

Analyse de texte : « Sur un tombeau », les plaintes d’acanthe, Tristan L’hermitte

 

introduction :

 Tristan L’hermitte est un auteur de la première moitié du XVIIe siècle qui s’est fait connaître de son temps par son œuvre dramatique. Ce sont pourtant ses œuvres poétiques qui sont passées à la postérité. Sa poésie lyrique est précieuse et remise à l’honneur au XIXe siècle avec la découverte du baroque.

Ce poème est extrait de les plaintes d’acanthe, recueil élégiaque publié en 1635. Il est consacré à la mort de Phyllis une jeune fille que le poète aimé mais dont la main lui fut refusée.

 Les entrées : la femme ; la relation poète/femme ; la mort ; le temps qui passe.

 La femme :

 Ce poème orphique évoque la femme aimée et trop vite partie. Dès le premier vers la situation est posée avec l’évocation de la jeune femme morte : « celles dont la dépouille… ». De nombreuses périphrases sont utilisées par le poète pour parler de la femme aimée. On remarque que ces périphrases insistent toutes sur le caractère pur et respectueux de leur amour et sur le caractère exceptionnel et divin de la jeune femme ainsi :

-« celles dont la dépouillant ce marbre est enclose » (V 1) : cette première périphrase présentent la jeune femme en même temps que la situation et donne le ton au poème.

- De même la périphrase « une si rare et si parfaite chose / qu’on ne peut la dépeindre avec l’humain discours » (V 5/6) qui divinise la jeune femme notamment grâce aux hyperboles et en expliquant qu’aucun mot n’est à la hauteur de la jeune femme pour la décrire.

-et encore  au vers 12 : « cette chère partie d’un agréable tout qu’avait fait l’amitié »  les termes « chère », « agréable », « amitié » mettent en relief le respect et l’amour pur du poète. -Enfin la dernière périphrase (vers 12) « divin esprit qui gouvernais mon âme » est aussi tout à fait caractéristiques de la préciosité et divinise encore Phyllis .

On remarque la comparaison déjà classique au XVIe siècle de la femme avec la fleur, notamment la rose qui est la reine des fleurs, comparaison utilisée notamment par Ronsard dans le cadre du carpe diem et qui montre le caractère fragile et éphémère ainsi que la beauté de la femme : « elle passa pourtant de même qu’une rose, et sa beauté plus vive eut  des termes plus courts » (V 7/8) cependant le poète utilise le comparatif de supériorité « plus vive » qui insiste sur la beauté supérieure de la femme et qui s’associe aux termes hyperboliques  « si rare et si parfaite » (V 5). On peut enfin relever que les premiers mots du poème présentent la jeune femme morte alors que les derniers mots la font revivre « tu vis dans ma flamme ».

 

 La relation du poète et de la femme :

 

Leur relation est à la fois respectueuse et forte. Tout d’abord respectueuse et précieuse ainsi que le montrent les expressions « saintes amour » (V 2), « amitié » (V 11) ainsi que les adjectifs « dignes » (V 2), « chère » (V 10), « saintes » . Mais c’est aussi une relation très forte, puissante  puisque le poète et la jeune femme ne forme qu’un et que cette unicité dépasse la mort.

On remarque qu’avant la mort le couple apparaît comme « un agréable tout » (V 11) Phyllis  est présentée comme « une partie » on a aussi le terme « moitié » (V 13) et enfin on apprend au vers 13 que les deux « amants » ont un seul fil de vie à deux « notre fils » ce qui montre qu’ils ne forment qu’un et témoigne de la puissance de leur amour.

La mort de l’un atteint donc l’autre, et  tandis que le poète transmet la vie à la jeune femme lui-même semble mourir un peu. En effet, dès le premier quatrain le poème utilise les antithèses et semble les mélanger pour évoquer la vie du poète et la mort de la jeune femme ainsi : « elle y dort », et « je ne repose » et ainsi que « en veillant », « j’y songe » ainsi que les adverbes « jamais » et « toujours » (V3/4) comme si la vie et la mort étaient donc étroitement mêlés.  On remarque que le poète utilise  l’euphémisme du verbe « dormir » pour évoquer la mort,  et le verbe « songer » habituellement associé au sommeil,  est  ici associé au verbe « veiller ».

Mais c’est surtout dans le dernier vers construit à la fois sur un chiasme et sur un parallélisme (chiasme .  je, ta/tu, ma), (parallélisme : je meurs/tu vis et en ta cendres/dans ma flamme) ; de plus le chiasme montre que la femme à laquelle il s’adresse « ta/tu » (termes B du chiasme abba) est contenu par le poète avec les termes A c’est-à-dire « je/ma » ce qui renforce le sens même du vers.  Cette osmose apparaît aussi avec l’utilisation des prépositions « en » et « dans ». Enfin, le poète semble totalement soumis à son amour ce qu’il évoque dans le vers 12 « divins esprits qui gouvernais  mon âme ». On remarque aussi , qu’à aucun moment le poète n’évoque une réciprocité de l’amour (on sait que les parents de la jeune fille avaient refusé sa main au poète) la seule évocation presque charnelle de leur relation apparaît au vers 10 « enleva de mes bras » et laissent imaginer la jeune femme dans les bras du poète.

Enfin, si le poète parle de son aimée et de son amour au passé, que ce soit le passé simple « fut »(V2) ou  l’imparfait « gouvernait » (V 12) en revanche,  le dernier vers est au présent ce qui semble montrer que l’amour du poète est plus fort que la mort.

 

 La mort :

 Dans ce poème la mort est allégorisée notamment au vers 9 « la mort qui par mes pleurs… », « enleva » (V 10) mais aussi à travers l’image de la parque. On remarque dans les deux cas que la mort ne semble avoir ni empathie ni compassion : « par mes pleurs ne fut point divertie » (V 9) et utilisation du verbe « couper » qui montre une action déterminée et brusque.

En effet le poète décrit la mort de la jeune fille avec des verbes au passé simple qui montre la rapidité de la mort et son caractère irréversible tel que « Elle passa » (V 7) ou encore «enleva de mes bras » (V 10) « la parque n’a coupé » (V 13). On remarque que le poète utilise fréquemment des euphémismes pour parler de la mort telle que « elle y dort » (V 3) ou encore « elle passa » (V 7) ou « eu des termes plus courts », « enleva de mes bras » (V 10). Il utilise aussi des métaphores telles que «a coupé notre fil » en revanche dans le premier vers la mort est évoquée de manière beaucoup plus crue avec les termes « dépouille » ou « enclose » du vers 1. La comparaison classique de la femme à la rose ne sert pas ici la notion du carpe diem.

 

Le temps qui passe

 Le temps qui passe est évoqué de deux manières différentes tout d’abord par son caractère rapide (précisément du temps qui passe) pour l’homme « elle passa pourtant de même qu’une rose » (V 7) ou « eu des termes plus courts » (V 8) dans ce poème ce n’est pas le temps qui passe mais bien la femme,  puisque ce verbe de mouvement est employé pour elle : « elle passa ». La rapidité est marquée à la fois par le  passé composé « a coupé » et le passé simple qui tous deux indiquent une action rapide.

En revanche pour le poète l’amour lui est éternel on le remarque avec le présent utilisé dans le dernier vers. Pour le poète le temps se décompose en deux parties : la vie avant la mort et la vie après la mort de la jeune femme ce qui est exprimé par « depuis que » (V 3) le présent est le temps associé à la mort : « elle y dort »(v3), « je meurs » (v 14).  Les adverbes « Jamais » et « toujours »  évoquent,  eux,  des temps très longs ; le passé composé est utilisé pour parler de la mort et exprime la brutalité et la rapidité ,  tandis que l’imparfait évoque leur amour et le present du dernier vers montre qu’il y a un prolongement de l’amour dans l’avenir.

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