analyse Notre Vie , Eluard , Le temps déborde

 

Analyse  « Notre vie » , Le temps déborde….. ELUARD

Introduction:

Poète surréaliste puis engagé dès la seconde guerre mondiale, Eluard participe à la modernité poétique. Sa poésie est porteuse d’espoir et célèbre le bonheur et l’amour même dans les moment les plus sombres d’un monde qu’il sait malade.  Pourtant , en 1946, sa femme , Nush, qu’il aime avec passion, meurt brusquement alors qu’il entamait à peine l’écriture de son recueil : Le temps déborde qui lui était dédié. Les poèmes qui suivent expriment alors sa douleur et son désespoir. C’est le cas de cet émouvant poème .

 

Les entrées : Nush, l’amour, la mort, l’absence, le temps , la souffrance

Nush:

Dès le premier vers le poète s’adresse à Nush « tu »(v1) son lien avec le poète est symbolisé par le possessif « notre vie »  (ils n’ont qu’une vie à deux  : cf le poème sur un tombeau de Tristant l’Hermite) repris au vers 6 à l’ouverture du second quintile. De plus l’expression est attribuée au poète au vers 1 alors qu’au vers 6 c’est Nush qui le dit : « disais tu «  les deux voix se répondent donc comme en écho.

Nush apparait être une femme pleine de vie et de joie de vivre : « si contente de vivre »  avec l’adverbe hyperbolique qui accentue cette qualité chez Nush. La vie avec elle semble vraiment heureuse , les moments évoqués sont associés au bonheur des commencements  « aurore » (v4)(commencement du jour)  ou « un beau matin de mai » (v4)(naissance du printemps)  et la jeune femme semble ancrer  le poète (qui vit par les mots) à la vie réelle . En effet, c’est une femme vivante (au sens figuré du mot) sa générosité apparaît dans le choix des verbes « tu l’as faite » (v1) , « donner la vie »(v7) . Sa relation à la vie est donc très forte  c’est elle qui fait la vie ou qui la donne .  Dans le troisième quintile  Nush est nommée, à la césure, mise en valeur par sa place entre deux adjectifs opposés  et très porteur de sens  : « visible »/ »invisible » ce qui souligne son absence .

 C’est ensuite une « Nush » morte  qui est évoquée notamment avec le froid « neige »  qui évoque aussi bien la pureté que la pâleur, mais aussi « dure » (v11)  .  Nush qui était porteuse de vie pour le poète l’a emportée avec elle . Le poète en plus de sa douleur, semble privé de ses sens : « aveugle  » silence« .

 

 

La mort :

 

Ce poème qui évoque la mort de la femme aimée commence , paradoxalement, par la vie « notre vie »(v1) .

En fait, dans le premier Quintile,  la mort surgit chaque fois que le poète évoque le bonheur ou la vie . Ainsi le premier alexandrin alterne un hémistiche sur la vie et, sans transition (ni ponctuation), un hémistiche sur la mort « elle est ensevelie ». Ensuite le vers 3 est une évocation de la mort,  qui suit  « un beau matin de mai »  de même,  le vers 5 qui parle explicitement de la mort suit le vers 4  qui lui évoque « 17 années » de bonheur.

Après deux vers sur la vie (v 6 et 7) tout le reste du poème est consacré à la mort . c’est le vers 8 qui fait définitivement basculer dans la mort.

La mort est allégorisée  , elle agit comme une personne « entre » (v5) « vient » va »(v9), « boit et mange »(v10) Elle est présente « visible »(v10) .  Elle semble exécuter une sorte de danse macabre  autour du poète avec un vers ternaire (rythme de la valse) et la mort en anaphore de chacun des trois hémistiches. Cela semble traduire une sorte de vertige . Mais la mort va plus loin elle semble  vampiriser le poète  « boit et mange à mes dépens »(v10).

La mort est aussi évoquée à travers l l’image de l’enterrement en effet le poète associe le champ lexical de l’enfermement et la terre, avec des expressions  qui évoquent l’enterrement : au vers 3 « la terre a refermé » ou au vers 13 « sous la terre »

Mais la mort de Nush semble partagée par le poète (il meurt un peu lui aussi) ainsi lorsqu’il dit « et la mort entre en moi » (V 5) ou lorsqu’il utilise l’oxymore « la mort vécue » (vers 9) ou au vers 10 « à mes dépens », ou enfin lorsque la métaphore du masque de neige est évoquée à la fois « sur la terre »,  donc pour le poète,  et « sous la terre » donc pour Nush (V 13). La mort du poète est surtout , et avant tout , celle de ses sens , ainsi la vue : « aveugle » (V 14), les termes de « soif » et « faim » (vers 11) montrent l’impossibilité d’utiliser le goût (en effet cela sous entend ne pas boire et ne pas manger)  tandis que « la neige » semble montrer un engourdissement du toucher et enfin le dernier mot « silence » montre la mort de L’ouie . Les sens représentant tout ce qui est concret dans la vie, le réel (c’est à dire: ce que l’on voit, ce que l’on touche, ce que l’on entend, ce que l’on sent, ce que l’on goûte); la mort des sens  signifie bien l’impossibilité pour le poète de vivre en dehors de Nush. Pour terminer,  on remarque les très nombreuses occurrences du mot « mort » aux vers 8/9/5/10/11 ainsi que le terme « dissout » qui plus encore que la mort est une sorte d’effacement. La répétition du mot mort et le rythme particulier du poème évoque une sorte de litanie (prière).

 

l’absence :

La mort de Nush est sensible aussi dans son absence;  ainsi on retrouve au vers 11 « Nush invisible » on remarque aussi que Nush , au vers 11,  est inscrite entre deux adjectifs  visibles/invisibles qui donnent l’impression de la présence marquée d’une   »absence ». L’utilisation des temps du passé, lorsqu’il parle de Nush et de leur vie à deux, tel que le passé composé « a refermée », « tu l’as faite »  évoque une action terminée,  tandis que le présent est utilisé pour montrer cette absence (absence de mots et de vie) avec « je fais place au silence » ou encore absence de mémoire « mon passé ce dissout » (V 15)

Les termes de « soif » et « faim » ( associés à l’absence de nourriture et de boissons, éléments vitaux)  permettent  une comparaison avec Nush  grâce à un comparatif de supériorité « plus dure que » (vers 11/12). Enfin l’expression du vers 5 « entre en moi comme dans un moulin » donne l’impression que le poète est vide à l’intérieur.

 

La souffrance :

 La souffrance du poète apparaît tout d’abord dans sa déclaration d’amour (cf entrée sur l’amour) et dans le fait qu’il participe à la mort de Nush (cf entrée sur la mort). La souffrance du poète apparaît de deux manières : souffrance physique et souffrance morale

- souffrance physique tout d’abord puisque le poète semble être devenu la proie d’un vampire « boit et mangea mes dépens » (V 9) ou encore « la soif et la faim » ou enfin avec les adjectifs « durs » (V 11) ou « épuisé » (V 12).

- Souffrance morale ensuite qui apparaît au vers 14 « source des larmes » ou dans le dernier hémistiche du dernier vers de la dernière strophe « je fais place au silence » qui semble caractéristique de cette souffrance morale.

 

Le temps :

La notion du temps est très importante dans ce poème puisque c’est le titre même du recueil Le temps déborde.  En effet le temps a débordé avec le jour de trop,  celui de la mort de Nush.  Cette date, donnée d’ailleurs dans un des poèmes du recueil, correspond à la frontière qui va marquer l’avant et l’après.

On remarque notamment dans le poème un vers central  (le vers 8) qui coupe le poème en deux avec un connecteur d’opposition « mais » et qui fait basculer du côté de la mort, le sens même de ce vers. Ainsi « mais la mort a rompu l’équilibre du temps » montre que le temps a basculé du côté de la mort. Avant ce vers 8,  est évoqué le temps passé ensemble. On a tout d’abord la naissance de cette vie « un beau matin de mai » (V2) ( effectivement Paul Éluard a rencontré Nush un matin au mois de mai et lui a offert un petit-déjeuner). C’est pourquoi on remarque que les indices temporels sont tous des indices de « début » , de commencement,  » Aurore », « matin », « mai » (V 2) et encore « Aurore » (V 4). L’espace-temps de leur vie ensemble est donné au vers 4 « 17 années » on remarque aussi le vocabulaire associé à la vie et à la création « notre vie » (V 1/6) ou vivre » (V 6) ou encore « la vie » (V 7) ainsi que l’énergie créatrice de « tu l’as faite » (V 1) ou encore « de donner la vie » (V 7).

Le temps lui semble s’être arrêté au vers 8,  ainsi à partir du vers 9,  on remarque : soit des vers sans verbe conjugué donc sans possibilité de voir évoluer le temps (Les temps verbaux permettant de classer les événements et donc  de concrétiser le temps qui passe) comme dans les vers 11/12/13 et 14;  tandis que les rares verbes conjugués sont au présent et concernent uniquement la mort « viens », « va », « boit », « mange » (V 9/10) alors qu’au vers 15, le présent est utilisé pour montrer que le temps s’est arrêté (il n’y a plus ni passé ni avenir) : « mon passé se dissout ». Les dernières paroles du poète « je fais place au silence » semblent installer une sorte d’éternité de la mort (car le silence régnera dans l’avenir).

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