Analyse : extrait, Britannicus JEAN RACINE

 

Analyse :                     Britannicus JEAN RACINE

 

                                                    acte IV, scène 3

Introduction :

Racine est un dramaturge classique, influencé par le jansénisme de Port-Royal, et  qui a porté la tragédie à son niveau le plus fini. Si cette tragédie est tirée de l’histoire romaine, cette intrigue mêlant les confrontations politiques pour le pouvoir et l’amour n’est pas étrangère à ce qui se passe à la cour de Louis XIV. Britannicus, qui reste une des pièces les plus représentées de Racine,  met en scène la naissance d’un tyran, Néron,  qui convoite Junie amoureuse de son frère Britannicus et n’hésite pas à faire empoisonner ce dernier après avoir arrêté Agrippine sa propre mère. Dans cette scène Néron dévoile à Burrhus son gouverneur , stupéfait ,  son projet de meurtre.

 

les entrées : Néron, le pouvoir absolu, la violence, la relation Néron/Burrhus

Néron :

Néron apparaît dans cette scène comme foncièrement mauvais et surtout hypocrite,  que ce soit par rapport à sa mère ou à son demi-frère. En effet dans les deux premiers vers, on se rend compte qu’il a fait semblant de céder à sa mère et de se réconcilier avec son frère pour pouvoir mieux les vaincre.

Les explications sont données sur un registre didactique avec l’utilisation des « : » et servent  une fausse concession avec « oui… mais » dans laquelle  » le mais » s’oppose totalement au « oui ».  Il y a donc une antithèse entre les deux hémistiches du vers 2, entre  » embrasse » et « étouffer » et donc entre l’apparence et la réalité. De plus ces deux verbes associés évoquent l’image d’un serpent,  animal à la réputation perverse et hypocrite. C’est un personnage qui ne semble avoir aucune empathie. Ni envers sa mère qu’il appelle ,au vers 4 , par son nom : «Agrippine »  , comme s’il tentait de mettre ainsi  une distance entre lui et elle . De plus les propos qu’il tient à son égard ne montrent aucune affection,  au contraire « elle se hâte trop » (V 1),  « elle m’a fatigué » (V 6), « sa coupable audace » (V 7), « les fureurs d’Agrippine » (V 4). Il ne veut plus avoir à rendre des comptes à sa mère,  il cherche à en être délivré . Lorsqu’il parle de sa mère il insiste sur l’exagération qu’elle met dans sa défense de Britannicus et utilise deux fois l’adverbe hyperbolique  « trop » (V1,3).

 Assassiner Britanicus lui permettrait ainsi de couper le cordon avec sa mère. Lorsque Burrhus s’inquiète de la douleur probable d’Agrippine à la mort de Britannicus « elle va donc bientôt pleurer » (V9) Néron ne réagit pas, ne s’intéresse pas aux sentiments de sa mère et ne répond que sur la mort de Britannicus. On se rend compte aussi que par rapport à son demi-frère,  il n’a aucun sentiment fraternel. Il ne prononce d’ailleurs jamais son nom , utilise des synonymes tels que « mon rival » (V 2),ou la périphrase « ce nom ennemi » (V 6). Même pour son peuple, pour sa cour,  il ne ressent aucune empathie ainsi : « suis-je leur empereur seulement pour leur plaire » (V24). De plus Néron est dans l’immédiateté  de sa volonté : « avant la fin du jour » (V10) enfin Néron est un égoïste , égocentrique ce qui paraît tout à fait évident dans l’accumulation (V 12) avec la répétition du déterminant possessif « ma gloire, mon amour, ma sûreté, ma vie. ». Néron est donc un personnage qui a tous les attributs du tyran : l’égocentrisme, l’égoïsme, le manque d’empathie,  la cruauté et le caprice.

 

Le pouvoir absolu :

 

Si Néron a toutes les caractéristiques du tyran,  il exerce évidemment un pouvoir absolu. Dans l’accumulation (12) le mot « gloire » est mis en exergue par sa place en début de vers et par la prononciation du » e » muet. On remarque dans sa manière de parler l’exercice du pouvoir  «il faut que » (vers 3), et l’utilisation du futur de l’indicatif qui montre qu’il n’a aucun doute sur l’avenir « je ne le craindrai plus » (V 10) et sa manière d’apostropher Burrhus  au vers 15.  Il refuse d’imaginer que la femme qu’il désire puisse être à  un autre « je ne sais quel amour que le hasard nous donne et nous ôte en un jour ? » (V 21/22). Rien ne semble arrêter sa volonté ni le lien maternel, ni le lien fraternel ni son devoir d’empereur il est prêt à accomplir l’inacceptable et Burrhus  en est choqué et il l’exprime : « horrible dessin » (V 13), « sans frémir » (V 16), « dans quel sang , vous allez vous baigner ? » (V 17)

 

La violence :

 

La violence est une des caractéristiques du tyran et ce dialogue ne fait pas exception. Dès la première réplique,  il évoque l’assassinat avec le verbe « étouffer » dans une proposition concessive  qui fait de cette mort un but . Même si il n’utilise pas directement le terme « mort » elle est présente dans tout le dialogue avec par exemple le mot « ruine » (V 3) mis en valeur pas la la diérèse en fin de vers. De même , il utilise une sorte de litote pour parler de sa mort « tant qu’il respirera » (V5) ou encore l’euphemisme  (V 10)  « je ne le craindrais plus » si les mots de Néron cherchent à atténuer la portée de son geste,  Burrhus, lui, cherche à le replacer devant sa propre violence et va donc au contraire amplifier l’horreur du crime projeté avec,  tout d’abord,  « horrible » (vers 13) qui est un adjectif hyperbolique ou encore avec la métaphore du vers 17 « dans quel sang vous allez vous baigner » et enfin il utilise le registre pathétique pour provoquer la compassion de Néron face à sa mère : « elle va donc bientôt pleurer » (9)

 

 

la relation Burrhus et Néron :

 

Dans cette scène nous voyons la supériorité de l’empereur Néron qui s’adresse à Burrhus comme à un subalterne.  Il le rappelle à l’ordre « Burrhus ! » (V 15) mais en même temps il reste son confident et précepteur donc il prend le temps de s’expliquer « c’en est trop : (V 3) » suivie d’une longue explication jusqu’au vers 8 ou encore dans sa dernière réplique du vers 20 au vers 24 et utilise des interrogations rhétoriques pour tenter de convaincre Burrhus. On se rend compte ainsi qu’il tient à l’avis de Burrhus. De son côté Burrhus montre un profond respect pour Néron mais aussi une réelle affection. Il n’imagine pas que Néron puisse si mal se comporter, il n’arrive pas à y croire !  Ainsi on a une mise en incise de « quoi que vous disiez » (vers 13) et l’affirmation hyperbolique « ne fut jamais » qui montre ceci.

On remarque la surprise de Burrhus face à ce nouveau Néron avec les exclamations telles que « quoi, seigneurs ! » (V 3), « au ciel ! » (V 15). Burrhus  reste attaché à l’image d’un Néron bienveillant « Néron dans tous les cœurs est-il las de régner ! » (V 18), on relève aussi utilisation de l’hyperbole « tous ». Burrhus tente de raisonner Néron « songez-vous » (V17), « que dira-t-on de vous ? » Quelle est votre pensée ? » (V 15). Même s’il a beaucoup de déférence envers Néron il ne semble pas réellement le craindre. Il lui répond même après le rappel à l’ordre et commence même au vers 13 sa phrase par « non », Il ose donc s’opposer à son empereur.

Tout cela est le signe d’une relation forte et profonde entre ces deux personnages. (Rappelons que Burrhus a élevé Néron).

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