Analyse Ubu roi , Jarry 1896 Acte III scène 2

Analyse                             Ubu roi , Jarry 1896

                                                          Acte III scène 2

introduction de l’extrait :

Père Ubu arrive au pouvoir après avoir tué le roi Venceslas. Cependant il ne se trouve pas assez riche il décide donc de tuer les nobles et de prendre leur richesse dans cette scène il passe les nobles à la trappe nobles où ils doivent être décervelés.

 

Les entrées : la férocité, la vénalité, le comique, la critique du pouvoir absolu

 

la férocité :

 

Dans cette scène père Ubu est si féroce que même mère Ubu semble choquée elle lui dit à plusieurs reprises « Quelle basse férocité » (L 15), ou « tu es trop féroce » (L 32) dans les deux cas elle souligne l’exagération soit avec l’adverbe « trop » soit avec l’adjectif péjoratif « basse ».

Le vocabulaire utilisé dénote d’une réelle violence telle que « crochet » « couteau » (L1) le verbe « décerveler » (L9) ou l’adverbe « brutalement » (L 2).

En plus l’utilisation du mot « noble » subit ici une sorte de réification , on le remarque notamment par l’utilisation de la préposition « à » dans « crochet à nobles », « caisse à nobles », couteau à nobles », « bouquin à nobles » (L 1–2). De plus le début insiste sur l’idée de mort: « faire périr » (L4), « condamné à mort » (L8), « faire exécuter » (L42). On remarque qu’ils maltraitent les nobles « brutalement »(L2) Il les interpelle avec des surnoms péjoratifs tels que « Bouffre » (L16) Il les insulte et les tutoie « tu as une sale tête » (L19).

Mais cette férocité laisse en plus un sentiment d’injustice et d’absurdité. Ainsi, si les riches sont assassinés pour leur argent « condamné !» (L 14) ou « dans la trappe » (L 18 ou 23), ils le sont aussi sans aucune raison, ainsi lorsqu’ un noble, le prince de Podoli  affirme « je suis ruiné » (L 26) ou que le Margrave de Thorn est présenté comme avec très peu de bien « ce n’est pas lourd » (L29),  la condamnation reste la même : « dans la trappe » (27 et 31).

Enfin on remarque qu’il y a une gradation dans cette férocité, dans ce besoin de tuer. La scène commence par l’assassinat des nobles un après l’autre « le premier noble » (L 7), « second noble » (L 16)   »troisième nobles » (L 28 et18) etc…  Puis on passe à « tous les nobles » (L42) ce qui est confirmé par la didascalie : «on empile les nobles dans la trappe » (L43).

 

La vénalité :

on sait que deux choses sont importants pour père Ubu : SA Gidouille (c’est-à-dire son ventre, manger,) et l’Argent. C’est notamment en s’appuyant sur cette vénalité que mère Ubu l’a convaincu d’assassiner le roi ; d’ailleurs, il le dit de manière explicite, il a tué le roi Venceslas pour l’argent : « pour enrichir », « prendre leurs biens » (L 4–5).

Ainsi au début de la scène (L 4) il parle d’enrichir le royaume mais rapidement il se dévoile et (L41/42), « je ne finirai pas de m’enrichir », « j’aurai tous les biens » (L42)

Les questions que pose le père Ubu aux nobles, avant de les assassiner, portent toujours sur les finances : «de combien sont tes revenus ? », « quels sont tes revenus ? » et ceci à cinq reprises et à chaque fois il s’assure : « tu n’as rien autre chose? ». Sa vénalité est telle que pour lui il n’y a pas de petits profits : « mieux vaut peu que rien » (L 31).

On remarque qu’il y a, à la fois, un lien de complémentarité et un lien d’opposition entre la noblesse et l’argent

–        complémentarité car c’est un titre de noblesse qui correspond à une terre. Cc sont donc des revenus pour père Ubu,  qui leur demande leur titre afin de connaître leurs revenus. Ainsi il a hérité de nombreuses terres qui sont énumérées dans les lignes suivantes ; c’est une accumulation de biens.

-          Il y a opposition,  puisque père Ubu est présenté comme vénal, mettant l’argent au-dessus tout mais sans aucune noblesse alors que les nobles mettent leur titre bien avant leur richesse ainsi le Margrave de Thorn déclare « cela ne suffisait » (L 30).

Enfin l’importance de sa richesse personnelle est relevée par Ubu lui-même lorsqu’il demande qu’on lui fasse la liste et qu’il utilise alors des déterminants possessifs tous marqués par une majuscule et donc prononcée sur scène avec exagération : « Ma liste de Mes biens » répété  2 fois (L33/34).

 

Le comique :

 

Cette scène de meurtre reste avant toute une scène de comédie. Tous les ressorts du comique sont utilisés : comique de situation (faire passer à la trappe les nobles), comique de langue avec des termes utilisés tels que « la chambre à sous » (L 13), « le pince port (L 8) qui sont des termes inventés choisis pour leur portée comique. Le registre familier en décalage total avec une scène de meurtre et avec la royauté apparaît dans des formulations telles que « tu n’as rien autre chose ?» (L 21) ou encore « qu’as-tu à pigner? » (L 31) ou encore « bouffre »(L16), « stupide bougre » (L36). On remarque aussi le comique de répétition avec à chaque fois premier noble, second noble,… et la question répétée « qui es-tu » (L 10, 16,19…) il y a aussi une répétition de la scène de la trappe avec « dans la trappe » (L 18,23, 27,31…)

Le rythme des répliques participe aussi du registre comique avec de très courtes répliques, des stichomythies , entre père Ubu et les nobles. Enfin l’absurde de cette scène vient  du caractère même, monstrueusement absurde,  de cette scène, ce qui  participe du comique : tuer les gens pour leur argent c’est monstrueux….  mais les tuer à la file comme des poulets cela devient absurde. Même la mère Ubu,  qui pourtant l’a poussé à assassiner le roi,  est écœurée par les actes d’UBU. L’exagération ici prend une portée comique.

 

Le pouvoir absolu :

 

-          Père Ubu est une caricature de dictateur dont il reprend, en exagérées, toutes les caractéristiques

Notamment celles de l’utilisation malveillante de ce pouvoir absolu. Les décisions sont prises par lui seul , et appliquées immédiatement .On le voit tout d’abord,  par l’utilisation du futur proche « je vais faire périr (L 4) ou « je vais faire exécuter » (L42) ou encore « je vais réformer » (L46). Ce besoin d’être obéi dans l’immédiateté est une des caractéristiques du pouvoir absolu : le tyran n’attend pas.

Il y a, de plus, une utilisation exagérée du « je » ainsi , par exemple « j’ai l’honneur » (L 4) je les passerai » (N 8).

Ubu est à la fois le décisionnaire, le procureur, (puisque c’est lui qui pose les questions « de combien sont tes revenu? »)  et le juge puisque c’est lui qui condamne « condamné!» (L 14) et exécuteur on le voit dans la didascalie « il le prend avec un crochet et le passe dans le trou » (L 14). Comme tous les tyrans, Ubu aime donner des ordres il y a donc de nombreux impératifs dans cette scène dès la lignes 1 « apportez », « faites avancer » (L 2), « passez-moi » (L 7), « lisez » (L) ainsi que beaucoup d’autres d’impératifs. Une autre des caractéristiques habituelles du tyran c’est le caractère inique des décisions on le remarque avec des expressions telles que « je n’en demande pas plus long »(L18) ou encore « pour cette  mauvaise parole ,passe dans la trappe »(L27). Il y a donc un pouvoir absolu sans aucune séparation des pouvoirs ce qui est confirmé

« après quoi nous réformerons les finances »( il s’attaque donc aussi bien à la réforme des finances que de la justice).  Il est mégalomane ce qui est perceptible avec « comme je ne finirai pas de m’enrichir », « tous les nobles, tous les biens vacants » il est aussi égocentrique et égoïste ce qu’on a pu voir avec la répétition de « Ma liste de Mes bien » et le passage de « pour enrichir le royaume » à « je m’enrichis » et « je finirai pas de m’enrichir » mais aussi par l’accumulation des terres et des propriétés et son manque total d’empathie il n’écoute plus personne ni la mère Ubu et parle à tous avec mépris « tu as une sale tête » (L 19) ou « stupide bougre » (L).

Même si la finalité de cette pièce n’est pas l’engagement politique il est évident que le pouvoir absolu est tourné en dérision à travers la figure de père Ubu on peut imaginer que la personne à l’origine de ce personnage c’est-à-dire le professeur Hébert devait lui aussi faire preuve d’une autorité quasi absolue dans sa classe.

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