analyse UBU ROI Acte II scène 5

Texte 11 :                                      Ubu roi,  Jarry (1896)

                                                                                    Acte II,  Scène 5

 

introduction de la scène : la reine et son fils Bougrelas ont pu échapper au massacre et se sont sauvés. Cependant la reine meurt de désespoir.

Les entrées : la parodie, le désespoir de Bougrelas, la relation entre bougre lasse et la reine, l’évocation de la noblesse.

 

La parodie :

C’est une scène tragique qui reste pourtant une parodie tragique et ce pour deux raisons : l’accentuation  caricaturale et le comique

Tout d’abord l’accentuation caricaturale est donnée à la fois par de nombreuses hyperboles « je suis bien malade » (L 4), « tant de coups » (L 7), « au plus violent désespoir » (L 20) ou encore, « la plus noble race » (L 8), « jamais » (L 19). Des exclamations associées à des vocatifs vont dans le même sens telle que « Ô! ».

On a, de plus,  des interrogations qui prennent la forme d’interrogations rhétoriques telle que « comment veux-tu que je résiste à tant de coups ? » (L 7), « par qui ?» (L 10), ou encore « est-ce possible ?» (L 18). On peut aussi retrouver des formules toutes faites telles que « un aventurier sorti de je ne sais où » (L 10). On remarque aussi la caricature de la mission de vengeance sur la fin de l’extrait avec « une vengeance terrible à poursuivre » (L 30) et « et cette épée… » (dernière phrase de la scène).

La description de la mort à la troisième personne est aussi caricatural  de la description de la mort dans la tragédie classique (où l’on ne meurt pas sur scène) : « elle pâlit ….» (L 17-18) le registre pathétique vient alors se rajouter au registre tragique toujours dans l’exagération « qu’il est triste de se voir seul à 14 ans » (L 20) didascalie.

Le comique, dans cet extrait,  est un comique de l’absurde ainsi l’affirmation catégorique et précise de la reine : « je n’en ai plus que pour deux heures » (L4/5) peut paraître très drôle. On a aussi des phrases qui évoquent des souvenirs de manière prématurée ainsi « je me rappelle combien nous étions heureux » (L 13).

Le comique vient aussi de certaines incohérences, ainsi alors qu’on vient d’apprendre par les didascalies qu’ils sont cachés dans une grotte , dans une montagne, Bougrelas déclare qu’il est « dans un désert » (L 17) enfin on a l’apparition du fantôme : le Seigneur Mathias Königsberg appelé l’ombre et qui semble être une parodie de l’apparition du Père d’Hamlet  de Shakespeare.

 

 

Le désespoir de Bougrelas

Dans cet extrait Bougrelas  ressent des émotions de plus en plus fortes. On a une sorte de gradation au niveau des émotions : lorsqu’il commence ce n’est qu’une simple inquiétude : « Qu’as tu ma mère ? » (L 3) puis, à l’annonce de la mort de sa mère il s’interroge : « le froid t’aurait-il saisit ? » (L 6). Il n’a donc pas l’air de réaliser que la situation est désespérée il dit d’ailleurs « attendons avec espérance » (L 15) ainsi que « ne renonçons jamais » ce n’est qu’à partir de la ligne17 qu’il commence à comprendre….    On remarque que, jusque-là,  toutes les répliques de Bougrelas commencent par une interrogation « que veux-tu ? », « Qu’as-tu ? », « Le froid t’aurait-il  saisit ? ». Cependant, paradoxalement,  son désespoir et sa tristesse ne se portent pas réellement sur sa mère mais  sur lui-même . Ainsi il ne dit pas « mon Dieu ma mère est morte » mais « je suis seul dans le désert ». Il évoque d’ailleurs sa mère avec un déterminant indéfini dans la phrase « encore une victime de père Ubu » (L 18) s’il est triste c’est surtout de se voir tout seul à 14 ans ce qui semble montrer un certain caractère égocentrique et égoïste. Il ne parle plus de sa mère.

Enfin Bougrelas donne à cette scène une émotion religieuse avec les exclamations « oh mon Dieu! » (L 17,19) il utilise aussi le terme « prodige » (L 25) mais surtout dans la didascalie finale il est présenté en pleine extase (c’est-à-dire connecté à Dieu lui-même) rapidement le désespoir de Bougrelas semble se transformer en une sorte d’enthousiasme de vengeance.

 

LA relation entre Bougrelas et sa mère

Il y a une relation très forte entre la mère et son fils. Tout d’abord le fils s’inquiète pour sa mère. il utilise le possessif « ma mère » ainsi que le « tu » ce qui montre une sorte de mélange des registres : en général le tu accompagne plutôt le terme familier « maman » tandis que le terme « mère » utilisé avec le vous »" et sans déterminant. De même, la reine l’appelle « mon cher enfant » en incise (L 16). Pourtant elle se livre à un véritable éloge de Bougrelas tout d’abord grâce au vocatif « Ô Bougrelas » (L 13) elle utilise aussi une périphrase méliorative, élogieuse qui évoque, non plus le fils, mais le prince : « représentant de la plus noble race qui est jamais portée l’épée » (L 7). L’amour de Bougrelas pour  la reine sa mère est perceptible dans l’inquiétude qu’il ressent,  marqué par les exclamations « ah ! » (L 3) ou « quoi ! » (L 6) ou encore « Eh ! » (L 17). Même si l’égoïsme juvénile semble dominer après la mort de sa mère. Sa mère elle, multiplie les marques d’affection : mise en incise de « toi » (L 8) ou encore toujours en incise « mon cher enfant » (L 16).

 

L’évocation de la noblesse :

Dans cette pièce la relation à la noblesse est très importante;  tout d’abord parce que père Ubu ne semble pas noble  et même est vulgaire ,  même si l’auteur semble tourner la noblesse en dérision dans cet extrait la noblesse de cœur et d’ âme est associée à la noblesse en titre celle du Prince Bougrelas et de la Reine Rosemonde alors que UBU lui, est un roturier pour lequel on utilise des termes très péjoratifs tels que « crapules », « aventurier », « vagabond » (L 11).

De plus la noblesse est associée à des valeurs anciennes telles que « porté l’épée » (L 8) Bougrelas souligne le caractère injustifié de l’anoblissement d’UBU (L 9) « mon père l’a décoré et fait comte ». Le port de l’épée est un signe de noblesse , repris par les ancêtres aussi bien dans la didascalie L 27 « il lui donne une grande épée » que dans le serment que fait l’ombre : « que cette épée que je te donne… » on voit que l’épée est personnifiée : « quand elle aura frappé de mort » (L 28). Cette épée a donc une mission au même titre que Bougrelas. Il y a une allusion évidente aux épées des chevaliers du Moyen Âge : épée magique puisqu’elle est donnée par des revenants et qu’elle est personnifiée. Enfin l’ombre insiste sur son titre : « le seigneur Mathias Königsberg».

 

Questions possibles :

Quelle est la fonction de cette scène ?

En quoi cette scène diffère-t-elle du reste de la pièce ?

Quelle image de la noblesse est donnée dans cette scène ?

Comment évolue le jeune bougre lasse dans cette scène ?

Quel est le registre de cette scène ?

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