Ubu roi , Alfred Jarry ; acte I scène 1

Ubu roi , Alfred Jarry

Introduction générale :

La pièce Ubu roi a été écrite par Alfred Jarry en 1888, et sa première représentation publique véritable a lieu en 1896. L’histoire d’Ubu  a été créée par des étudiants dont faisait parti l’auteur afin de se moquer de l’un de leurs professeurs,  Monsieur Hébert. Cette farce potache qui a choqué ses contemporains lors de sa première représentation est une parodie de drame sur le pouvoir absolu. Le père Ubu prend le pouvoir par la force et exerce alors un totalitarisme ignoble.

Texte n° 10                                             Introduction acte I scène 1

Ce dialogue est extrait de la scène d’exposition et met en scène Père Ubu et Mère Ubu. Dans ce passage Mère Ubu tente de convaincre Père Ubu d’assassiner le roi de Pologne dont il est le ministre afin de prendre sa place et de régner.

 

Les entrées : une scène d’exposition, provocation et rire, parodie, père Ubu, relations entre les personnages.

1) une scène d’exposition :

Comme dans une scène d’exposition classique cette scène nous présente les personnages principaux mère Ubu et père Ubu. Père Ubu se présente lui-même pour expliquer qu’il est content de lui « capitaine des dragons etc. » la mère Ubu elle,  ne se présente pas mais apparaît à travers ses propos. Ainsi elle paraît très ambitieuse « peut-être dans huit jours serai-je reine de Pologne » elle est, de plus, très manipulatrice. Elle  s’adresse à Père Ubu et  pour le convaincre elle lui fait miroiter ce que lui apportera le trône en employant le conditionnel « tu pourrais… » elle le  tente  aussi grâce à des hyperboles telles que « indéfiniment » et tour à tour, elle le flatte ou le houspille « un véritable homme », « un gueux pauvre comme un rat » de plus elle paraît cruelle « massacrer toute la famille ».

Cette scène d’exposition nous apprend aussi que le Roi de Pologne se nomme Venceslas et qu’il a des enfants, que  le lieu où se passe l’histoire est la Pologne : « la couronne de Pologne » (L20) (c’est bien évidemment une Pologne imaginaire). Ensuite il y a une annonce de ce qui s’est passé précédemment comme le veut la règle classique de la scène d’exposition : « après avoir été roi d’Aragon ». L’intrigue de la pièce est dévoilée aussi « qui t’empêche de massacrer toute la famille de te mettre à leur place ? » (L 27).

Cependant , cette scène d’exposition est non seulement originale mais surtout surprenante tout d’abord par  le ton donné à la pièce avec le premier mot prononcé sur scène « merdre » (L 1) mais aussi par le caractère burlesque de cette scène dans laquelle un officier et sa femme envisage d’assassiner le roi et de faire un coup d’État mais sur le ton de la farce, et en employant un vocabulaire et des expressions grossiers « n’ai-je pas un cul comme les autres » (L 33,34), « passer par la casserole » (L 40). De plus, le brusque retournement de Père Ubu laisse planer un doute sur la suite de la pièce. Le caractère parodique est immédiatement mis en place dans cette scène d’exposition.

 

 

 

 

2) père Ubu :

La première image donnée de Père Ubu dans cette pièce est celle d’un personnage grossier , notamment avec l’utilisation du mot « merdre » (L 1) c’est-à-dire « merde » auquel il a ajouté une lettre ce qui le rend encore plus truculent,  plus fort et plus ridicule.  La répétition de ce mot ainsi que d’autres expressions telles que «bougre de merdre, merdre de bougres », ou l’utilisation du mot « cul » mêlées  à des expressions soutenues telles que « vous me faites injures » (L 29) ou des inversions sujet verbe comme « n’a-t-il pas » (L 26), « que ne vous assomme’ je » (L 4) ainsi que le mélange du vous et du tu « vous me faites injure » (L 29) et « qui t’empêche » en font un personnage extravagant et grossier.

C’est de plus un personnage puéril. Ainsi Mère Ubu,  pour le convaincre,  lui propose des avantages qui ne convaincraient aucune personne adulte et mature telle que « de l’andouille » ou « un grand caban »,ou encore « un parapluie » (L 42,43) et de manière complètement décalée des avantages inaccessibles tels que « augmenter tes richesses indéfiniment » (L 37,38).

Comme un enfant , il cède très rapidement aux propositions de Mère Ubu et paraît donc très facilement influençable ou manipulable « je cède à la tentation » (L 44) mais il est versatile « plutôt mourir que d’assassiner » (L 50) .

Père Ubu est d’autant plus surprenant qu’il semble un moment faire preuve de moral et de vertu lorsqu’il refuse d’assassiner le roi (L 50) ou lorsqu’il déclare : «j’aime mieux être un gentil rat qu’un méchant chat ». C’est aussi un personnage qui apparaît capable de violence il use souvent de menaces notamment lorsqu’il dit « que ne vous assomme’je » (L4), ou « vous allez passer par la casserole » (L 30), ou encore « passer un mauvais quart d’heure » (L 44).

On ne peut pas non plus oublier le caractère très visuel de la pièce mis en valeur par Jarry dans ses croquis et qui nous montrent un père Ubu avec une immense gidouille et une allure grotesque. Père Ubu est donc un personnage inattendu,  il paraît vénal,  versatile,  égoïste,  grossier.

3) la relation entre les personnages:

 Le mari et la femme ne paraissent pas se respecter. Mère Ubu ne cesse d’insulter Père Ubu dès la ligne 2     « grand voyou » ou encore « tu es si bête » (L 23) elle le compare à un rat et le traite de « pauvre malheureux, gueux » (L 32).

De son côté, on voit aussi que père Ubu la menace « que ne vous assomme » et ne s’intéresse pas vraiment à ce que dit sa femme, ainsi son « je ne comprends pas » (L 7) semble surtout un manque d’intérêt il répète d’ailleurs à la ligne 21 « je ne comprends rien » et « l’envoie promener » avec un    « et bien après, mère Ubu ? » (L 58) explicité par la didascalie : « il s’en va en claquant la porte« .

Mère Ubu semble plus intelligente que père Ubu ainsi elle le manipule, elle utilise des allusions telles que « ce n’est pas moi, c’est un autre… » (L5 6) ou encore « vous pourriez faire succéder sur votre fiole » (L 18 19). Elle passe du conditionnel au présent lorsqu’elle constate qu’il a enfin compris « qui t’empêche de massacrer » (L 27). Il semble qu’elle ait parfaitement analysé le Père Ubu puisqu’elle sait proposer ce qui le tente, elle connaît ce qu’il aime. Enfin elle paraît sûre d’elle-même « grâce à Dieu et à moi-même » (L 61)

Ce couple se vouvoie et se tutoie à tour de rôle « Madame » (L 10) ou alors « mère Ubu » (L 21) ce qui est beaucoup plus familier …   de la même manière Mère Ubu  le flatte « un véritable homme » mais aussi « père Ubu » (L9).

On se rend compte que si mère Ubu pousse son mari à commettre un coup d’État c’est, égoïstement, pour elle-même « serai-je Reine de Pologne » (L 64) enfin,  elle ne fait pas confiance à Père Ubu.

4) provocations et rire:

Dans cette pièce Jarry n’hésite pas à provoquer les spectateurs contemporains aussi bien avec le mot «merdre » qu’avec la juxtaposition des registres familiers et soutenus . en effet il fait se côtoyer des termes argotiques et des termes nobles tels que « fiole » et « couronne » (L 15) ou encore « cul et trône » (L 36) mais l’auteur utilise aussi des expressions qui ne veulent rien dire telles que « de par ma chandelle verte » (L7, 10,24) ou des formulations dignes du Moyen Âge « vous este » (L 2)  ou encore « ventre bleu » (L 53). Pour faire rire il utilise beaucoup d’exagération par exemple de la ligne 10 à la ligne 15,  il propose une accumulation de titres avec un registre soutenu dont le caractère noble est brusquement rabaissé par la Mère Ubu dans la réplique suivante « une cinquantaine d’estafiers armés  de coupe-choux » (L 20). Toujours dans le registre comique de nombreux jeux de mots sont utilisés tels que le trône qui associé au mot « cul » change de signification. Les nombreuses accumulations ressemblent plus à des listes farfelues telles qu’aux  lignes 36 ou 56. Même si le sujet de la pièce  semble être un sujet sérieux,  Alfred Jarry tire tour à tour la corde provocation ou la corde comique.

5) la parodie :

Cette scène est une parodie de Macbeth de Shakespeare. Dans la tragédie originale, Macbeth  est poussé par sa femme à assassiner son roi. Comme dans la pièce de Shakespeare,  Ubu oppose tout d’abord une certaine résistance à la proposition de sa femme;  mais le registre tragique et soutenu de Macbeth est devenu un registre familier et comique dans Ubu roi.

On remarque que cette parodie amplifie la cruauté du personnage Ubu/Macbeth « qui t’empêche de massacrer toute la famille » (L 27) de plus la relation entre Mère et Père Ubu est totalement différente de celle entre Sir et Lady Macbeth. Père Ubu parle très mal à Mère Ubu et la menace « passer à la casserole » (L 30) ou « que ne vous assomme’ je » (L 4) tandis que Mère Ubu lui répond tout aussi mal « tu est si bête » (elle 23) ou encore à la ligne « vous êtes un fort grand voyou ». De plus Père Ubu parodie le langage du chevalier avec l’accumulation de ses « titres » ainsi qu’avec son exclamation « de par ma chandelle verte » qui reprend de manière absurde la formule classique d’un chevalier avant de se battre.

 Les instruments d’apparat qui sont censés symboliser la richesse et le pouvoir sont aussi parodiés dans Ubu Roi puisqu’à la place du sceptre et de la traîne d’un roi Ubu aurait « un parapluie » et « un grand caban ». Comme on l’a dit précédemment le trône d’Ubu évoque bien plus des « toilettes » qu’un véritable trône.

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