Analyse de l’excipit de W ou le souvenir d’enfance ; Perec

Texte 9 :                 W ou le souvenir D’enfance, George  Perec

                                                    chapitre 36 : L’Excipit  (p219)

Introduction de l’extrait :

Cet extrait est l’Excipit de « W » au chapitre 36. Il est suivi cependant au chapitre 37 de l’Excipit du « Souvenir ». Le croisement de ces deux chapitres nous donne la clé de W ou le souvenir d’enfance : des camps de concentration. La description définitive des sportifs de W ainsi que la découverte de la forteresse fait clairement référence aux camps de concentration de la seconde guerre mondiale.

Les entrées :

le sport, les camps, la souffrance.

1) le sport :

Le texte commence dès la ligne 1 par l’évocation des athlètes, on est donc bien dans l’évocation sportive d’autant plus qu’ils sont appelés « les sportifs » (L 2). On a, de plus, une progression thématique éclatée :  ainsi le thème, « les athlètes, » est dérivé en « ces lanceurs », « ces sauteurs » (L 5), « ces lutteurs » (L 7 8), « ces coureurs » (L 9),   » ces rescapés » (L 10).

Le narrateur développe aussi le champ lexical du sport avec des termes tels que « un sprint » (L 3), « les poids » (L 4), « s’élever », « coureur de fond » (L 9), « marathon » (L 10), « performance », « avec le 100 m, 200 m » (L 25) « les juges de touche » (L 12).

Cependant, étonnamment, ces sportifs semblent très faibles. Dès le début on retrouve une comparaison surprenante « ressemble à des caricatures sportives de 1900 » (L 2). De plus tous les termes associés au sport sont accompagnés d’explications peu avantageuses et qui tendent à rendre ridicules les descriptions du sport à W ainsi : « des caricatures » (L2), « leur sprint est grotesque » (L 3), « les sauteurs ont les chevilles entravées » (L 5), « les lutteurs enduits de goudron et de plumes » (L 8), «  sautillants et à cloche-pied » (L 9) enfin les athlètes sont décrits d’une manière terrible notamment avec l’adjectif  « squelettique » (L 13).

Ils sont décrits par une accumulation de groupes nominaux avec une gradation jusqu’à l’hyperbole « toutes ces marques indélébiles » (L 16). De même les coureurs font des scores ridicules avec « 23 minutes pour le 100 m, 51 minutes pour le 200 m et 1m30 au  saut en hauteur »(L 25,26, 27). C’est ainsi que le mot « athlète » prend une dimension ironique et que l’utopie sportive se transforme en contre utopie. Le sport évoqué dans cet extrait  est une mascarade qui ressemble au sport décrit dans la page de  l’univers concentrationnaire  de David Rousset cité par Pérec dans la dernière page de l’œuvre.

 

2) la souffrance :

Sur W , les sportifs semblent souffrir. Leur description de la ligne 13 à  la ligne 14 montre une réelle souffrance physique et psychologique. Les différents groupes nominaux sont marqués soit par des adjectifs tels que « terreux », « courbé », « purulente » accentuée par des hyperboles telles que « toujours », « indélébiles » ou alors par des compléments de noms tels que « plein de panique », « sans fin, sans fond ».

À cette souffrance physique s’ajoute une souffrance psychologique qui est décelable dans l’utilisation de termes tels que « panique », « terreur », « humiliation ».

Ces « athlètes » sont appelés « les rescapés du marathon » (L 10) et sont décrits par une accumulation (L 11) « éclopés, transis ». De plus on devine que ces « athlètes » prennent des coups (ils sont battus par les juges lorsqu’ils passent) ce que l’on comprend grâce à (L 12) « les verges et les gourdins » ; on apprend aussi (L 5) qu’ils sont « entravés »,  « enduits de goudron et de plumes » (L 8).

Enfin c’est une souffrance qui ne s’arrête jamais . On remarque à ce propos une accumulation qui va dans ce sens : « chaque jour chaque heure, chaque seconde » (L 19). Certaines évocations sont effrayantes :  « anéantissement systématique des hommes » (L 23) . Leur souffrance devient évidente dans le paragraphe suivant avec la description de l’intérieur de la forteresse.

 

3) les camps :

C’est dans cet extrait que se rejoignent définitivement l’histoire et l’Histoire.

En effet l’utopie sportive commencée dans W a bien abouti à une contre utopie, et cette dernière description de l’activité sportive sur W est bien la description d’un camp de concentration.

Dès les  lignes 1 et 2 la tenue des sportifs ressemble étrangement au costume des déportés « tenues rayées » puis la description des épreuves sportives montre l’humiliation et la torture imposée à ces hommes « chevilles entravés » (L 5), « fausses remplies de purin » (L 7), « enduits de goudron et de plumes » (L 8) et enfin ils affrontent des juges « armés de verges et de gourdins » (L 12).

Leur attitude est la même que celle des déportés dans les camps :  ils sont « éclopés, transis » (L 11), « toujours courbé » (L 14) comme les déportés des camps de concentration nazie, on leur a rasé la tête « crâne chauve » (L 14,15). Le manque de nourriture et de soins est perceptible dans l’apparence de ces soi-disant sportifs avec « squelettique » (L 14), « dévisage terreur » (L 13 14), « les plaies purulentes » (L 16) mais aussi dans leur incapacité à faire réellement du sport on apprend ainsi à la ligne 9 que l’on peut les voir « sautillants à cloche-pied » ou « à quatre pattes » (L 10), « trottinant » (L 11) ainsi leur manière de se déplacer aussi bien que leurs performances sont tout à fait ridicule (L 25 26 27).

En dehors de l’évocation de ces soi-disant sportifs de W c’est le système même qui régnait dans les camps lors de la Shoah qui semble restitué dans l’organisation de W; on retrouve aussi bien « l’anéantissement systématique des hommes » (L 22,23) qui semble hyperbolique mais qui n’est qu’une évocation de la réalité dans les camps, ou encore l’accumulation « un écrasement conscient, organisé, hiérarchisé » (L 20) ou enfin « cette machine énorme dont chaque rouage participe » (L 21) renforcé par l’adjectif «implacable » (L 22) cette dimension systématique et ce caractère implacable qui s’abat sur les sportifs de W comme sur les déportés des camps de concentration apparaît dans l’utilisation de l’accumulation anaphorique « chaque homme, chaque jour, chaque » (L 18,19). Pourtant c’est un paragraphe différent,  séparé par un astérisque,  qui décrit le mieux ce que les libérateurs ont trouvé dans les camps en y entrant (et qui reste d’ailleurs une image terrible dans la mémoire collective) par la longue accumulation (L 35–38). On comprend donc que la forteresse qui se trouve au centre de l’île de W est la clé de l’interprétation de l’œuvre.

 

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