Texte 8 : W ou le souvenir D’enfance, Georges Perec – chapitre 13 : le vide-

Texte 8 :                 W ou le souvenir D’enfance, Georges Perec

                                                    chapitre 13 : le vide

Introduction de l’extrait :

le chapitre 13 est le premier chapitre du souvenir dans la deuxième partie de l’œuvre. Cet extrait s’articule avec les (…) qui séparent (ou relient) les deux parties du livre. L’auteur dans cet extrait , tente d’organiser les souvenirs flous et morcelés dont il dispose.

Les entrées :

Temps et chronologie, la guerre, la négation, le narrateur.

 

Temps et chronologie :

 

Dès les premiers mots de cet extrait,  le narrateur situe le moment de l’écriture de la fiction  W  à l’époque de son enfance.

Cependant les indices temporels restent très floues « entre ma 11e et ma 15e année » (L2) ce flou est accentué par la mise en incise du verbe « disons » , cette période particulière de son passé « l’époque » (L1, L14) et donc une période longue,  mal définie dans le temps,  ce qu’il démontre par la double négation « ni commencement ni fin » (L 21).

On remarque que toutes les évocations chronologiques ou temporelles sont, soit associées à la négation, soit mal définies.

Pour la négation du temps on retrouve « nulle chronologie » (L18), «plus de passé » (L 22), « plus d’avenir » (L 23) « presque rien ne les entérine » on voit que les différentes négations utilisées pour parler du temps sont :  « ni », « nuls », « plus », « rien » .

Mais le narrateur tente, tout de même, de se créer des repères temporels (qui restent toujours flous) ce qui apparaît dans les expressions telles que « au fil du temps » (19) ou encore « de temps en temps » (27) « durée»  (L 24) ou encore « pendant très longtemps » (L 22/23).

Il utilise donc son âge comme repère temporel mais il fait aussi référence à des repères temporels naturels tels que les saisons (L 20) « ou du ski ou les foins ».

Malgré sa volonté de trouver des repères temporels le narrateur avoue par l’utilisation de l’adverbe «arbitrairement » qu’il n’y a aucune exactitude au niveau du temps et de la chronologie.

 

 

La guerre :

 

 La guerre n’est pas directement évoquée dans cet extrait ,  Elle sous-tend cependant la trame de son histoire. Elle apparaît tout d’abord dans la très longue accumulation des dessins de l’enfant (L 4-13) qui sont tous des évocations de la guerre : « machine de guerre » (6), « engin de mort » (L 7), « aéroplane » (L 7), « avion » (L 10). La guerre surgit donc dans les dessins de l’enfant pourtant il ne la vit pas directement c’est une guerre qu’il fantasme.  (il est caché dans des fermes en « zone Libre »)

De même , les images qu’il représente sont morcelés « les jambes séparées des bras » (11) ce qui laisse une impression morbide .

C’est aussi dans ce qu’il raconte de sa vie quotidienne  pendant cette période, que l’on peut déceler un temps de guerre notamment à travers  les changements imposés, ses déplacements fréquents et l’utilisation du «on » de généralité.

 On suppose donc qui n’était pas le seul enfant à être déplacé ainsi (il était à un certain moment avec des membres de sa famille) : « on changeait de lieu » (L 23), « on allait dans une autre pension ou dans une autre famille » (L 28 29) ainsi le vocabulaire du changement est fréquemment utilisé avec:   »changer », « aller », « autre ».

Une autre habitude des temps de guerre apparaît dans cet extrait, celle de ne pas donner le nom des gens, (par soucis de sécurité) .Une sorte de secret accompagnait ces enfants « les choses et les lieux n’avaient pas de nom » (L 29 30) et de plus les gens n’étaient pas identifiables  « n’avaient pas de visage » (30) c’est donc à travers ce récit d’enfance  que transparait  la guerre vécue par un enfant juif caché en zone dite libre.

 

 

La négation :

 

Cet extrait semble essayer de remplir le vide du souvenir.

En réalité ce vide a été créé par le secret imposé à l’enfant , ce qui a eu pour conséquence que pour Perec,  chaque effort pour se souvenir aboutit à une négation.

Tout est évoqué dans cet extrait avec des formes négatives. Il commence par une négation hyperbolique       « rien » (L 4) qui est le maximum de la négation, puis il utilise le « ni » (6) et ensuite dans une longue accumulation malgré une ellipse du » ni » mais qui  est sous-entendu.

Enfin à la ligne 13 l’accumulation se termine par l’adjectif « aucune » qui vient confirmer la négation tandis que le reste de l’extrait utilise de très nombreuses occurrences de négation : 4 « rien », 3 « ni » et plus de 10 formes négatives ainsi que 2 « nulle ». La question se pose alors de savoir ce qui est réellement nié par cette  sur-utilisation des formes négatives.

Tout d’abord c’est le lien : tout ce qui peut rattacher les choses,  faire du lien dans les dessins, les morceaux entre eux ne sont jamais rattachés. On retrouve d’ailleurs plusieurs verbes qui vont dans ce sens « détachent » (L 10-11), « sépare » (L 12), « ne tenait pas » (L 5-6).

De plus ce morcellement ne touche pas que les dessins mais aussi les souvenirs;  or ces souvenirs sont des morceaux de vie il y a donc une impossibilité d’avoir des repères qu’ils soient temporels ou qu’ils soient spatiaux. (Voir entrée sur le temps et la chronologie)

La négation des repères spatiaux est rendue par des termes vagues, non définis, tels que « un lieu qui est loin », « mais loin d’où » (L 26-25) et « peut-être simplement loin de » (L26-27). On relève aussi « on change de lieu » (L 26) et « lieux n’avaient pas de nom » (L 30).

Ces repères sont donc des attaches impossibles aussi l’auteur utilise-t-il  la métaphore du bateau « nulle amarre » (L17), « rien ne les ancre » pour les imager. Enfin la négation touche aussi les personnes,  à la fois par l’utilisation du « on » de généralité et l’affirmation « les gens n’avaient ni nom ni visage » (31). On ne sait donc pas qui est qui.

 

Le narrateur (c’est-à-dire l’auteur) :

 

Le narrateur évoque ses propres souvenirs dans une démarche quasi psychologique. Il établit un lien entre ses dessins d’enfants et la situation qu’il vivait.

Des  procédés  quasi identiques sont appliqués à la fois au dessin et à la situation;  par exempleà propos des dessins, il écrit  « les mains n’assure aucune prise » et pour la situation (dont il se souvient si difficilement), « nul amarre, rien ne les ancre rien ne les fixe » (L 16-17). C’est donc la même approche de cet « espace », ce « vide » qui empêche aussi bien les dessins que les souvenirs de s’organiser,  de faire du lien,  de former un tout.

La première partie de cet extrait est à la première personne : « je couvris », « ma 11e année » alors que la deuxième partie (mis à part le « je » de la ligne 11 ?) emploie surtout le « on » ce qui met en valeur le caractère peu précis et peu personnel de ces souvenirs.

 On remarque aussi que Perec a du mal à se situer par rapport aux événements , on a une sorte de chronologie (L 19) mais qui est arbitrairement reconstitué ce qui est sensible à la fois dans «… ? » et dans l’utilisation de « disons » mis en incise (L2).

On comprend donc qu’il ne sait pas exactement quel âge il avait au moment des différents événements évoqués dans cet extrait.

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