Analyse : La Femme , Lettre à M. Léon Richet Victor Hugo

Texte 3 :                                   La Femme  , Lettre à M. Léon Richet (8 juin 1872)                     Victor Hugo

Introduction :

Victor Hugo est l’un des plus grands écrivains français, né avec son siècle il a été de tous les combats humanistes, politiques et sociaux , il a utilisé sa plume notamment pour défendre le droit des femmes, aussi bien avec des personnages romanesques tels que Fantine dans Les Misérables , que dans de l’argumentation directe comme il le fait dans cette lettre. Il adresse celle-ci à Monsieur Léon Richet, rédacteur en chef d’un journal féministe,. Dans cette lettre il dénonce les torts de la société envers la femme et imagine une société idéale dans laquelle la femme serait l’égale et la compagne de l’homme.

 

Les entrées : la femme, les torts de la société, la relation homme femme, l’argumentation, l’implication de l’écrivain.

 

Les torts de la société :

 

Dans cette lettre, la société est critiquée aussi bien à travers les lois que les législateurs. La loi est allégorisée (L 4) « Elle l’appelle » ainsi être accusé plus facilement. Selon Victor Hugo la loi ne tient pas compte de la réalité,  elle est même fréquemment en opposition avec la situation réelle: ainsi il oppose « selon la loi » et « selon la réalité » (L 4/5). À la ligne 3 il utilise le terme « euphémisme » pour montrer que la loi aborde de manière légère,  presque littéraire un problème majeur.

La loi qui est censée être la garante de la justice est en réalité totalement injuste et déséquilibrée. Il utilise le symbole même de la justice pour le prouver : « les deux plateaux  du code » (L 5) cette métaphore de la balance est filée avec les verbes « chargés », « verser » (L 6) et aussi avec les termes « plateau » et « équilibre ».

On remarque utilisation du terme « législation » (L 7). Victor Hugo cherche à montrer que la loi est profondément injuste et qu’elle se livre à une violente négation de la femme,  c’est  pourquoi il emploie une accumulation de propositions négatives (L8–9) ainsi que l’affirmation négative « il n’y a pas de citoyenne ».

De plus,  il insiste sur le caractère actuel de ce problème : « dans la civilisation actuelle » (L 3) ou « dans notre législation » (L 7) ou encore « telle qu’elle est » (L 7/8), ce qui est renforcé par l’utilisation d’un présent d’énonciation. Enfin il associe un caractère d’urgence à ce présent,  en employant le subjonctif : « il faut qu’il » (L 9), « il est temps que les gouvernants avisent » (15). La loi est injuste parce que les législateurs le sont, or  les législateurs sont des hommes !  La répétition anaphorique « l’homme » (L 5/6) mais aussi « les gouvernants » (L10) et(L15) « les législateurs » (L16), « les hommes d’État » ainsi que la périphrase « ceux qui font les lois » (L 17).

On remarque l’oxymore qui oppose les hommes et les femmes entre « faire les lois » et « obéissent » (L 17)

 

L’implication de Victor Hugo :

 

Dans cette lettre,    Victor Hugo s’implique directement « je m’associe », « je plaide » (L 1). C’est pour lui le combat de toute une vie « depuis 40 ans » (L 1) il montre que son combat s’est fait contre les législateurs avec le parallélisme : « ce que j’appelle », « elle (la loi) l’appelle » (L 4). Il utilise aussi le » nous » notamment au début de la phrase à la ligne 18 (ce qui constitue le début du paragraphe) ainsi que sur toute la première partie du texte où les verbes sont à la première personne du pluriel.

Enfin nous avons dans le dernier paragraphe le « on » de généralité qui comprend l’ensemble des hommes (dont Victor Hugo).

Victor Hugo participe à ce combat en tant qu’homme de lettres : « les penseurs » (L 15), « les écrivains » (L 16), « les philosophes » (18) ; de même les périphrases « ceux qui font les mœurs » (en opposition avec ceux qui font les lois) (L 17), ou « les contemplateurs de l’idéal social » (L 18).

 

La relation homme femme :

 

La relation homme femme qui est dénoncée par Victor Hugo et qui a cours dans la société contemporaine (de V. Hugo)  est une relation de domination. Les termes « servitude » (L 1/2) ou « esclave » pour parler de la femme montre bien que celle-ci subit une très forte domination de l’homme.

L’opposition droit/devoir montre bien que la femme est sous la loi des hommes.

Même grammaticalement la position de l’homme systématiquement en tant que sujet actif montre que qui décide et agit tandis que la femme subit l’action, ce que l’on peut voir notamment aux lignes 5–6 « a chargé », « a versé ». L’homme est donc à l’origine de l’infériorité de la femme, pour Victor Hugo.

Pour l’auteur,  cette situation est une aberration car, s’il considère que la femme est plus faible que l’homme,  il ne pense pas que ce soit une raison pour la dominer mais au contraire pour l’élever et la protéger. Pour lui la femme est à la fois un être sacré et la compagne de l’homme. Ainsi il utilise le champ lexical du sacré « vénération » (L 19), « être sacré » (L 23) mais aussi une accumulation (L 23/24) qui déifie en quelque sorte la femme en ce qu’elle donne la vie : « former », « vivifier », « nourrie », ce qui est suggéré  aussi dans l’injonction « baisons les pieds » (L 25)

Victor Hugo insiste aussi sur la protection que l’homme doit apporter à la femme avec le terme  «compassion » ainsi que l’accumulation de la ligne 25.

La femme est aussi la compagne de l’homme, d’après V. Hugo,  toute la société devrait tenir sur l’union de l’homme et de la femme (plus enfant), « vraie unité humaine » « triple forme » ce qui devrait constituer à la fois « l’organisation humaine » et « la société » (L 31).

 

La femme :

 

La femme apparaît de deux manières dans ce texte:  telle qu’elle est traitée dans la société et telle qu’elle devrait l’être d’après Victor Hugo.

 

Dans la société actuelle la femme souffre (2 occurrences)  « la souffrance de la femme » (L 35) cela paraît aussi à la ligne 24 avec une accumulation « cet être souffre » associé à une polysyndète : et… et…. Cette douleur découle de la situation, considérée par Victor Hugo comme une violence faite aux femmes, « un état violent » (L 9) marquée par le présentatif « c’est ». c’est donc  la conséquence d’une situation de servitude décrite par Victor Hugo grâce à la métaphore de l’esclavage. À l‘euphémisme des textes «mineures » il oppose une hyperbole « esclave » il confirme cette vision particulière de la femme avec les termes de « tutelle » (L 33) ou « sans initiative » (L 32) ainsi que par l’image très physique des lignes 33 et 34. L’utilisation du terme « citoyenne » est bien entendue accompagnée de la négation. Négation qui se retrouve dans l‘accumulation de la ligne 7 à la ligne 9 pour montrer que la femme n’a pas sa place dans la société du XIXe siècle.

Il insiste sur l’importance de ce problème avec certaines expressions telles que « la question de la femme » (L 14) ou encore « pathétique problème de la femme » (L 19).

 

Victor Hugo lui nous propose une vision différente de la femme,  en faisant un véritable éloge de celle-ci.

La femme est sacrée : il y a une mise en incise « un être sacré » (L 23) et l’auteur développe ce caractère sacré (voir entrer précédente). Il insiste en faisant appel à la religion, en effet,  « baisons les pieds » pourrait faire allusion à la vierge Marie, allusion reprise avec « créature une et triple » qui là encore évoque une sorte de trinité (si pour les chrétiens Dieu et le père le fils et le Saint Esprit, l’homme lui doit être l’homme la femme et le fils) ce qu’il appelle « la vraie unité humaine » le terme « providence » vient conclure cette déification.

La femme est fragile  L’idée de sacrifice est associée à l’idée de fragilité car, si la femme est fragile c’est parce qu’elle se sacrifie pour ses enfants : « Sa chair », « son sang », « son lait » (L 23/24) mais aussi « son âme ». Le registre pathétique apparaît aussi bien dans l’utilisation du comparatif de supériorité « plus faible » que dans l’accumulation (L 24) « saigne », « pleure », tremble » (L 25) ; il cherche à provoquer la compassion envers la femme.

 

L’argumentation :

 

la thèse de Victor Hugo est : il faut réformer la loi de manière à ce que la femme devienne l’égale de l’homme.

Cette thèse n’est pas écrite de manière explicite elle apparaît souvent par opposition comme à la ligne 9. Ce qui permet de comprendre que l’homme et la femme doive être des citoyens égaux et à part entière. Il commence par un constat avec le présentatif « il y a » (L 3) et avec le passé composé pour montrer une action terminée (dont les conséquences sont présentées ensuite) « a chargé », « a fait » (L 5/6). Les conséquences de cette action sont marquées par la répétition anaphorique « de là » (L 7). Cette répétition introduit des phrases nominales qui sont de l’ordre du constat.

Ses arguments sont donnés de manière inductive c’est-à-dire à la fin de chaque paragraphe avec notamment « la paix sociale est à ce prix » (L 17) ou encore à la ligne 20 l’égalité de la femme permettrait donc la paix sociale et ainsi toute la société fonctionnerait. Le deuxième argument est d’ordre sociétal : il affirme que la loi doit être « la providence d’en bas » (L 30)

Il développe aussi d’autres arguments : « la femme est un être sacré » (cette fois-ci déductif) (L 23) ainsi que le dernier argument à la fin du texte (L 35)

 

Mais Victor Hugo utilise aussi « persuader » pour cela il fait une description pathétique de la femme (voir entrée sur la femme) il utilise de même la ponctuation « ! » Qui exprime l’émotion de la ligne 23 à la ligne 26 ou encore le registre didactique avec utilisation répétée de « : » (L3, L9, L 34) enfin il présente sa lettre comme un plaidoyer (donc directement argumentatif)  « depuis 40 ans je plaide la grande cause sociale »    (L 1).

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Questions envisageables :

1) Quelle image de la femme est donnée dans ce texte ?

I) l’image d’une femme désavantagée par la société (dominée par l’homme, maintenue en servitude par

la loi)

II) l’image d’un être merveilleux (un être sacré, un élément de l’unité humaine)

 

2) Que reproche Victor Hugo à la société qui lui est contemporaine ?

I) son injustice envers la femme

II) son incapacité a légiférer correctement

 

3) D’après Victor Hugo pourquoi la femme est-elle en souffrance ?

I) la femme est en souffrance parce que la loi la méprise

II) la femme est en souffrance parce que l’homme la domine et ne la protège pas

 

4) Cette lettre est-elle un plaidoyer ou un réquisitoire ?

I) cette lettre est un réquisitoire contre la société et la loi

II) cette lettre est un plaidoyer pour la femme

 

5) Comment Victor Hugo défend-t-il les droits de la femme ?

I) en montrant que les lois sont injustes envers elle

II) en faisant l’éloge de la femme

 

6) En quoi ce texte est-il argumentatif ?

I) il utilise à la fois convaincre et persuader

II) c’est à la fois un réquisitoire et un plaidoyer.

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