ANALYSE D’UN POÈME : LE CYGNE I , Baudelaire

LE CYGNE I

Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve,
Pauvre et triste miroir où jadis resplendit
L’immense majesté de vos douleurs de veuve,
Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,

A fécondé soudain ma mémoire fertile,
Comme je traversais le nouveau Carrousel.
Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville
Change plus vite, hélas! que le coeur d’un mortel) ;

Je ne vois qu’en esprit tout ce camp de baraques,
Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts,
Les herbes, les gros blocs verdis par l’eau des flaques,
Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus.

Là s’étalait jadis une ménagerie ;
Là je vis, un matin, à l’heure où sous les cieux
Froids et clairs le Travail s’éveille, où la voirie
Pousse un sombre ouragan dans l’air silencieux,

Un cygne qui s’était évadé de sa cage,
Et, de ses pieds palmés frottant le pavé sec,
Sur le sol raboteux traînait son blanc plumage.
Près d’un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec

Baignait nerveusement ses ailes dans la poudre,
Et disait, le cœur plein de son beau lac natal :
« Eau, quand donc pleuvras-tu ? quand tonneras-tu, foudre ? »
Je vois ce malheureux, mythe étrange et fatal,

Vers le ciel quelquefois, comme l’homme d’Ovide,
Vers le ciel ironique et cruellement bleu,
Sur son cou convulsif tendant sa tête avide,
Comme s’il adressait des reproches à Dieu !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

introduction :

Baudelaire est un poète du XIXe siècle  qui a,  de son temps,  été traité de « Boileau Hystérique » car il conjugue une maîtrise parfaite de la versification et une modernité novatrice et souvent surprenante. Ainsi sa poésie nourrie du romantisme de ses aînés, a exploré aussi bien le vers que la prose à la recherche des « soubresauts de la conscience » comme il l’écrivait ; Mais nombreux sont ceux qui se sont revendiqués, par la suite, de sa poésie,   aussi bien  les parnassiens que  les symbolistes et même plus tard certains surréalistes. Ainsi dans la section des tableaux parisiens , Baudelaire s’est inspiré des changements causés à la ville par les  travaux du baron Haussmann dans le quartier qui se situe entre le Louvre et les Tuileries. Dans le poème « le Cygne »  Il transcrit la modernité de Paris en pleine rénovation associée à de nombreuses références mythologiques avec un alexandrin précieux et souvent hermétique . 

Les entrées : les références, la réalité,  le cygne, le poète, spleen et idéal.

Les références :

 Ce poème est particulièrement complexe par le grand nombre de références souvent mythologiques qu’il utilise et impose au lecteur. Tout est singulier dans ce poème. Tout doit être compris et interprété. Ainsi dès le premier vers et même le premier mot : « Andromaque », le poète évoque  (à travers ce personnage à la fois mythologique historique et littéraire) la notion d’exil.  En réalité nombreux sont les exilés qui apparaissent dans ce poème. Tout d’abord la dédicace « à Victor Hugo », le poète exilé à jersey présente le poème comme un éloge de l’exilé. Andromaque aussi est une exilée emmenée loin de la ville de Troie, esclave de Pyrrhus. Le cygne en lui-même est une allégorie des exilés dans ce nouveau Paris, loin de son « beau lac natal » V 22 . La référence à l’Antiquité est filée  sur tout le poème ainsi le « Simoïs » le petit fleuve cité au vers 4 correspond au « dieu fleuve » qui dans la mythologie grecque  était le fils d’Océan et de Thétis et traversaient la ville de Troie. Mais cette référence au Simoïs  est aussi  une allusion aux métamorphoses  d’Ovide ainsi, le Nil fécondait la terre et le Simoïs féconde la mémoire du poète ainsi : « a fécondé soudain ma mémoire fertile » . Le « Je pense à vous Andromaque » V 5 montre alors la force du souvenir. Après que le Nil a débordé,  la décrue a laissé apparaître des chimères, (moitié animal moitié terre)…   de même,  grandi par les pleurs d’Andromaque,  le Simoïs laisse apparaître le cygne.

On remarque que le débordement du fleuve correspond au débordement du premier quatrain sur le second.  Le cygne, comme les chimères d’Ovide,  est à la fois animal et homme. La comparaison se fait au vers 25 « comme l’homme d’Ovide » le cygne en effet, comme l’homme,  est le seul à regarder le ciel et non pas la terre.  De même aux vers 23 le cygne semble demander le déluge , ce vers est marqué par un chiasme qui en accentue l’importance (on précise que c’est le déluge qui dans le mythe a fait déborder le Nil).

La réalité :

 Ce poème, comme les autres poèmes des tableaux parisiens,  fait  une référence directe à la réalité parisienne  (la ville de Paris au 19ème ) que traversent  Baudelaire et ses contemporains.

Il fait ici référence aux travaux de rénovation de Paris qui ont duré 17 ans (de 1853 à 1870). Le poète  fait allusion à une promenade dans Paris : vers 6 « comme je traversais » et vers 7 « le vieux Paris » les travaux sont décrits du vers neuf au vers 12 avec à la fois une accumulation disparate et irrégulière dans le rythme (des termes courts des expressions longues) exemples : « les herbes » « les gros blocs verdis par l’eau des flaques » renforcées par des termes qui montrent la confusion telle que « camp de baraques » vers 9 ou « chapiteau ébauché » vers 10 « le bric–à–brac confus ». Les travaux sont évoqués dans toute leur laideur, « le sombre ouragan » vers 16 évoque le nuage de poussière produit par les travaux,  la couleur « verdis » donne l’impression de non achevé « ébauché » vers 10 mais aussi « pavés secs », vers 18 « sols raboteux » vers 19 , les termes de « voirie » contribuent à évoquer Paris en travaux. Enfin les termes « vieux » vers 7 « jadis » vers 13 s’opposent au « nouveau carrousel » vers 6 mis en place par Napoléon.

Le cygne :

Pour Baudelaire,  le cygne est un animal qui symbolise la beauté et la pureté ainsi Il le cite dans le poème « la beauté » cependant la description qui en est faite ici ne semble pas méliorative,  seul le  « blanc plumage » vers 19 rappelle la beauté du cygne . Les autres éléments sont « ses pieds palmés » vers 18, « cou convulsif » vers 27 ou « sa tête avide » son attitude aussi n’évoque ni la beauté ni la majesté du cygne ; en effet ses mouvements sont désordonnés et peu gracieux : « frottant le pavé » vers 18, « traînait » vers 19, « ouvrant le bec » vers 20, « baignait nerveusement » vers 21.           De plus, d’une manière très péjorative le cygne est appelé « la bête » vers 20 ou « ce malheureux » vers 24. Mais le cygne est dans ce poème le symbole des exilés : « le cœur plein de son beau lac natal » vers 22 ainsi comme Victor Hugo ou Andromaque le cygne exilé loin de son lac ne trouve aucun réconfort « près d’un ruisseau sans eau » vers 20.

Le poète:

 Ce poème est écrit à la première personne c’est donc bien la parole du poète qui apparaît : « je pense à vous ! » Vers 1 « je ne vois » vers 9. Comme le cygne Baudelaire est perturbé  par les bouleversements provoqués par les travaux dans Paris ainsi, l’exclamation « hélas ! » à la césure du vers huit en témoigne. Le choix du personnage d’Andromaque peut aussi faire référence à la mère de Baudelaire et à son remariage vécu par le poète comme une trahison  (Baudelaire a perdu son père ) et sa mère devrait donc exprimer ses « douleurs de veuve » (V3) ce qui expliquerait  l’exclamation « je pense à vous ! » Vers 1 ainsi que l’évocation de sa « mémoire » vers 5 . Ce beau cygne décrit comme une bête traînant ses ailes dans la boue fait bien évidemment penser à « l’albatros » qui incarne le poète dans le poème du même nom. Le poète loin de son univers « son lac natal » vers 22 devient un animal sinon de dérision du moins de compassion. Ainsi nous relevons  un  registre pathétique avec des termes tels que  :  « secs », « traînait », « le cœur plein », « malheureux ». Ce qui est confirmé par le dernier vers  : « comme s’il adressait des reproches à Dieu ! ».

Spleen et idéal :

Les deux concepts se partagent le poème. Pour Baudelaire, l’idéal est toujours à la fois beauté et élévation,  mais l’idéal est aussi, souvent,  associé à la froideur, à la pureté et à la cruauté.  Ainsi le ciel dans ce poème représente l’idéal …  il semble totalement indifférent à la souffrance du cygne , au vers 16 l’air est « silencieux » et le ciel est : « ironique et cruellement bleu » le ciel est aussi, au vers 15 « froid et clair » mais le cygne aussi est le symbole de l’idéal, il est beau pur mais souvent cruel.  

Le spleen est représenté dans ce poème par le mal-être éprouvé dans cette ville en travaux, défigurée par les différentes destructions et constructions inachevées . Dans cet état la ville devient alors le lieu du spleen….   le poète la traverse, comme le cygne, vers 18 « frottant le pavé sec ».

Comme le cygne dont le majestueux  plumage blanc est souillée par la boue et dont la grâce est encombrée de « pieds palmés » (pas faits pour marcher dans la ville) , le poète traîne dans la ville loin de son univers poétique .

introduction : Baudelaire est un poète du XIXe siècle  qui a de son temps été traité de « Boileau Hystérique » car il conjugue une maîtrise parfaite de la versification et une modernité novatrice et souvent surprenante. Ainsi sa poésie nourrie du romantisme de ses aînés, a exploré aussi bien le vers que la prose à la recherche des « soubresauts de la conscience » comme il l’écrivait lui-même; Mais elle est pourtant revendiquée par la suite aussi bien par les parnassiens que par les symbolistes et même plus tard par certains surréalistes. Ainsi dans la section des tableaux parisiens il s’est inspiré des travaux du baron Haussmann dans le quartier qui se situe entre le Louvre et les Tuileries. Dans le poème « le Cygne »  Il transcrit la modernité de Paris en pleine rénovation associée à de nombreuses références mythologiques avec un alexandrin précieux . 

Les entrées : les références, la réalité,  le cygne, le poète, spleen et idéal.

Les références :

 Ce poème est particulièrement complexe par le grand nombre de références souvent mythologiques qu’il utilise et impose au lecteur. Tout est singulier dans ce poème. Tout doit être compris et interprété. Ainsi dès le premier vers et même le premier mot : « Andromaque », le poète évoque  (à travers ce personnage à la fois mythologique historique et littéraire) la notion d’exil.  En réalité nombreux sont les exilés qui apparaissent dans ce poème. Tout d’abord la dédicace « à Victor Hugo », le poète exilé à jersey présente le poème comme un éloge de l’exilé. Andromaque aussi est une exilée emmenée loin de la ville de Troie, esclave de Pyrrhus. Le cygne en lui-même est une allégorie des exilés dans ce nouveau Paris, loin de son « beau lac natal » V 22 . La référence à l’Antiquité est filée  sur tout le poème ainsi le « Simoïs » le petit fleuve cité au vers 4 correspond au « dieu fleuve » qui dans la mythologie grecque  était le fils d’Océan et de Thétis et traversaient la ville de Troie. Mais cette référence au Simoïs  est aussi  une allusion aux métamorphoses  d’Ovide ainsi, le Nil fécondait la terre et le Simoïs féconde la mémoire du poète ainsi : « a fécondé soudain ma mémoire fertile » . Le « Je pense à vous Andromaque » V 5 montre alors la force du souvenir. Après que le Nil a débordé,  la décrue a laissé apparaître des chimères, (moitié animal moitié terre)…   de même,  grandi par les pleurs d’Andromaque,  le Simoïs laisse apparaître le cygne.

On remarque que le débordement du fleuve correspond au débordement du premier quatrain sur le second.  Le cygne, comme les chimères d’Ovide,  est à la fois animal et homme. La comparaison se fait au vers 25 « comme l’homme d’Ovide » le cygne en effet, comme l’homme,  est le seul à regarder le ciel et non pas la terre.  De même aux vers 23 le cygne semble demander le déluge , ce vers est marqué par un chiasme qui en accentue l’importance (on précise que c’est le déluge qui dans le mythe a fait déborder le Nil).

La réalité :

 Ce poème, comme les autres poèmes des tableaux parisiens,  fait  une référence directe à la réalité parisienne  (la ville de Paris au 19ème ) que traversent  Baudelaire et ses contemporains.

Il fait ici référence aux travaux de rénovation de Paris qui ont duré 17 ans (de 1853 à 1870). Le poète  fait allusion à une promenade dans Paris : vers 6 « comme je traversais » et vers 7 « le vieux Paris » les travaux sont décrits du vers neuf au vers 12 avec à la fois une accumulation disparate et irrégulière dans le rythme (des termes courts des expressions longues) exemples : « les herbes » « les gros blocs verdis par l’eau des flaques » renforcées par des termes qui montrent la confusion telle que « camp de baraques » vers 9 ou « chapiteau ébauché » vers 10 « le bric–à–brac confus ». Les travaux sont évoqués dans toute leur laideur, « le sombre ouragan » vers 16 évoque le nuage de poussière produit par les travaux,  la couleur « verdis » donne l’impression de non achevé « ébauché » vers 10 mais aussi « pavés secs », vers 18 « sols raboteux » vers 19 , les termes de « voirie » contribuent à évoquer Paris en travaux. Enfin les termes « vieux » vers 7 « jadis » vers 13 s’opposent au « nouveau carrousel » vers 6 mis en place par Napoléon.

Le cygne :

Pour Baudelaire,  le cygne est un animal qui symbolise la beauté et la pureté ainsi Il le cite dans le poème « la beauté » cependant la description qui en est faite ici ne semble pas méliorative,  seul le  « blanc plumage » vers 19 rappelle la beauté du cygne . Les autres éléments sont « ses pieds palmés » vers 18, « cou convulsif » vers 27 ou « sa tête avide » son attitude aussi n’évoque ni la beauté ni la majesté du cygne ; en effet ses mouvements sont désordonnés et peu gracieux : « frottant le pavé » vers 18, « traînait » vers 19, « ouvrant le bec » vers 20, « baignait nerveusement » vers 21.           De plus, d’une manière très péjorative le cygne est appelé « la bête » vers 20 ou « ce malheureux » vers 24. Mais le cygne est dans ce poème le symbole des exilés : « le cœur plein de son beau lac natal » vers 22 ainsi comme Victor Hugo ou Andromaque le cygne exilé loin de son lac ne trouve aucun réconfort « près d’un ruisseau sans eau » vers 20.

Le poète:

 Ce poème est écrit à la première personne c’est donc bien la parole du poète qui apparaît : « je pense à vous ! » Vers 1 « je ne vois » vers 9. Comme le cygne Baudelaire est perturbé  par les bouleversements provoqués par les travaux dans Paris ainsi, l’exclamation « hélas ! » à la césure du vers huit en témoigne. Le choix du personnage d’Andromaque peut aussi faire référence à la mère de Baudelaire et à son remariage vécu par le poète comme une trahison  (Baudelaire a perdu son père ) et sa mère devrait donc exprimer ses « douleurs de veuve » (V3) ce qui expliquerait  l’exclamation « je pense à vous ! » Vers 1 ainsi que l’évocation de sa « mémoire » vers 5 . Ce beau cygne décrit comme une bête traînant ses ailes dans la boue fait bien évidemment penser à « l’albatros » qui incarne le poète dans le poème du même nom. Le poète loin de son univers « son lac natal » vers 22 devient un animal sinon de dérision du moins de compassion. Ainsi nous relevons  un  registre pathétique avec des termes tels que  :  « secs », « traînait », « le cœur plein », « malheureux ». Ce qui est confirmé par le dernier vers  : « comme s’il adressait des reproches à Dieu ! ».

Spleen et idéal :

Les deux concepts se partagent le poème. Pour Baudelaire, l’idéal est toujours à la fois beauté et élévation,  mais l’idéal est aussi, souvent,  associé à la froideur, à la pureté et à la cruauté.  Ainsi le ciel dans ce poème représente l’idéal …  il semble totalement indifférent à la souffrance du cygne , au vers 16 l’air est « silencieux » et le ciel est : « ironique et cruellement bleu » le ciel est aussi, au vers 15 « froid et clair » mais le cygne aussi est le symbole de l’idéal, il est beau pur mais souvent cruel.  

Le spleen est représenté dans ce poème par le mal-être éprouvé dans cette ville en travaux, défigurée par les différentes destructions et constructions inachevées . Dans cet état la ville devient alors le lieu du spleen….   le poète la traverse, comme le cygne, vers 18 « frottant le pavé sec ».

Comme le cygne dont le majestueux  plumage blanc est souillée par la boue et dont la grâce est encombrée de « pieds palmés » (pas faits pour marcher dans la ville) , le poète traine dans la ville loin de son univers poétique .

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