Dom Juan ACTE I scène 1.

 

 

Analyse :

      Dom Juan , MOLIERE

acte I scène 1

Introduction  :

 

Molière est le plus célèbre dramaturge et le plus joué du XVII siècle jusqu’à nos jours. Il applique dans ses pièces la célèbre maxime « castigat ridendo mores » (c’est-à-dire corriger les mœurs par le rire). Ainsi il met en scène les différents défauts humains mais aussi certaines professions  et corporation (Ensemble de personnes exerçant la même profession) qu’il critique. Ses principales cibles sont les médecins et  les religieux.

Alors qu’il a dû lutter contre la censure pour sa pièce le Tartuffe qui critique les faux dévots, Molière écrit Dom Juan cette pièce et reprend le personnage  créé par TIRSO de Molina, un libertin qui sera puni pour ses actions à la fin de la pièce afin de calmer les critiques. Cependant Dom Juan est, sous la plume de Molière, si complexe et si attachant qu’il devient alors un mythe. Dom Juan après avoir épousé Elvire l’abandonne et se sauve avec son valet Sganarelle afin de se livrer à d’autres conquêtes. Il finit aux enfers emporté par la statue du commandeur qu’il a tué.

Cet extrait est tiré de la scène 1 de l’acte I, scène d’exposition, Sganarelle  répond à Gusman qui s’étonne que Dom Juan ait quitté sa maîtresse après l’avoir épousée. Il fait donc le portrait de Dom Juan à son ami.

 

Les entrées :

Sganarelle, le libertin, la critique de Dom Juan, la relation maître valet.

 

Sganarelle

Face à  Gusman, Sganarelle cherche à se donner un rôle important il commence dans cette tirade par utiliser je de manière insistante « je n’ai pas » (L 1), « je ne dis pas » (L 2) ou encore « je n’en ai point » (L 3) on remarque utilisation de plusieurs formes négatives (qui sont plus restrictives que négatives )et qui montrent que le valet se refuse à accuser totalement son maître dès le début. De plus il se pose aussi comme quelqu’un d’important  , il cherche à se mettre en valeur, en utilisant un registre didactique avec « je t’apprends » (L 5), « crois que » (L 10) ou encore « si tu connaissais » (L 1) ou « tu trouverais » (L 2) de même il utilise un registre soutenu comme à la ligne 20 « brides mes sentiments et me réduit d’applaudir » et utilise des mots latins pour impressionner Gusman : « Inter nos » (L 5) ou encore des métaphores telles que « il faudrait bien d’autres coups de pinceau » (L16).

Il apparaît aussi dans ce passage comme un homme pieux (ou du moins superstitieux), les reproches  qu’il fait à Dom Juan portent sur son athéisme et on retrouve le vocabulaire de la religion: tout d’abord certains termes de l’accumulation de la ligne six « un diable, un Turc, un hérétique »mais aussi dans  l’expression « ni ciel ni enfer » (L7) enfin il  envisage « le courroux du ciel » (L 17) ) (on remarque la naïveté du reproche qui met sur le même plan des croyances telles que le ciel ou l’enfer, qui sont non seulement courantes mais même la normalité au XVIIe siècle, et le loup-garou qui évoque les peurs enfantines.). A priori Sganarelle affirme craindre son maître, et ne lui obéir que par crainte « la crainte en moi si l’office du zèle » (L 20) ce qui apparaît aussi dans la peur qu’il présente à l’idée que Dom Juan apprenne qu’il l’a trahi pourtant il avoue donner des signes de respect et même plus à son maître « il faut que je lui sois fidèle » (L19/20) « zèle » (L 20) « applaudir » (L21) ce qui semble démontrer de la crainte ou une certaine lâcheté.

En définitive Sganarelle déteste l’homme qu’il admire ou admire l’homme qu’il déteste.

 

La critique de Dom Juan

 

Le portrait que fait Sganarelle de Dom Juan est un portrait à charge (pour critiquer) il utilise des termes et des périphrases très péjoratives tout d’abord le terme « pèlerin » (L 2) qui ici un sens péjoratif mais aussi une accumulation de termes très insultants avec une gradation dont le sommet est donné par le terme « hérétique » ligne 6 : « un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique » mais aussi des périphrases hyperboliques  telles que « le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté » (L 5/6) ou « véritables bêtes brutes » « pourceau d’Épicure », « vrai Sardanapale » (L7/8). Cinq lignes donc consacrées uniquement à injurier Dom Juan. Il démontre ensuite que Dom Juan n’accorde aucune valeur non seulement au mariage mais aussi à la femme (ce qui reste l’apanage des aristocrates). On peut le constater par l’utilisation d’une nouvelle accumulation mais avec une gradation descendante cette fois : « dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne » (L 12/13) il utilise aussi un terme générique « les belles » (L 12) qui ne présente les femmes que que par leur apparence….  De même à la ligne 14 « toutes celles » le peu de cas qu’il fait des femmes est marquée par l’utilisation de termes tels que « toi, son chien, et son chat. » C’est surtout l’utilisation qu’il fait du mariage qui est relevé par Sganarelle si on retrouve « il a épousé » (L9), « il aurait encore épousé » (L 10) ou « c’est un épouseur à toutes mains » (L 12), ou encore « toutes celles qu’il a épousées » (L 14). Il associe Dom Juan au champ lexical de la terreur « courroux » (L 17) « diable » (18), « tant d’horreur » (L 18), « méchant homme » « terrible chose » (L 19) enfin il maudit son maître « que le courroux du ciel de l’accable » (L 17), « je souhaiterais qu’il fut déjà je ne sais où » (L 18). C’est donc bien un portrait à charge que fait Sganarelle de Dom Juan mais en même temps il fait aussi le portrait d’un libertin.

 

Le libertin  

 

en réalité la critique de Sganarelle décrit avant tout un libertin en effet c’est son éloignement de la religion, son athéisme que Sganarelle blâme le terme « hérétique » est clair à ce sujet il le développe dans l’expression « qui ne croit ni ciel ni enfer ni loup-garou » (L6/7) Ou encore « traite de billevesées tout ce que nous croyons » (L9) de plus c’est le Saint sacrement du mariage qui est malmené par Dom Juan : « un mariage ne coûte rien à contracter » ou encore « c’est un épouseur à toutes mains » ou « il ne se sert point d’autres pièges » enfin la vie qu’il mène est aussi une vie de libertin de mœurs, qui profite de la vie, il est comparé à deux personnages historiques : Épicure philosophe grec dont la philosophie (plus ou moins détournée par les libertins) serait de ne s’intéresser qu’au plaisir et Sardanapale roi d’Assyrie dans l’antiquité, qui était le symbole d’un homme puissant menant une vie luxueuse et dissolue,( d’où le sens de « débauché » ) donc des personnages très éloignés des valeurs prônées par le christianisme.

 

 La relation maître/ valet

 La relation entre Sganarelle et Dom Juan et assez ambigüe, Sganarelle dit le détester mais l’admire, il dit lui obéir par crainte,  mais souvent il dépasse la simple obéissance et aide Dom Juan comme s’il était un ami. Ces aspects apparaissent dans cette tirade.  Ainsi la mise en incise de « mon maître » (L5) met le terme en valeur et semble donc connoter une certaine admiration , d’autant plus que cette expression en incise est superflue pour la compréhension du texte…  Dom Juan cité juste avant suffisait.  Le terme de « grand seigneur » qu’il emploie à la ligne 19 marque aussi son admiration. D’autres indices semblent montrer une relation qui dépasse la simple obéissance du Valet au maître ainsi des la premières lignes l’utilisation du pronom d’insistance « moi » dans l’expression « je n’ai pas grand-peine à le comprendre moi » montre la relation particulière qu’il entretient avec son maître,  ce qui est confirmé par la proposition subordonnée relative « qui ferme l’oreille à toutes les remontrances qu’on lui peut faire »qui semble montrer que de nombreuses discussions ont eu lieu entre le maître et le valet et qui  montre aussi qu’à plusieurs reprises Sganarelle a tenté de lui faire entendre raison.  On  suppose alors  que Sganarelle se permet de faire des remontrances à Dom Juan et de juger sa manière d’agir.

 Cependant il y a aussi entre eux une relation qui marque l’infériorité de Sganarelle et la crainte qu’il a de son maître:  Dom Juan n’a pas à s’expliquer de ses actes : « il ne m’a point entretenu » (L4)

ainsi, Il multiplie les marques d’obéissance ainsi « par son ordre » (L3) ou « il faut que je lui sois fidèle » (L 20), ou encore le terme « zèle » (L 20). Il met cependant sur le compte de la peur (c’est un peu facile) son obéissance,  c’est ce qu’il dit ligne 20 : « la crainte en moi » qui est suivie de trois attitudes à priori dictées par la peur : «fait  l’office du zèle », « bride mes sentiments », « me réduis d’applaudir. » L’arrivée de Dom Juan montre cette peur puisqu’il affirme à la fin de cette tirade qu’il est prêt à mentir et à accuser Gusman si ses propos remontaient jusqu’à Dom Juan

Sganarelle multiplie aussi les marques de détestation (voir entrée sur la critique de Dom Juan)

 

 Questions envisageables :

 

Quelle image de Dom Juan est donnée par Sganarelle ?

1) Sganarelle donne de Dom Juan l’image d’ un aristocrate libertin

2) Sganarelle donne de Dom Juan l’image d’ un scélérat

 

Qu’apprend-on sur Sganarelle dans cette tirade ?

1) on apprend qui est Sganarelle

2) on apprend ce que ce qu’il pense de Dom Juan

3) on apprend les relations qu’il entretient avec son maître

 

Comment apparaît la relation maître valet ?

1) une relation admiration/détestation

2) une relation de crainte du valet envers son maître

3) une relation qui est presque d’égal à égal

 

Quelles sont les caractéristiques de cette scène d’exposition ? (c’est-à-dire de la première scène d’une pièce de théâtre)

1) les caractéristiques classiques : présentation des personnages, de la situation qui a précédé et l’annonce du châtiment qui se prépare

2) l’originalité de cette scène : la personnalité de Sganarelle, le comique et la présentation exagérée de Dom Juan

 

 

A la fin de votre conclusion vous pouvez faire une ouverture sur le fait que ce soit une pièce baroque, ou,  sur la fin de la pièce et la réaction de Sganarelle  par exemple.

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