étude de : Le soir d’une Bataille; L. de Lisle

Etude
Du poème « Le Soir d’une Bataille » ;
Poème Barbares , Leconte
de Lisle

.Les entrées :  une épopée, La violence, l’argumentation, l’horreur, la beauté sauvage.

 

Introduction : Leconte de Lisle est un poète du 19ème
reconnu comme le chef de file des parnassiens .  S’il refuse les effusions lyriques du romantisme et l’utilisation de la poésie à des fins politiques, c’est pourtant un homme qui se bat contre l’esclavage (il est né à la réunion) et  qui a connu la violence de la commune. Mais sa poésie veut dépasser les faits contemporains et devenir la poésie de l’impassibilité. Il ne peut cependant renier son héritage romantique même s’il cherche dans son recueil  Poèmes Barbares  à « ressusciter les légendes et le passé du monde civilisé » L’indéfini utilisé dans le titre de ce poème  le détache des réalités contemporaines. Il y décrit une bataille imaginaire et pourtant très réelle. Ce poème a été tardivement rajouté au recueil.

I)
L’épopée :

l’épopée est un genre qui date de l’antiquité c’est le récit d’aventures  grandioses, de combats héroïques de
personnages au-dessus du commun des mortels. On évoque le registre épique dans le récit de combats violents et qui paraissent  surhumains. C’est le cas de ce poème . En effet tout est « énorme » dans cette Bataille,
les comparaisons avec une nature forte : « haute mer », « tourbillons », « large soleil », « les blés », « les vignes », « ardent soleil », « plaine noire » …..

En fait la nature participe à la bataille grâce  à ce champ lexical et cela donne l’impression d’un combat titanesque.

Les hyperboles sont présentes dans tout le texte pour évoquer la bataille et montrer son caractère épique elle dépasse le simple combat humain,  l’homme n’est jamais nommé ainsi, le choix du poète se porte sur la dépersonnalisation du « ils » non pas,  comme dans « le mal »Rimbaud pour montrer que l’homme n’est
rien mais pour accentuer sa puissance et sa violence . la seule fois que le mot homme apparait c’est en CdN « longs murs d’hommes » les synonymes ou les périphrases employées ne sont pas péjoratives elles ne rabaissent pas l’homme : « fantassins » , « cavaliers » , « ces braves » . l’homme n’est pas dans ce poème une victime passive du pouvoir, mais il entre dans le combat avec force et volonté : les verbes d’action le prouvent : « ils se sont tous rués », « ils ont poussé », »ils se sont laissés choir », «  ils se sont liés » même le « ils sont morts » de la dernière strophe montre une action héroïque  volontaire :  »heurtant de leur cœur la gueule du canon ». L’homme ici se dépasse, comme un héros antique :  « sans relâche », « de l’aube au soir » ce dépassement de soi est d’autant plus marqué, que syntaxiquement, c’est par
l’antéposition des compléments de manière, de lieux  ou de temps  que ces termes sont mis en avant, il y a une
accumulations de compléments sur les deux premiers vers de la strophe 2 . Même dans la mort ces hommes restent des héros , la description  de la strophe 4 le souline et là encore par une accumulation : «….muets,
farouches, les poings fermés, serrant les dents… ».
De plus cette bataille n’est pas une simple bataille c’est une « grande tuerie », un « massacre immense » ces deux appellations hyperbolique donnent une autre dimension à ce combat .

Il apparait évident que ce n’est pas une simple description mais bien un récit (épique en l’occurrence) avec une
« histoire » qui se déroule . en effet  on a l’assaut dans les deux premières strophes le combat bref, violent, strophe 3 puis quatre strophes sur l’agonie et la mort enfin deux strophes dans lesquelles le poète prend la parole  (même si le « je » refusé par les poètes du parnasse n’apparait pas).  Enfin pour conclure sur le caractère épique, je rappelle que le dernier mot du poème est le mot « Gloire ! »

II)       la violence de la guerre

La violence se concentre surtout dans les trois premières strophes L’image du premier vers ouvre le poème sur une idée de violence mais d’une violence naturelle : « la haute mer » représente la force (ce n’est pas la
plage !!!) et le caractère indomptable ….   Et le rivage est  « dur » c’est donc un affrontement violent entre la mer et la terre qui est décrit.

Tous les adjectifs participent  à décrire la violence de la bataille : « ivre et haletant » ; « sauvages. » ; « féroces » ; farouches » ; « furieuse » . Le vocabulaire de la guerre est présent et souvent « hyperbolisé » : métonymie du « fer » pour l’épée qui rend plus  sensible l’idée de « métal  froid » renforcée par la personnification : le fer s’est « gorgé » de sang (image presque diabolique),  « les crosses » sont lourdes…..      les termes utilisés pour décrire la bataille sont eux aussi hyperboliques et ajoutent une notion de
violence (déjà vus) « grande tuerie », « massacre immense », « boucherie », « meurtre »,   égorgement ».

Les blessures infligées montrent la violence du choc : « par les boulets troués » , « percé de coup de feu »  . l’action violente est aussi donnée par les verbes que nous avons relevé dans l’entrée précédente.

 

En réalité en ce qui concerne cette entrée elle est plus ou moins contenue dans l’étude de l’épopée puisque le récit d’un combat épique est toujours violent…..    c’est le caractère grandiose qui n’entre pas en compte ici .

 

III)    l’horreur

 Il est difficile de décrire une bataille sans en peindre les horreurs , C’est ce que fait Leconte de Lisle mais à la
manière parnassienne, ,ciselée.

Si les termes de « tuerie » , et de « troués » de la première strophe annonçait un carnage , ce qu’accentuaient les images  de « sang » et de cervelle » jaillissant , c’est surtout à partir de la quatrième strophe que les conséquences horribles de cette bataille apparaissent au lecteur.

Tout d’abord, l’accumulation du vers 13 montre l’ampleur des dégâts et met sur le même rang vainqueurs et vaincus ce qui est repris au vers 16 par « par milliers » effet  renforcé par le présentatif : « les voici » qui par l’effet de «l’hypotypose» les rend visible au lecteur, l’adverbe « maintenant » dans un texte au passé procède de la même manière , il ancre le récit dans la situation d’énonciation et les rend plus présent , plus proches du lecteur : l’horreur est là devant nos yeux. La longue accumulation de la strophe 4 , avec une gradation ( 3 unités de 2 syllabes « blêmes, muets, farouches » puis 3 unités de 4 syllabes –vers ternaire-  « les points fermés, serrant les dents, et les yeux louches » enfin une unité de 12 syllabes  ) nous
entraîne face à une image de destruction.

 

En revanche, le poème subit une gradation descendante de : des « clameurs sauvages » et des  tourbillons » des soldats plein de fougue de la première strophe à l’immobilité et au silence
de la mort sur un champ de bataille déserté.

En effet : dès le vers 18 on passe à « murmurer » puis « se sont tus » , « des râles » au mot « silence » qui clôt la strophe 7 et la description de la bataille .

De même pour le mouvement : « avec lenteur », « se tordre vaguement », « dressant son cou »

Mais c’est surtout la vision de la scène qui s’efface : « blêmes » « pâles », « morne », « estompe » ; « bossué … de chair » (les détails ne sont plus visibles ) « dernières lueurs », « on voit à peine », vaguement ».

Le « large soleil d’été » du vers 5 a fait place au « soir sinistre » du vers 20 !

Toute l’ardeur de la bataille a laissé place à l’horreur de l’après bataille .

Le poète a même utilisé un registre pathétique rare chez les parnassiens. En effet à la strophe 7 la scène du
cheval agonisant est pathétique  . le cheval semble la seule victime innocente du poème « au milieu de ce massacre » le montre à la fois comme victime centrale ( essentielle) mais aussi le présente comme perdu au
milieu d’un massacre qui ne le regarde pas . « Le rauque et triste adieu » est pathétique et le personnifie. On remarque cependant que le poète prend un certain recul. Il s’éloigne de la scène  de « les voici » on passe à « là-bas ».

Enfin l’horreur est surtout évoquée par le jugement du poète dans la strophe 8 . Son émotion face à l’horreur est exprimée par une accumulation d’exclamations accompagnée d’une gradation rythmique 4 syllabes/4/6/10 et d’un enjambement externe du vers 29 sur le vers 30 qui renforce l’effet d’accumulation.

Le champ lexical de l’horreur est présent dans toute la strophe : « boucherie » ; « meurtre » ;« horrible », « cadavre » ; « horreur » ; « égorgement »

 

I)
la beauté sauvage

C’est tout d’abord celle de la nature que nous avons décrite plus haut, elle est grande « haute » ; « large »
ce sont de vastes étendues : « plaine » ; « terrain », blés » ; « vignes »

Elle est puissante : « dur » ; « tourbillon » ; »ardent »…….  L’allitération en R qui traverse tout le poème et le rend difficile parfois à prononcer est significatif, il est parfois au service de la force : (voir strophe 1) parfois sert à adoucir : « lenteur » ; « murmurer » ; « morne »….

Les images de la guerre sont belles grâce à la description de la nature…. Ainsi à la strophe 5, le vol d’oiseau, le murmure de la pluie…..

De plus le poète fait de la lutte entre combattant une sorte de danse amoureuse ; le champ lexical de l’amour est présent : « haletant » ; « ils se sont liés » ; « étreintes » ; « le souffle au souffle uni » ; « corps entrelacés ».
enfin le dernier vers semble décrire un holocauste (sacrifice fait aux dieux) associant la religion « béni »,pur »
, la violence « sang », « fume » et « la gloire » !  Comme un antique sacrifice, sauvage et païen .

 

II)
L’argumentation

Parler d’argumentation dans un poème parnassien peut sembler absurde en effet, les poètes parnassiens  veulent « sortir l’Art (…) des visées sociales que lui assignait le Romantisme » pourtant, ce poème en décrivant ce soir de bataille crée une émotion qui persuade ! L’émotion crée par le registre épique crée une impression de terreur …. L’horreur des scènes de mort, tout semble plaider contre la guerre. Cependant la focalisation
externe correspond à la distance que prend le  poète parnassien, il s’est retiré du poème , ne travaille que sur la
beauté du vers et de l’image….. Jusqu’à la strophe 8 !

Mais là encore si le poète s’engage c’est de manière concessive ce que confirme le « mais » qui ouvre la
dernière strophe . les deux dernières strophes sont en antithèse l’une « maudi(t) » l’autre « béni(t) » si le poète semble haïr la guerre et utilise pour la désigner la périphrase « stupide horreur », c’est l’emploie de l’aposiopèse (à chercher dans le dico !) qui met en valeur le mot « liberté » mis alors en incise . toute cette horreur prend alors du sens , le vocabulaire est mélioratif « cœur » ; « braves » ;  « liberté » ; « béni » ;
« pur » ; « gloire ».

Cette dernière strophe exalte la beauté de « la grande tuerie » Le courage, le sens du sacrifice des soldats ……     Quelle thèse est donc défendue par L de Lisle ? celle de la strophe 8 ou celle de la strophe 9 ????   Selon la thèse l’argumentation implicite du poème doit être réinterprétée (beauté du geste, courage, sens du
sacrifice, orgueil même dans la mort…….etc)

Donc si le poète a écrit un poème engagé , il garde une distance avec cet engagement, brouille les pistes de lecture……. Et laisse le lecteur surpris etdubitatif face à la description de ce soir de bataille

Si donc vous tombez sur une question sur l’argumentation il faudra développer 2 thèses tout d’abord l’absurdité de la guerre avec la description de l’horreur puis la beauté de la guerre au nom de la liberté avec l’héroïsme et l’épopée

 

Je vous rappelle qu’il vous revient de marquer les lignes des citations !

 

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