21juin

Dom Juan , MOLIERE acte IV scène 3 (Dom Juan et M. Dimanche)

Introduction  :  Molière est le plus célèbre dramaturge et le plus joué du XVII siècle jusqu’à nos jours. Il applique dans ses pièces la célèbre maxime « castigat ridendo mores » (c’est-à-dire corriger les mœurs par le rire). Ainsi il met en scène les différents défauts humains mais aussi certaines professions  et corporation (Ensemble de personnes exerçant la […]

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19juin

ANALYSE D’UN POÈME : LE CYGNE I , Baudelaire

LE CYGNE I Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve,Pauvre et triste miroir où jadis resplenditL’immense majesté de vos douleurs de veuve,Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,A fécondé soudain ma mémoire fertile,Comme je traversais le nouveau Carrousel.Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une villeChange plus vite, hélas! que le coeur […]

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19juin

Les réécritures : le mythe de Don Juan La nuit de Valognes, Éric Emmanuel Schmitt

introduction : Éric Emmanuel Schmitt est un auteur contemporain parmi les plus lus et les plus traduits à l’heure actuelle. Il s’est illustré aussi bien au théâtre dans le roman et il est reconnu par ses pairs, accédant aussi bien au jury du Goncourt qu’à l’académie Royale de langue et littérature française de Belgique. Sa […]

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18juin

Dom Juan ACTE I scène 1.

    Analyse :       Dom Juan , MOLIERE acte I scène 1 Introduction  :   Molière est le plus célèbre dramaturge et le plus joué du XVII siècle jusqu’à nos jours. Il applique dans ses pièces la célèbre maxime « castigat ridendo mores » (c’est-à-dire corriger les mœurs par le rire). Ainsi il met […]

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10avr

Introductions des poèmes du corpus sur le deuil d’Orphée

  «Comme on voit sur la branche… » Appelé par ses contemporains le prince des poètes, Ronsard est à l’origine de la pléiade . Malgré la diversité de ses œuvres, c’est sa poésie amoureuse qui est restée célèbre jusqu’à nos jours et , bien qu’il ait reçu la tonsure, il consacre plusieurs recueils à ses muses […]

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13nov

introduction générale ( pour les extraits présentés à l’oral) : Les caprices de Marianne

INTRODUCTION GENERALE : Les caprices de Marianne Musset est, ainsi qu’il l’écrit , « un enfant du siècle » (cf la confession d’un enfant du siècle). S’il ne renie pas son héritage classique , il reste, presque malgré lui , une des figures les plus importante de l’époque romantique . Il multiplie les paradoxes : […]

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24avr

descriptif n°5 la poésie

voici le dernier descriptif, Je vous le distribuerai à la rentrée …. en attendant servez-vous en pour vos révisions et si vous avez des questions n’hésitez pas !   Séquence n°5 : « La Poésie crie , accuse, espère » Paul Eluard     Objet d’étude : Poésie et quête du sens du moyen âge à nos jours . […]

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07avr

Les Femmes Savantes Acte I scène 1

                                      Les Femmes Savantes  (texte 2) Acte I scène 1 Analyse     Introduction :   Molière , de son vrai nom Jean Baptiste Poquelin,  est un dramaturge du XVIIème siècle qui reste le plus joué de nos jours. Après des premiers pas malheureux dans la tragédie , il devient un maître de la comédie qu’il […]

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24mar

Elisabeth BADINTER – Extrait de L’Un est l’Autre (1986), partie II, chapitre 3.

: Elisabeth BADINTER – Extrait de L’Un est l’Autre (1986), partie II, chapitre 3. É. Badinter analyse ici la nature et les origines des relations hommes / femmes. La relation homme / femme s’inscrit dans un système général de pouvoir, qui commande le rapport des hommes entre eux. Cela explique qu’à l’origine, les premiers coups […]

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24mar

Extrait de La Femme Gelée d’Annie Ernaux ( proposé pour l’oral)

Dans La Femme gelée, oeuvre largement autobiographique, la narratrice montre les limites de l’émancipation féminine dans les années 60, pour comprendre comme une femme peut se trouver « encarcanée », dépossédée d’elle-même et de toutes ses aspirations. Mariée à un étudiant en droit pourtant plein de théories idéales sur l’égalité des sexes, elle est vite […]

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Dom Juan , MOLIERE acte IV scène 3 (Dom Juan et M. Dimanche)

Introduction  :

 Molière est le plus célèbre dramaturge et le plus joué du XVII siècle jusqu’à nos jours. Il applique dans ses pièces la célèbre maxime « castigat ridendo mores » (c’est-à-dire corriger les mœurs par le rire). Ainsi il met en scène les différents défauts humains mais aussi certaines professions  et corporation (Ensemble de personnes exerçant la même profession) qu’il critique. Ses principales cibles sont les médecins et  les religieux.

Alors qu’il a dû lutter contre la censure pour sa pièce le Tartuffe qui critique les faux dévots, Molière écrit Dom Juan, cette pièce, et reprend le personnage  créé par TIRSO de Molina, un libertin qui sera puni pour ses actions , à la fin de la pièce, afin de calmer les critiques. Cependant Dom Juan est, sous la plume de Molière, si complexe et si attachant qu’il devient alors un mythe. Dom Juan après avoir épousé Elvire l’abandonne et se sauve avec son valet Sganarelle afin de se livrer à d’autres conquêtes. Il finit aux enfers emporté par la statue du commandeur qu’il a tué.

                              La scène à étudier est extraite de la scène 3 de l’Acte IV. Dans cette scène, Dom Juan est chez lui, il souhaite se mettre à table lorsqu’on lui annonce l’arrivée de M. Dimanche, son créancier. Dom Juan, flatte , ridiculise et embrouille Monsieur Dimanche en l’invitant à s’asseoir et en prenant des nouvelles de sa famille .IL finit par raccompagner le marchant  sans avoir remboursé et sans même q’il ait  pu formuler sa demande.

 

Les entrées :

hypocrisie et flatterie; Monsieur dimanche ;La relation Don Juan/Monsieur Dimanche ; La tactique

 hypocrisie et flatterie :

Don Juan est un noble plein de morgue (dédain ou mépris)  qui, en général, ne prend pas le temps de faire des politesses à ses interlocuteurs or la didascalie de la ligne 1 indique « faisant de grandes civilités » le « Ah, Monsieur Dimanche » qui suit, confirme que Don Juan cherche à donner l’impression d’être très heureux de voir Monsieur Dimanche. Don Juan multiplie les hyperboles pour témoigner de sa soi-disant estime pour le commerçant « que je suis ravie » (L1), « de ne trouver jamais de porte fermée chez moi » (L3/4), « au meilleur de mes amis » (L9) ou « de tout cœur » (L 49) ou encore « il n’y a rien que je ne fisse pour vous » (L 51). Il utilise aussi des répétitions qui exagèrent son discours telles que « point, point » (L 13) ou « non, non » (L 17). Tout ce qu’il dit à Monsieur Dimanche semble le ridiculiser ainsi il utilise de manière répétée l’adjectif  « petit »  tel que « petite fille » (L 37), « petit Colin » (L 39), « petit chien » (L 41) en général l’adjectif   »petit » est utilisé de manière affectueuse mais ici il fait aussi référence à la hiérarchie sociale. Sous le couvert de l’affection, il montre que Monsieur Dimanche et sa famille sont de petites gens, bien en dessous de lui même. Il semble d’ailleurs s’intéresser à toute la famille et fait semblant de s’intéresser à des détails tout à fait inintéressants tels que la manière de s’amuser du petit dernier : « fait-il toujours bien du bruit avec son tambour ? » Ce faux intérêt apparaît si clairement que Don Juan l’explicite « ne vous étonnez pas si je m’informe des nouvelles de toute la famille, car j’y prends beaucoup d’intérêt » (L 44/45).

Il flatte aussi le marchand sur son physique mais là encore cela laisse l’impression, non pas d’une admiration, qui serait absurde, du visage de Monsieur Dimanche, mais de quelqu’un qui observe un animal avant de l’acheter, ce qui met mal à l’aise ce dernier « des lèvres fraîches, un teint vermeil, et des yeux vifs. » (L 28) (il ne lui reste plus qu’à regarder l’état des dents !)

Les exagérations de Don Juan pour flatter l’homme se font aussi dans les actes . Tout d’abord il fait semblant de gronder ses laquais « coquins, je vous apprendrai à laisser Monsieur Dimanche… » (L6), « je vous ferai connaître » (L7). Il insiste aussi pour faire asseoir Monsieur Dimanche sur un fauteuil (il faut savoir qu’à l’époque le siège sur lequel on s’asseyait correspondait à sa condition sociale un fauteuil était donc fait pour un noble,  Monsieur Dimanche ne devrait avoir droit qu’à un tabouret ou un pliant. Ce qui gêne, bien sûr, le marchand « ôtez ce pliant et apportez  un fauteuil » (L 15). Enfin la dernière phrase de Don Juan dans cet extrait « vite un flambeau pour conduire Monsieur Dimanche » ainsi que « pour l’escorter » (L 57/58) correspond aux attentions que l’on devrait avoir pour un noble. Don Juan flatte donc Monsieur Dimanche avec beaucoup d’exagération et d’hypocrisie.

 Monsieur Dimanche :

 Monsieur Dimanche est tout à fait conscient de la différence de sociale qui existe entre lui et Don Juan, il s’adresse un noble et commence donc toutes ses phrases par « Monsieur » , parfois il, utilise le terme Monsieur en incise,  (L 21 ou 23). Il utilise aussi de nombreuses marques de politesse telles que « je vous suis fort obligé » (L5) ou « je suis votre serviteur » (L 10) ou encore « c’est trop d’honneur » (L 38). Cependant Monsieur Dimanche n’est pas totalement naïf et se rend bien compte que Don Juan le manipule « vous vous moquez » (L 16) mais aussi il préfère fuir l’invitation de Don Juan « non, Monsieur, il faut que je m’en retourne tout à l’heure. » (L 56). Bien qu’interrompu systématiquement par Don Juan, Monsieur Dimanche cherche pendant toute la scène à dire ce pourquoi il était venu ainsi on retrouve « j’étais venu… » (L 10), « je viens pour… » (L 23) de nouveau « je suis venu… » (L 27) ou encore « je venais… » (L 3).

 La relation Don Juan/Monsieur Dimanche :

 Bien que faisant des démonstrations d’amitié à Monsieur dimanche Don Juan en réalité le traite comme un valet   Lorsqu’il le reçoit,  Monsieur dimanche attendait depuis trois quarts d’heure.  Il impose sa volonté : « je veux que » (L 13) ou encore « je ne veux. » (L 17) de plus, il donne des ordres à l’impératif « asseyez-vous » (L 20) « mettez vous la » (L 22) il rejette toute négation de Monsieur dimanche «Point,point » (L 13) « non , non » (L 17) « je ne vous écoute point » (L 24). Don Juan interrompt systématiquement Monsieur dimanche on le voit aux points de suspension, ( ligne 10,16, 19,21, etc.) enfin il demande des nouvelles de chaque membre de la famille de manière très précise, Madame dimanche, Claudine et Colin et même du chien. Chaque fois que Monsieur Dimanche cherche à revenir au problème de la dette, Don Juan change de sujet. Monsieur Dimanche répond de manière très polie et respectueuses à chaque question qui lui est posée. 10 « cela n’est rien » (L8) « fort bien » (L 31) Il multiplie aussi les marques de servilité « je suis votre serviteur » (L 10) ou encore « je fais ce que vous voulez » (L 25) alors que Don Juan , lui,  fait mine de donner des marques d’amitié ainsi il dit « je ne veux point qu’on mette de différence entre nous deux » (L 17) ou « êtes-vous bien de mes amis ? » (L 47) enfin avec beaucoup de sarcasme il joue sur les mots lorsque il répond à Monsieur dimanche qui dit être honoré de sa bonté : et « cela sans intérêt » puisque l’allusion aux intérêts (que Don Juan devrait payer à Monsieur Dimanche) est tout à fait claire. Ainsi Don Juan mène le dialogue, il manipule Monsieur Dimanche, aussi bien moralement que physiquement, et le raccompagne sans que ce dernier ait pu ne serait-ce que demander le remboursement  du crédit qu’il a fait à Don Juan.

 La tactique de Don Juan

Le début de la scène est occupé par toutes les simagrées que fait Don Juan autour du fauteuil sur lequel il veut asseoir Monsieur Dimanche. On remarque que 14 répliques sont échangées à ce sujet jusqu’à ce que le marchand cède « je fais ce que vous voulez » (L 25) puis quand cette première diversion est terminée Don Juan met Monsieur Dimanche sous un feu de questions à propos de sa famille et fait des digressions sur des détails sans importance tels que le tambour du petit ou les aboiements du chien.

Tout le long de la scène il coupe la parole à son interlocuteur pour l’empêcher de formuler sa demande. Enfin il lui propose de souper avec lui afin de clore la discussion et de lui faire comprendre qu’il n’est plus l’heure de parler : la didascalie de la ligne 57 « se levant » montre que Don Juan ne laisse pas, une nouvelle fois, parler Monsieur Dimanche et le fait partir rapidement « vite un flambeau pour conduire Monsieur Dimanche » (L 57). Ainsi Don Juan est arrivé à faire raccompagner Monsieur Dimanche sans qu’il ait pu parler et tout en se montrant et soi-disant attentionné.

 

Questions envisageables :

En quoi peut-on dire que Don Juan domine ce dialogue ?

1) Don Juan manipule Monsieur Dimanche

2) Monsieur Dimanche se soumet à Don Juan

 Comment Don Juan empêche-t-il Monsieur Dimanche de lui réclamer son argent ?

1) en flattant Monsieur Dimanche

2) en l’empêchant de s’exprimer

 Pourquoi peut-on parler de manipulation ?

1) parce que Don Juan se moque de Monsieur Dimanche tout en faisant semblant de le flatter

2) parce qu’il empêche Monsieur Dimanche de réclamer son argent .

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ANALYSE D’UN POÈME : LE CYGNE I , Baudelaire

LE CYGNE I

Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve,
Pauvre et triste miroir où jadis resplendit
L’immense majesté de vos douleurs de veuve,
Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,

A fécondé soudain ma mémoire fertile,
Comme je traversais le nouveau Carrousel.
Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville
Change plus vite, hélas! que le coeur d’un mortel) ;

Je ne vois qu’en esprit tout ce camp de baraques,
Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts,
Les herbes, les gros blocs verdis par l’eau des flaques,
Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus.

Là s’étalait jadis une ménagerie ;
Là je vis, un matin, à l’heure où sous les cieux
Froids et clairs le Travail s’éveille, où la voirie
Pousse un sombre ouragan dans l’air silencieux,

Un cygne qui s’était évadé de sa cage,
Et, de ses pieds palmés frottant le pavé sec,
Sur le sol raboteux traînait son blanc plumage.
Près d’un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec

Baignait nerveusement ses ailes dans la poudre,
Et disait, le cœur plein de son beau lac natal :
« Eau, quand donc pleuvras-tu ? quand tonneras-tu, foudre ? »
Je vois ce malheureux, mythe étrange et fatal,

Vers le ciel quelquefois, comme l’homme d’Ovide,
Vers le ciel ironique et cruellement bleu,
Sur son cou convulsif tendant sa tête avide,
Comme s’il adressait des reproches à Dieu !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

introduction :

Baudelaire est un poète du XIXe siècle  qui a,  de son temps,  été traité de « Boileau Hystérique » car il conjugue une maîtrise parfaite de la versification et une modernité novatrice et souvent surprenante. Ainsi sa poésie nourrie du romantisme de ses aînés, a exploré aussi bien le vers que la prose à la recherche des « soubresauts de la conscience » comme il l’écrivait ; Mais nombreux sont ceux qui se sont revendiqués, par la suite, de sa poésie,   aussi bien  les parnassiens que  les symbolistes et même plus tard certains surréalistes. Ainsi dans la section des tableaux parisiens , Baudelaire s’est inspiré des changements causés à la ville par les  travaux du baron Haussmann dans le quartier qui se situe entre le Louvre et les Tuileries. Dans le poème « le Cygne »  Il transcrit la modernité de Paris en pleine rénovation associée à de nombreuses références mythologiques avec un alexandrin précieux et souvent hermétique . 

Les entrées : les références, la réalité,  le cygne, le poète, spleen et idéal.

Les références :

 Ce poème est particulièrement complexe par le grand nombre de références souvent mythologiques qu’il utilise et impose au lecteur. Tout est singulier dans ce poème. Tout doit être compris et interprété. Ainsi dès le premier vers et même le premier mot : « Andromaque », le poète évoque  (à travers ce personnage à la fois mythologique historique et littéraire) la notion d’exil.  En réalité nombreux sont les exilés qui apparaissent dans ce poème. Tout d’abord la dédicace « à Victor Hugo », le poète exilé à jersey présente le poème comme un éloge de l’exilé. Andromaque aussi est une exilée emmenée loin de la ville de Troie, esclave de Pyrrhus. Le cygne en lui-même est une allégorie des exilés dans ce nouveau Paris, loin de son « beau lac natal » V 22 . La référence à l’Antiquité est filée  sur tout le poème ainsi le « Simoïs » le petit fleuve cité au vers 4 correspond au « dieu fleuve » qui dans la mythologie grecque  était le fils d’Océan et de Thétis et traversaient la ville de Troie. Mais cette référence au Simoïs  est aussi  une allusion aux métamorphoses  d’Ovide ainsi, le Nil fécondait la terre et le Simoïs féconde la mémoire du poète ainsi : « a fécondé soudain ma mémoire fertile » . Le « Je pense à vous Andromaque » V 5 montre alors la force du souvenir. Après que le Nil a débordé,  la décrue a laissé apparaître des chimères, (moitié animal moitié terre)…   de même,  grandi par les pleurs d’Andromaque,  le Simoïs laisse apparaître le cygne.

On remarque que le débordement du fleuve correspond au débordement du premier quatrain sur le second.  Le cygne, comme les chimères d’Ovide,  est à la fois animal et homme. La comparaison se fait au vers 25 « comme l’homme d’Ovide » le cygne en effet, comme l’homme,  est le seul à regarder le ciel et non pas la terre.  De même aux vers 23 le cygne semble demander le déluge , ce vers est marqué par un chiasme qui en accentue l’importance (on précise que c’est le déluge qui dans le mythe a fait déborder le Nil).

La réalité :

 Ce poème, comme les autres poèmes des tableaux parisiens,  fait  une référence directe à la réalité parisienne  (la ville de Paris au 19ème ) que traversent  Baudelaire et ses contemporains.

Il fait ici référence aux travaux de rénovation de Paris qui ont duré 17 ans (de 1853 à 1870). Le poète  fait allusion à une promenade dans Paris : vers 6 « comme je traversais » et vers 7 « le vieux Paris » les travaux sont décrits du vers neuf au vers 12 avec à la fois une accumulation disparate et irrégulière dans le rythme (des termes courts des expressions longues) exemples : « les herbes » « les gros blocs verdis par l’eau des flaques » renforcées par des termes qui montrent la confusion telle que « camp de baraques » vers 9 ou « chapiteau ébauché » vers 10 « le bric–à–brac confus ». Les travaux sont évoqués dans toute leur laideur, « le sombre ouragan » vers 16 évoque le nuage de poussière produit par les travaux,  la couleur « verdis » donne l’impression de non achevé « ébauché » vers 10 mais aussi « pavés secs », vers 18 « sols raboteux » vers 19 , les termes de « voirie » contribuent à évoquer Paris en travaux. Enfin les termes « vieux » vers 7 « jadis » vers 13 s’opposent au « nouveau carrousel » vers 6 mis en place par Napoléon.

Le cygne :

Pour Baudelaire,  le cygne est un animal qui symbolise la beauté et la pureté ainsi Il le cite dans le poème « la beauté » cependant la description qui en est faite ici ne semble pas méliorative,  seul le  « blanc plumage » vers 19 rappelle la beauté du cygne . Les autres éléments sont « ses pieds palmés » vers 18, « cou convulsif » vers 27 ou « sa tête avide » son attitude aussi n’évoque ni la beauté ni la majesté du cygne ; en effet ses mouvements sont désordonnés et peu gracieux : « frottant le pavé » vers 18, « traînait » vers 19, « ouvrant le bec » vers 20, « baignait nerveusement » vers 21.           De plus, d’une manière très péjorative le cygne est appelé « la bête » vers 20 ou « ce malheureux » vers 24. Mais le cygne est dans ce poème le symbole des exilés : « le cœur plein de son beau lac natal » vers 22 ainsi comme Victor Hugo ou Andromaque le cygne exilé loin de son lac ne trouve aucun réconfort « près d’un ruisseau sans eau » vers 20.

Le poète:

 Ce poème est écrit à la première personne c’est donc bien la parole du poète qui apparaît : « je pense à vous ! » Vers 1 « je ne vois » vers 9. Comme le cygne Baudelaire est perturbé  par les bouleversements provoqués par les travaux dans Paris ainsi, l’exclamation « hélas ! » à la césure du vers huit en témoigne. Le choix du personnage d’Andromaque peut aussi faire référence à la mère de Baudelaire et à son remariage vécu par le poète comme une trahison  (Baudelaire a perdu son père ) et sa mère devrait donc exprimer ses « douleurs de veuve » (V3) ce qui expliquerait  l’exclamation « je pense à vous ! » Vers 1 ainsi que l’évocation de sa « mémoire » vers 5 . Ce beau cygne décrit comme une bête traînant ses ailes dans la boue fait bien évidemment penser à « l’albatros » qui incarne le poète dans le poème du même nom. Le poète loin de son univers « son lac natal » vers 22 devient un animal sinon de dérision du moins de compassion. Ainsi nous relevons  un  registre pathétique avec des termes tels que  :  « secs », « traînait », « le cœur plein », « malheureux ». Ce qui est confirmé par le dernier vers  : « comme s’il adressait des reproches à Dieu ! ».

Spleen et idéal :

Les deux concepts se partagent le poème. Pour Baudelaire, l’idéal est toujours à la fois beauté et élévation,  mais l’idéal est aussi, souvent,  associé à la froideur, à la pureté et à la cruauté.  Ainsi le ciel dans ce poème représente l’idéal …  il semble totalement indifférent à la souffrance du cygne , au vers 16 l’air est « silencieux » et le ciel est : « ironique et cruellement bleu » le ciel est aussi, au vers 15 « froid et clair » mais le cygne aussi est le symbole de l’idéal, il est beau pur mais souvent cruel.  

Le spleen est représenté dans ce poème par le mal-être éprouvé dans cette ville en travaux, défigurée par les différentes destructions et constructions inachevées . Dans cet état la ville devient alors le lieu du spleen….   le poète la traverse, comme le cygne, vers 18 « frottant le pavé sec ».

Comme le cygne dont le majestueux  plumage blanc est souillée par la boue et dont la grâce est encombrée de « pieds palmés » (pas faits pour marcher dans la ville) , le poète traîne dans la ville loin de son univers poétique .

introduction : Baudelaire est un poète du XIXe siècle  qui a de son temps été traité de « Boileau Hystérique » car il conjugue une maîtrise parfaite de la versification et une modernité novatrice et souvent surprenante. Ainsi sa poésie nourrie du romantisme de ses aînés, a exploré aussi bien le vers que la prose à la recherche des « soubresauts de la conscience » comme il l’écrivait lui-même; Mais elle est pourtant revendiquée par la suite aussi bien par les parnassiens que par les symbolistes et même plus tard par certains surréalistes. Ainsi dans la section des tableaux parisiens il s’est inspiré des travaux du baron Haussmann dans le quartier qui se situe entre le Louvre et les Tuileries. Dans le poème « le Cygne »  Il transcrit la modernité de Paris en pleine rénovation associée à de nombreuses références mythologiques avec un alexandrin précieux . 

Les entrées : les références, la réalité,  le cygne, le poète, spleen et idéal.

Les références :

 Ce poème est particulièrement complexe par le grand nombre de références souvent mythologiques qu’il utilise et impose au lecteur. Tout est singulier dans ce poème. Tout doit être compris et interprété. Ainsi dès le premier vers et même le premier mot : « Andromaque », le poète évoque  (à travers ce personnage à la fois mythologique historique et littéraire) la notion d’exil.  En réalité nombreux sont les exilés qui apparaissent dans ce poème. Tout d’abord la dédicace « à Victor Hugo », le poète exilé à jersey présente le poème comme un éloge de l’exilé. Andromaque aussi est une exilée emmenée loin de la ville de Troie, esclave de Pyrrhus. Le cygne en lui-même est une allégorie des exilés dans ce nouveau Paris, loin de son « beau lac natal » V 22 . La référence à l’Antiquité est filée  sur tout le poème ainsi le « Simoïs » le petit fleuve cité au vers 4 correspond au « dieu fleuve » qui dans la mythologie grecque  était le fils d’Océan et de Thétis et traversaient la ville de Troie. Mais cette référence au Simoïs  est aussi  une allusion aux métamorphoses  d’Ovide ainsi, le Nil fécondait la terre et le Simoïs féconde la mémoire du poète ainsi : « a fécondé soudain ma mémoire fertile » . Le « Je pense à vous Andromaque » V 5 montre alors la force du souvenir. Après que le Nil a débordé,  la décrue a laissé apparaître des chimères, (moitié animal moitié terre)…   de même,  grandi par les pleurs d’Andromaque,  le Simoïs laisse apparaître le cygne.

On remarque que le débordement du fleuve correspond au débordement du premier quatrain sur le second.  Le cygne, comme les chimères d’Ovide,  est à la fois animal et homme. La comparaison se fait au vers 25 « comme l’homme d’Ovide » le cygne en effet, comme l’homme,  est le seul à regarder le ciel et non pas la terre.  De même aux vers 23 le cygne semble demander le déluge , ce vers est marqué par un chiasme qui en accentue l’importance (on précise que c’est le déluge qui dans le mythe a fait déborder le Nil).

La réalité :

 Ce poème, comme les autres poèmes des tableaux parisiens,  fait  une référence directe à la réalité parisienne  (la ville de Paris au 19ème ) que traversent  Baudelaire et ses contemporains.

Il fait ici référence aux travaux de rénovation de Paris qui ont duré 17 ans (de 1853 à 1870). Le poète  fait allusion à une promenade dans Paris : vers 6 « comme je traversais » et vers 7 « le vieux Paris » les travaux sont décrits du vers neuf au vers 12 avec à la fois une accumulation disparate et irrégulière dans le rythme (des termes courts des expressions longues) exemples : « les herbes » « les gros blocs verdis par l’eau des flaques » renforcées par des termes qui montrent la confusion telle que « camp de baraques » vers 9 ou « chapiteau ébauché » vers 10 « le bric–à–brac confus ». Les travaux sont évoqués dans toute leur laideur, « le sombre ouragan » vers 16 évoque le nuage de poussière produit par les travaux,  la couleur « verdis » donne l’impression de non achevé « ébauché » vers 10 mais aussi « pavés secs », vers 18 « sols raboteux » vers 19 , les termes de « voirie » contribuent à évoquer Paris en travaux. Enfin les termes « vieux » vers 7 « jadis » vers 13 s’opposent au « nouveau carrousel » vers 6 mis en place par Napoléon.

Le cygne :

Pour Baudelaire,  le cygne est un animal qui symbolise la beauté et la pureté ainsi Il le cite dans le poème « la beauté » cependant la description qui en est faite ici ne semble pas méliorative,  seul le  « blanc plumage » vers 19 rappelle la beauté du cygne . Les autres éléments sont « ses pieds palmés » vers 18, « cou convulsif » vers 27 ou « sa tête avide » son attitude aussi n’évoque ni la beauté ni la majesté du cygne ; en effet ses mouvements sont désordonnés et peu gracieux : « frottant le pavé » vers 18, « traînait » vers 19, « ouvrant le bec » vers 20, « baignait nerveusement » vers 21.           De plus, d’une manière très péjorative le cygne est appelé « la bête » vers 20 ou « ce malheureux » vers 24. Mais le cygne est dans ce poème le symbole des exilés : « le cœur plein de son beau lac natal » vers 22 ainsi comme Victor Hugo ou Andromaque le cygne exilé loin de son lac ne trouve aucun réconfort « près d’un ruisseau sans eau » vers 20.

Le poète:

 Ce poème est écrit à la première personne c’est donc bien la parole du poète qui apparaît : « je pense à vous ! » Vers 1 « je ne vois » vers 9. Comme le cygne Baudelaire est perturbé  par les bouleversements provoqués par les travaux dans Paris ainsi, l’exclamation « hélas ! » à la césure du vers huit en témoigne. Le choix du personnage d’Andromaque peut aussi faire référence à la mère de Baudelaire et à son remariage vécu par le poète comme une trahison  (Baudelaire a perdu son père ) et sa mère devrait donc exprimer ses « douleurs de veuve » (V3) ce qui expliquerait  l’exclamation « je pense à vous ! » Vers 1 ainsi que l’évocation de sa « mémoire » vers 5 . Ce beau cygne décrit comme une bête traînant ses ailes dans la boue fait bien évidemment penser à « l’albatros » qui incarne le poète dans le poème du même nom. Le poète loin de son univers « son lac natal » vers 22 devient un animal sinon de dérision du moins de compassion. Ainsi nous relevons  un  registre pathétique avec des termes tels que  :  « secs », « traînait », « le cœur plein », « malheureux ». Ce qui est confirmé par le dernier vers  : « comme s’il adressait des reproches à Dieu ! ».

Spleen et idéal :

Les deux concepts se partagent le poème. Pour Baudelaire, l’idéal est toujours à la fois beauté et élévation,  mais l’idéal est aussi, souvent,  associé à la froideur, à la pureté et à la cruauté.  Ainsi le ciel dans ce poème représente l’idéal …  il semble totalement indifférent à la souffrance du cygne , au vers 16 l’air est « silencieux » et le ciel est : « ironique et cruellement bleu » le ciel est aussi, au vers 15 « froid et clair » mais le cygne aussi est le symbole de l’idéal, il est beau pur mais souvent cruel.  

Le spleen est représenté dans ce poème par le mal-être éprouvé dans cette ville en travaux, défigurée par les différentes destructions et constructions inachevées . Dans cet état la ville devient alors le lieu du spleen….   le poète la traverse, comme le cygne, vers 18 « frottant le pavé sec ».

Comme le cygne dont le majestueux  plumage blanc est souillée par la boue et dont la grâce est encombrée de « pieds palmés » (pas faits pour marcher dans la ville) , le poète traine dans la ville loin de son univers poétique .

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Les réécritures : le mythe de Don Juan La nuit de Valognes, Éric Emmanuel Schmitt

introduction :

  • Éric Emmanuel Schmitt est un auteur contemporain parmi les plus lus et les plus traduits à l’heure actuelle. Il s’est illustré aussi bien au théâtre dans le roman et il est reconnu par ses pairs, accédant aussi bien au jury du Goncourt qu’à l’académie Royale de langue et littérature française de Belgique.

Sa première pièce : la nuit de Valognes, lui a apporté la notoriété dès 1991. Cette pièce est une réécriture du mythe de Don Juan, le célèbre personnage  éponyme créé par Tirso de Molina et élevé au rang de mythe par Molière. Il prend sous la plume d’Éric Emmanuel Schmitt une complexité nouvelle et une nouvelle modernité. Dans cette pièce cinq femmes qui furent séduites par Don Juan décident d’instruire son procès et ainsi de l’obliger à épouser sa dernière conquête. Surprises par la réaction de Don Juan, elles cherchent à comprendre…  Ce dialogue est extrait de la scène 3 de l’acte II, Don Juan s’adresse à La Petite et expose sa vision de ses relations avec les femmes.

 

Les entrées :    les femmes, Don Juan, la société, l’amour

 

Les Femmes :

Dans cette scène Don Juan parle des femmes et pourtant elles ne semblent pas être (en tant que personnes à part entière) le centre d’intérêt de Don Juan. il utilise pour parler des femmes des métaphores tout d’abord, « les pommes » (L2) ou « tous les fruits » (L4),  puis une métonymie « la bouche » la très longue énumération des caractéristiques des bouches, ligne 4 « des dodues, des humides, des tendres, des fermes, des ouvertes », semble plutôt qualifier  des femmes.

On remarque ainsi les caractéristiques sensuelles associées à la femme. Il nomme aussi les femmes par leur attitude « la prude », « la sensuelle », « l’adolescente » (L5). Enfin il répète le pronom toutes « à toutes. À toutes ! »  qui montre que les femmes représentent pour Don Juan un groupe indéfini dont jamais aucune femme ne s’est détachée.

On se rend compte qu’il y a un certain mépris dans cette manière de voir la femme. Car elle n’est présentée qu’en tant objet sexuel. C’est une vision plus contemporaine de la relation de Don Juan avec les femmes . Le DJ de Molière vantait son désir de conquête  et pas son désir de consommation . De même les femmes sont appelées « filles » (L19) c’est-à-dire prostituées ce qui est très péjoratif.

 

 Don Juan :

IL garde les traits caractéristiques du DJ de Molière. Tout d’abord une certaine arrogance avec une valorisation excessive du moi , ce que l’on peut vérifier par l’utilisation répétée  du « je »  , notamment « je prends », « je cueille » (L2) « je fais » (L6) un ego qui atteint son paroxysme avec « Moi, j’obtiens » (L23) et « mon plaisir! » (L24) . De plus sa singularité est marquée par l’emploi de « vous » (c’est-à-dire tous les autres) dont il s’exclut, et auquel il s’oppose par le « je » . Utilisant la métaphore filée de la nourriture en lieu et place de la métaphore du combat utilisée par Molière  E.E. Schmitt donne une image plus sensuelle de DJ.  « je cueille », « je les croque », « j’ai faim », (L2), « trop d’appétit », « goûter » (L3).

De même la relation à l’autre a aussi évolué DJ s’estime généreux en donnant du plaisir « Je leur donne du plaisir » (L7)

Et en retour , même s’il semble différencier l’effet qu’il fait aux hommes ou aux femmes,  il y a une proximité nouvelle entre les deux :  » les hommes m’envient » /  « Les femmes m’en veulent«   la paronomase associe les deux sexes dans une même relation avec DJ (admiration/frustration) .

De plus Don Juan présente une sorte d’insolence,   propre au personnage à travers les différentes  réécritures.  Ses actes se font uniquement par rapport à son propre plaisir sans tenir compte de l’autre . Il semble penser que les femmes sont à sa disposition « Je prends,  »  » Je cueille »  sans aucune inquiétude sur le « jardin dans lequel il se sert ».

Don Juan se sent totalement à part , au-dessus de la mêlée c’est pourquoi lui seul peut se permettre d’agir ainsi «   les forts seulement » .Il y a d’un coté « lui », de l’autre  le « monde entier » . c’est pourquoi La Petite le traite d’ « escroc » (L10) elle cherche à lui montrer qu’il n’est pas au-dessus  « ni un saint , ni un héros » (L9/10)

Enfin il parle avec beaucoup de hauteur à « La Petite » : « Sornettes à votre tour« ,  l’impératif « ne me sers pas »  , ou encore la mise en incise « petite » !

 

 L’amour :

Comme dans version moliéresque ,  DJ rejette l’idée de fidélité . à la fin de l’extrait , Il jette le mot avec une exclamation comme si c’était une invraisemblance  « Fidèle ! » (L27) et il choisit une périphrase pour dénoncer cette fidélité :  » La liberté dans une petite cage »

En revanche il ne s’attarde pas à « décrire » la fidélité mais présente une contre-utopie qui démontre que l’infidélité ne peut être appliqué au commun des mortels .  Il imagine une société où tous seraient infidèles . Avec beaucoup de modernité, l’auteur utilise dans sa réécriture un vocabulaire très cru qui parle à une société dans laquelle la liberté sexuelle se banalise.  « imaginez ce qui se passerait »( L12)  « que se passerait-il? «  (L14)( on remarque le conditionnel qui montre bien que c’est une impossibilité) , « vous imaginez »(L19). Mais Don Juan est tout à fait conscient que cette vision est une contre-utopie et que la société ne peut pas fonctionner ainsi : « inactifs »(L15), « sang brouillé »(L17), « pagaille »(L19) de même , cette société ne pourrait pas fonctionner car  les constituants même de la société seraient détruits: « l’industrie », « le commerce », « la famille »   , il y a une répétition anaphorique de « Plus de »  4 occurrences (L15/17) tel que « plus de propriété ».  Donc l’amour considéré uniquement comme la consommation de plaisir est réservé à une élite dont il est le représentant idéal .  » les fort seulement peuvent se l’autoriser ». Les autres, les travailleurs , ceux qui tiennent les « pioches » ou « les aiguilles » (L13) sont faits  » pour travailler, pour suer, pour se battre » .

En fait l’amour , il n’en parle même pas mais il parle de plaisir (7 occurrences dans sa bouche) et plus encore du sien propre : « mon plaisir » (L24)  c’est même la seule chose qui l’intéresse : « ce que je veux des autres » (L23) et ce plaisir est présenté comme une gourmandise « je les croque », « je recommence » (L2);  « goûter » (L,3), « trop d’appétit » (L3)

 

 La Société

 La vision que porte Don Juan sur la société est une vision élitiste.

Il y a « je » (DJ) et vous …  ( les autres) .

 Pour les femmes , elle ne sont même plus envisagées comme des proies mais comme des fruits , nulle besoin de les chasser, de se battre comme le fait le Dom juan de Molière , il suffit de se servir, de cueillir les fruits….   La liberté sexuelle est passée par là, entre la version du XVIIème et celle de E.E. Schmitt,  l’évocation des flots de « sang » et de « sperme »(L17/18) en est le marqueur .

Mais DJ ne désire pas que le monde devienne  une joyeuse « pagaille » (L19), il s’inquiète des privilèges  « « propriété », « héritage », « transmission des biens », « privilèges par le sang » (L14/15)  de même, sa manière de parler du peuple est assez méprisante : « vos pioches et vos aiguilles » (L13) les hommes sont fait, comme il le sous entend dans l’accumulation de la ligne 14 « pour travailler, pour suer, pour se battre »  alors que lui ne cherche que « le plaisir ». Contrairement à la vision que développe La Petite  d’un monde où les gens sont sensibles et souffrent  « vous volez leurs épouses… » « vous les abandonnez » (L8/9)  ou « ça leur fait mal » (L26), pour DJ si les gens n’agissent pas comme lui c’est uniquement parce qu’ils ne sont pas assez forts ..

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Dom Juan ACTE I scène 1.

 

 

Analyse :

      Dom Juan , MOLIERE

acte I scène 1

Introduction  :

 

Molière est le plus célèbre dramaturge et le plus joué du XVII siècle jusqu’à nos jours. Il applique dans ses pièces la célèbre maxime « castigat ridendo mores » (c’est-à-dire corriger les mœurs par le rire). Ainsi il met en scène les différents défauts humains mais aussi certaines professions  et corporation (Ensemble de personnes exerçant la même profession) qu’il critique. Ses principales cibles sont les médecins et  les religieux.

Alors qu’il a dû lutter contre la censure pour sa pièce le Tartuffe qui critique les faux dévots, Molière écrit Dom Juan cette pièce et reprend le personnage  créé par TIRSO de Molina, un libertin qui sera puni pour ses actions à la fin de la pièce afin de calmer les critiques. Cependant Dom Juan est, sous la plume de Molière, si complexe et si attachant qu’il devient alors un mythe. Dom Juan après avoir épousé Elvire l’abandonne et se sauve avec son valet Sganarelle afin de se livrer à d’autres conquêtes. Il finit aux enfers emporté par la statue du commandeur qu’il a tué.

Cet extrait est tiré de la scène 1 de l’acte I, scène d’exposition, Sganarelle  répond à Gusman qui s’étonne que Dom Juan ait quitté sa maîtresse après l’avoir épousée. Il fait donc le portrait de Dom Juan à son ami.

 

Les entrées :

Sganarelle, le libertin, la critique de Dom Juan, la relation maître valet.

 

Sganarelle

Face à  Gusman, Sganarelle cherche à se donner un rôle important il commence dans cette tirade par utiliser je de manière insistante « je n’ai pas » (L 1), « je ne dis pas » (L 2) ou encore « je n’en ai point » (L 3) on remarque utilisation de plusieurs formes négatives (qui sont plus restrictives que négatives )et qui montrent que le valet se refuse à accuser totalement son maître dès le début. De plus il se pose aussi comme quelqu’un d’important  , il cherche à se mettre en valeur, en utilisant un registre didactique avec « je t’apprends » (L 5), « crois que » (L 10) ou encore « si tu connaissais » (L 1) ou « tu trouverais » (L 2) de même il utilise un registre soutenu comme à la ligne 20 « brides mes sentiments et me réduit d’applaudir » et utilise des mots latins pour impressionner Gusman : « Inter nos » (L 5) ou encore des métaphores telles que « il faudrait bien d’autres coups de pinceau » (L16).

Il apparaît aussi dans ce passage comme un homme pieux (ou du moins superstitieux), les reproches  qu’il fait à Dom Juan portent sur son athéisme et on retrouve le vocabulaire de la religion: tout d’abord certains termes de l’accumulation de la ligne six « un diable, un Turc, un hérétique »mais aussi dans  l’expression « ni ciel ni enfer » (L7) enfin il  envisage « le courroux du ciel » (L 17) ) (on remarque la naïveté du reproche qui met sur le même plan des croyances telles que le ciel ou l’enfer, qui sont non seulement courantes mais même la normalité au XVIIe siècle, et le loup-garou qui évoque les peurs enfantines.). A priori Sganarelle affirme craindre son maître, et ne lui obéir que par crainte « la crainte en moi si l’office du zèle » (L 20) ce qui apparaît aussi dans la peur qu’il présente à l’idée que Dom Juan apprenne qu’il l’a trahi pourtant il avoue donner des signes de respect et même plus à son maître « il faut que je lui sois fidèle » (L19/20) « zèle » (L 20) « applaudir » (L21) ce qui semble démontrer de la crainte ou une certaine lâcheté.

En définitive Sganarelle déteste l’homme qu’il admire ou admire l’homme qu’il déteste.

 

La critique de Dom Juan

 

Le portrait que fait Sganarelle de Dom Juan est un portrait à charge (pour critiquer) il utilise des termes et des périphrases très péjoratives tout d’abord le terme « pèlerin » (L 2) qui ici un sens péjoratif mais aussi une accumulation de termes très insultants avec une gradation dont le sommet est donné par le terme « hérétique » ligne 6 : « un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique » mais aussi des périphrases hyperboliques  telles que « le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté » (L 5/6) ou « véritables bêtes brutes » « pourceau d’Épicure », « vrai Sardanapale » (L7/8). Cinq lignes donc consacrées uniquement à injurier Dom Juan. Il démontre ensuite que Dom Juan n’accorde aucune valeur non seulement au mariage mais aussi à la femme (ce qui reste l’apanage des aristocrates). On peut le constater par l’utilisation d’une nouvelle accumulation mais avec une gradation descendante cette fois : « dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne » (L 12/13) il utilise aussi un terme générique « les belles » (L 12) qui ne présente les femmes que que par leur apparence….  De même à la ligne 14 « toutes celles » le peu de cas qu’il fait des femmes est marquée par l’utilisation de termes tels que « toi, son chien, et son chat. » C’est surtout l’utilisation qu’il fait du mariage qui est relevé par Sganarelle si on retrouve « il a épousé » (L9), « il aurait encore épousé » (L 10) ou « c’est un épouseur à toutes mains » (L 12), ou encore « toutes celles qu’il a épousées » (L 14). Il associe Dom Juan au champ lexical de la terreur « courroux » (L 17) « diable » (18), « tant d’horreur » (L 18), « méchant homme » « terrible chose » (L 19) enfin il maudit son maître « que le courroux du ciel de l’accable » (L 17), « je souhaiterais qu’il fut déjà je ne sais où » (L 18). C’est donc bien un portrait à charge que fait Sganarelle de Dom Juan mais en même temps il fait aussi le portrait d’un libertin.

 

Le libertin  

 

en réalité la critique de Sganarelle décrit avant tout un libertin en effet c’est son éloignement de la religion, son athéisme que Sganarelle blâme le terme « hérétique » est clair à ce sujet il le développe dans l’expression « qui ne croit ni ciel ni enfer ni loup-garou » (L6/7) Ou encore « traite de billevesées tout ce que nous croyons » (L9) de plus c’est le Saint sacrement du mariage qui est malmené par Dom Juan : « un mariage ne coûte rien à contracter » ou encore « c’est un épouseur à toutes mains » ou « il ne se sert point d’autres pièges » enfin la vie qu’il mène est aussi une vie de libertin de mœurs, qui profite de la vie, il est comparé à deux personnages historiques : Épicure philosophe grec dont la philosophie (plus ou moins détournée par les libertins) serait de ne s’intéresser qu’au plaisir et Sardanapale roi d’Assyrie dans l’antiquité, qui était le symbole d’un homme puissant menant une vie luxueuse et dissolue,( d’où le sens de « débauché » ) donc des personnages très éloignés des valeurs prônées par le christianisme.

 

 La relation maître/ valet

 La relation entre Sganarelle et Dom Juan et assez ambigüe, Sganarelle dit le détester mais l’admire, il dit lui obéir par crainte,  mais souvent il dépasse la simple obéissance et aide Dom Juan comme s’il était un ami. Ces aspects apparaissent dans cette tirade.  Ainsi la mise en incise de « mon maître » (L5) met le terme en valeur et semble donc connoter une certaine admiration , d’autant plus que cette expression en incise est superflue pour la compréhension du texte…  Dom Juan cité juste avant suffisait.  Le terme de « grand seigneur » qu’il emploie à la ligne 19 marque aussi son admiration. D’autres indices semblent montrer une relation qui dépasse la simple obéissance du Valet au maître ainsi des la premières lignes l’utilisation du pronom d’insistance « moi » dans l’expression « je n’ai pas grand-peine à le comprendre moi » montre la relation particulière qu’il entretient avec son maître,  ce qui est confirmé par la proposition subordonnée relative « qui ferme l’oreille à toutes les remontrances qu’on lui peut faire »qui semble montrer que de nombreuses discussions ont eu lieu entre le maître et le valet et qui  montre aussi qu’à plusieurs reprises Sganarelle a tenté de lui faire entendre raison.  On  suppose alors  que Sganarelle se permet de faire des remontrances à Dom Juan et de juger sa manière d’agir.

 Cependant il y a aussi entre eux une relation qui marque l’infériorité de Sganarelle et la crainte qu’il a de son maître:  Dom Juan n’a pas à s’expliquer de ses actes : « il ne m’a point entretenu » (L4)

ainsi, Il multiplie les marques d’obéissance ainsi « par son ordre » (L3) ou « il faut que je lui sois fidèle » (L 20), ou encore le terme « zèle » (L 20). Il met cependant sur le compte de la peur (c’est un peu facile) son obéissance,  c’est ce qu’il dit ligne 20 : « la crainte en moi » qui est suivie de trois attitudes à priori dictées par la peur : «fait  l’office du zèle », « bride mes sentiments », « me réduis d’applaudir. » L’arrivée de Dom Juan montre cette peur puisqu’il affirme à la fin de cette tirade qu’il est prêt à mentir et à accuser Gusman si ses propos remontaient jusqu’à Dom Juan

Sganarelle multiplie aussi les marques de détestation (voir entrée sur la critique de Dom Juan)

 

 Questions envisageables :

 

Quelle image de Dom Juan est donnée par Sganarelle ?

1) Sganarelle donne de Dom Juan l’image d’ un aristocrate libertin

2) Sganarelle donne de Dom Juan l’image d’ un scélérat

 

Qu’apprend-on sur Sganarelle dans cette tirade ?

1) on apprend qui est Sganarelle

2) on apprend ce que ce qu’il pense de Dom Juan

3) on apprend les relations qu’il entretient avec son maître

 

Comment apparaît la relation maître valet ?

1) une relation admiration/détestation

2) une relation de crainte du valet envers son maître

3) une relation qui est presque d’égal à égal

 

Quelles sont les caractéristiques de cette scène d’exposition ? (c’est-à-dire de la première scène d’une pièce de théâtre)

1) les caractéristiques classiques : présentation des personnages, de la situation qui a précédé et l’annonce du châtiment qui se prépare

2) l’originalité de cette scène : la personnalité de Sganarelle, le comique et la présentation exagérée de Dom Juan

 

 

A la fin de votre conclusion vous pouvez faire une ouverture sur le fait que ce soit une pièce baroque, ou,  sur la fin de la pièce et la réaction de Sganarelle  par exemple.

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Introductions des poèmes du corpus sur le deuil d’Orphée

 

«Comme on voit sur la branche… »

Appelé par ses contemporains le prince des poètes, Ronsard est à l’origine de la pléiade . Malgré la diversité de ses œuvres, c’est sa poésie amoureuse qui est restée célèbre jusqu’à nos jours et , bien qu’il ait reçu la tonsure, il consacre plusieurs recueils à ses muses et à l’amour. Un grand nombre de ses poèmes développe le thème du Carpe Diem et l’influence de Pétrarque est évidente.

Dans La nouvelle continuation des amours, et plus particulièrement dans « sur la mort de Marie », on pense que  poète pleure la mort de Marie Dupin, une jeune paysanne de Bourgueil ou celle de Marie de Clèves . Ce poème à la fois simple et précieux exprime la tristesse du poète.

 

« Sur un tombeau »

Tristan l’Hermite est un auteur de la première moitié du XVIIème siècle qui s’est fait connaitre de son temps par son œuvre dramatique . Ce sont pourtant ses œuvre poétiques qui sont passées à la postérité. Sa poésie lyrique et précieuse est remise à l’honneur au XIXème siècle avec la découverte du baroque.

Ce poème est extrait  de : les plaintes d’Acante , recueil  élégiaque publié en 1635. Il est consacré à la mort de Philis une jeune fille qu’il aimait mais dont la main lui fut refusée.

 

 

« Le Lac »

Lamartine est un auteur lyrique du XIXème siècle dont la poésie Romantique a marqué l’histoire littéraire. En 1816, à Aix-les bains, il rencontre Julie Charles, une jeune femme mariée et malade, dont il tombe éperdument amoureux mais qui meurt avant qu’ils ne puissent se revoir l’année suivante. Elle deviendra l’Elvire de son recueil Méditations Poétiques publié en 1820.

Ce long poème en vers hétérométriques en est extrait. Revenu prés du lac où ils s’étaient aimés, le poète exprime sa douleur, sa solitude et prend à témoin la nature et le temps. Ce poème est devenu le symbole même de la poésie romantique lyrique.

 

« Notre vie »

Poète surréaliste puis engagé, Eluard participe à la modernité poétique. Sa poésie est porteuse d’espoir et célèbre le bonheur et l’amour même dans les moment les plus sombres d’un monde qu’il sait malade.  Pourtant , en 1946, sa femme , Nush, qu’il aime avec passion, meurt brusquement alors qu’il entamait à peine l’écriture de son recueil : Le temps déborde qui lui était dédié. Les poèmes qui suivent expriment alors sa douleur et son désespoir.

C’est le cas de cet émouvant poème .

 

« Dés que je me lève… »

Jacques Roubaud est un auteur contemporain, Enseignant en mathématique ,il a consacré sa vie à l’écriture et a exercé sa plume aussi bien à la prose qu’au vers. Après la mort de sa femme Alix Cléo, il écrit le recueil  Quelque chose noir  qui s’inscrit à la fois dans la tradition du deuil d’Orphée et dans l’esprit oulipien .

Ce poème en prose décrit un petit déjeuner solitaire miné par l’absence de la femme aimée .

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introduction générale ( pour les extraits présentés à l’oral) : Les caprices de Marianne

INTRODUCTION GENERALE : Les caprices de Marianne
Musset est, ainsi qu’il l’écrit , « un enfant du siècle » (cf la confession d’un enfant du siècle). S’il ne renie pas son héritage classique , il reste, presque malgré lui , une des figures les plus importante de l’époque romantique . Il multiplie les paradoxes : il écrit des pièces de théâtre mais refuse qu’elles soient jouées (depuis l’échec de Nuits Vénitiennes) il écrit Le drame romantique par excellence et préfère l’appeler « Comédie ». Cette pièce , Les caprices de Marianne , met en scène 3 personnages , Coelio , Octave et Marianne . Celio et octave sont deux véritables amis qui ont une conception de la vie très différente . Coelio aime Marianne d’un amour absolu et désespéré mais Marianne s’éprend d’Octave .

Annexe : résumé de la confession d’un enfant du siècle
Résumé de La Confession d’un enfant du siècle

Ce Roman d’Alfred de Musset a été publié en 1836. Musset a alors 26 ans.

Dès 1834 , dans une lettre à George Sand qui fut sa maitresse et qu’il a aimé, Musset exprime le désir de raconter sous forme romanesque l’aventure de leur amour.
Après la mort d’Alfred de Musset, en 1859, George Sand racontera , elle aussi, leur aventure dans Elle et Lui . La même année, Paul de Musset, frère de l’écrivain, lui répondra par Lui et Elle.

Première partie
Dès le début du roman, Octave , le narrateur qui a 19 ans, découvre qu’il est trompé par sa maîtresse. Le jeune héros vit douloureusement cette épreuve. Son désespoir est immense et il ne parvient ni à oublier ni à surmonter cette trahison. Son ami Desgenais, un dandy cynique, l’invite à accorder moins d’importance aux sentiments amoureux . Il essaye de convertir Octave au libertinage et l’incite à rechercher de nouveaux plaisirs dans les bras d’autres femmes. Octave se refuse à suivre les conseils de son ami. Sa tristesse l’incite à passer ses nuits sous les fenêtres de son ancienne maîtresse. Il s’adonne également à l‘alcool.

Deuxième partie
Lorsque Octave découvre que sa maîtresse trahit également l’ami avec lequel elle l’a trompé, il se résout à accepter les conseils de Desgenais : il mène alors une vie de débauche . Oisiveté, fêtes et séduction de courtisanes deviennent son quotidien. Mais ces plaisirs ne parviennent pas à estomper son mal-être . Il se lasse vite de cette vie artificielle et confie à son ami Desgenais l’horreur que provoque en lui cette dépravation.
Troisième partie
La mort brutale de son père met fin à cette période de débauche. Il quitte Paris et retourne dans sa région natale pour y mener une existence austère , comme celle que menait son père. Il y connaît une période de sérénité et de quiétude. Lors d’une visite de charité, il rencontre Brigitte Pierson, une jeune veuve pieuse et discrète de 30 ans. Il lui confie les épreuves qu’il a vécues mais n’ose lui avouer les sentiments qu’il éprouve pour elle. La jeune femme découvrant les sentiments d’Octave essaye de prendre ses distances d’avec lui . Mais finalement Octave et Brigitte s’avouent mutuellement leur amour et deviennent amants. Octave connaît alors une brève période de bonheur.
Quatrième partie
Mais la perfection de cette femme agace Octave. De plus il est miné à la fois par la méfiance et la jalousie que lui ont values ses premières expériences et la vie de débauche qu’il a ensuite connue. Ses sentiments pour Brigitte se détériorent et l’amour fait place à un soupçon maladif. Octave se montre incapable de croire à la sincérité et à l’amour de sa maîtresse. Les scènes, de plus en plus violentes se succèdent. Finalement ils décident de partir en voyage puis s’installent à Paris.
Cinquième partie
La visite d’Henri Smith, ami d’enfance de Brigitte, et visiblement épris d’elle, va changer le cours de leur histoire. Cette présence va exacerber la jalousie d’Octave. Henri Smith , de son côté, essaye de persuader Brigitte de sauver sa réputation et de quitter Octave. Les deux amants continuent de se déchirer et la jalousie d’Octave est telle, qu’un soir, il se retrouve , un couteau à la main, au dessus d’une Brigitte endormie. Puis Octave découvre par hasard, une lettre où Brigitte avoue à Henri que c’est lui qu’elle aime, mais , que par devoir, elle se sent obligée de rester avec Octave.
Octave décide alors de quitter Brigitte avec « tendresse ». Il préfère que « des trois êtres qui avaient souffert par sa faute, il ne reste qu’un seul malheureux ».

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descriptif n°5 la poésie

voici le dernier descriptif, Je vous le distribuerai à la rentrée …. en attendant servez-vous en pour vos révisions et si vous avez des questions n’hésitez pas !

 

Séquence n°5 : « La Poésie crie , accuse, espère » Paul Eluard

 

 

Objet d’étude :

Poésie et quête du sens du moyen âge à nos jours .

 

 

            Lectures analytiques

 

 

 

Lectures cursives,   documents complémentaires et activités

 

 

Problématique choisie :

Quand l’écriture poétique devient un acte de résistance   

 

Etudes transversales :

Thèmes et   Problématiques abordés: 

Histoire   littéraires

Qu’est ce que la   poésie :

Les spécificités   du genre

Les écritures   poétiques 

La pléiade, le Romantisme, le parnasse, le   symbolisme, le surréalisme.

Le carpe diem

Le pétrarquisme

Groupement de textes : 

 

Texte 1 :

« Je Trahirai demain », Marianne Cohn, 1943

 

Texte 2 :

« Ce   cœur qui haïssait la guerre… »,Robert Desnos, 1943  L’Honneur des poètes

 

 Texte 3 :

« La Rose et Le Réséda » , Louis Aragon, mars 1943  La Diane française,

 

Texte 4 :

  « Sonnet VI »Jean Cassou, 33 Sonnets composés au secret 1944.

                    

 

 

 

Documents   complémentaires :

Corpus de poésies :

-choix chronologique de poèmes de Ronsard à Desnos [ du   carpe diem au « langage cuit »]

 

Lecture   cursive : OI :

 

Poèmes à Lou,  Apollinaire

 

Travail personnel:

 

Rédiger une   anthologie d’environ 10 poèmes sur le thème de la guerre autour d’une   thématique particulière ou d’une problématique, en justifiant ses choix.

 

 

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Les Femmes Savantes Acte I scène 1

                                      Les Femmes Savantes  (texte 2)

Acte I scène 1 Analyse

 

 

Introduction :

 

Molière , de son vrai nom Jean Baptiste Poquelin,  est un dramaturge du XVIIème siècle qui reste le plus joué de nos jours. Après des premiers pas malheureux dans la tragédie , il devient un maître de la comédie qu’il introduit à la cours de Louis XIV, donnant ainsi ses lettres de noblesse à un genre populaire. Dans ses pièces, il crée un équilibre entre farce et satire sociale, reprenant à son compte le célèbre « castigat ridendo mores ». Il dénonce les travers des Hommes et s’intéresse aux problèmes de la société notamment à l’éducation des femmes qui agite la noblesse depuis les précieuses. S’il semble féministe pour son époque admettant que les femmes doivent accéder à l’éducation, ce « féminisme » a ses limites et il condamne les excès  que sont pour lui la préciosité et le désir de certaines d’être savantes…

Ainsi dans Les Femmes Savantes, il cherche à montrer à travers les déboires amoureux de Clitandre et Henriette que si une femme doit avoir « des clartés de tout » elle doit cependant rester modeste et savoir garder sa «  place »……

Ce dialogue est extrait de l’acte I scène 1 et oppose Henriette et sa sœur Armande sur la place de la femme : pour l’une c’est dans son foyer et pour l’autre dans l’étude.

 

 

Les entrées :  les études, la femme au foyer, la relation homme femme , la critique de la femme savante, les oppositions, l’argumentation

 

 

Les études :  

Armande fait l’éloge des études. Tout d’abord elle cherche à expliquer à sa sœur que les études élèvent. On remarque qu’elle utilise le champ lexical de la hauteur, repris ensuite par Henriette : « haut », « élever » (v8), « monte », « au-dessus » (v20), « élévation » (v32), « montent » (v33), « hautes régions » (v39). La métaphore filée de l’élévation est méliorative car elle correspond à la fois à la supériorité et à la spiritualité. De plus les études permettent à la femme d’être honorée reconnue à sa juste valeur,  ainsi (v13) les hyperboles « on honore en tous lieux » ou (v20) « au dessus de tout le genre humain », « des plus nobles »(v9),  de même l’utilisation d’un vocabulaire mélioratif organisé sur un rythme binaire tel que : « grand et beau génie»(v38), « de l’âme et des nobles désirs »(v44)  ou « d’esprit et de lumière »(v46). (sachant le rythme binaire met en place une sorte de symétrie qui correspond à la perfection esthétique au 17ème S)

Cependant les études demandent une réelle implication , pour Armande c’est un engagement de l’âme et de l’esprit, il y a donc un certain spiritualisme et un parallélisme avec la religion donc rejet de la matérialité : « les sens et la matière » / « Esprit » (v10/11). De plus comme une religieuse qui entre en religion, les études sont envisagées comme une union sacrée, un mariage voir l’hyperbole et l’impératif, « Mariez-vous, ma sœur »(v19) « donnez-vous toute entière »(v11). La métaphore du mariage est filée avec le champ lexical de l’amour tel que (v24) « beaux feux » « doux attachement » et (v16) » charmantes douceurs » ou (v17) « l’amour de l’étude ». Enfin les études sont associées à la lumière avec le champ lexical (v15) « clarté » , (v46) « lumière »

 

La femme au foyer :

C’est une femme moquée par sa sœur , décrite avec le champ lexical de l’étroitesse « bas »(v1,7) « petit »(v2,35), « claquemurer »(v3), « terre à terre »(v34),  « terrestre »(v41), « ici-bas »(v41).

De plus la description de la femme au foyer « ménage »(v3), « époux »(v5), « enfants »(v5) est dégradée car associée à des termes péjoratifs tels que « marmots »(v5), « grossier », « vulgaire »(v6)

Armande , pourtant très précieuse dans son vocabulaire, utilise des termes peu précis pour parler du foyer que ce soit « chose »(v3), ou « sortes »(v7) ou «gens », « personnes »(v6) et montre ainsi son mépris , mot qu’elle emploie d’ailleurs au vers 10. Elle rabaisse la femme au foyer avec des comparaisons peu élogieuses :  métaphores « en esclave asservie »(v18) et « animale »(v22) ou « bêtes »(v23). Enfin le caractère concret et matériel (opposé à la spiritualité) est souligné par le champ lexical de la terre « matière »(v10), « terre à terre »(v34), « terrestre »(v41).

 

La relation homme/femme :

C’est une relation qui n’apparait dans le discours d’Armande que comme une relation de domination. Dans la relation « classique » l’homme domine la femme  ce qui est marqué par l’hyperbole « idole d’époux »(v5),  il décide de tout comme une sorte de Dieu  « aux lois d’un homme »(v18) la soumission de femme elle est marquée par la juxtaposition de deux termes redondants « esclave asservie » . Armande , elle,  veut passer du coté de la domination avec l’hyperbole et le terme générique « au dessus de tout le genre humain »(v20) ou la périphrase « l’empire souverain »(v21).

Henriette n’évoque pas la relation homme/femme ce qu’elle oppose c’est la femme savante et la femme au foyer……..

 

La critique de la femme savante :

C’est une critique de la préciosité qui a permis de critiquer la femme savante et de rejeter la femme dans son foyer. Il s’agit donc de ridiculiser Armande notamment sur sa manière de s’exprimer trop précieuse. Elle utilise des périphrases « les choses du ménage »(v3) « aux charmantes douceurs que l’amour de l’étude épanche dans les cœurs »(v16/17) ou « l’empire souverain »(v21)  pour le pouvoir. L’exagération de l’éloge des études et les nombreuses hyperboles (cf entrée sur les études) ajoute au ridicule ainsi que le champ lexical de l’amour (cf les études). Les inversions nom /adjectif « étage/bas »(v1) ou pronom/verbe « vous« mariez-vous »( rendez sensible »(v16) enfin le ton supérieur employé par Armande contribue à la rendre antipathique et ridicule  l’exclamation « mon Dieu… »(v1) l’utilisation systématique de l’impératif « laissez »(v6) « tâchez »(v14) ou v19).  Enfin le registre didactique « exemple »(v12), « ainsi que moi »(v14)  , le verbe devoir « qui doivent »(v25) et la mise en incise de « ma sœur »(v19). En face la simplicité et la justesse des arguments d’Henriette mettent en valeur la préciosité ridicule d’Armande.

 

Les oppositions :

Elles construisent le dialogue . « Le bas » (la femme au foyer) s’oppose au « haut » (la femme savante) avec à chaque fois un champ lexical associé…  « étage bas »(v1) , « bas amusement »(v7) / « hauts objets »(v8)  « élevez »(v8), « monte »(v20). Mais aussi le spirituel et le concret : « les sens et la matière »(v10)/ »l’esprit »(v11) . La domination et la soumission : « esclave asservie »(v18) « l’empire souverain »(v21). Henriette aussi relève les oppositions entre « le votre »/ « le mien »      et la double anaphore  « vous/moi/vous/moi »(v44/47) « l’une à l’autre »(v43) et marque ces oppositions par trois termes (gradation) « différents »(v29) « deux instincts »(v37) , « contraire »

 

L’argumentation :

Deux thèses s’opposent dans ce dialogue , celle d’Armande et celle d’Henriette. Pour defendre sa thèse « mariez-vous, ma sœur, à la philosophie »(v19),  Armande utilise aussi bien convaincre que persuader en effet elle a des arguments :  le mariage (homme/femme)est fait pour les personnes vulgaires (1-7); il rabaisse la femme à l’état animal(22-23) ;  l’étude libère de l’homme (18) ; elle déclenche les mêmes sentiments que l’amour (16-17) . Mais elle exprime aussi des émotions : champ lexical du dégout « marmots » grossier » « vulgaire » « animal » « bêtes » « mépris » mais aussi de l’amour « charmantes douceurs », « amour », « cœur » , « beau feu », « doux attachements ».

Henriette ,elle,  choisi une stratégie déductive puisque sa thèse ouvre sa réplique : « Le Ciel (…)nous fabrique en naissant ; »(v28-29) son argumentation est simple  1)tout le monde n’a pas la capacité d’étudier (30-35) ; 2) il faut accepter les choix du « ciel » (36-41) ; 3) ainsi nous suivrons toutes deux l’exemple de notre mère (42-47).

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Elisabeth BADINTER – Extrait de L’Un est l’Autre (1986), partie II, chapitre 3.

: Elisabeth BADINTER – Extrait de L’Un est l’Autre (1986), partie II, chapitre 3.

É. Badinter analyse ici la nature et les origines des relations hommes / femmes.

La relation homme / femme s’inscrit dans un système général de pouvoir, qui commande le rapport des hommes entre eux. Cela explique qu’à l’origine, les premiers coups portés contre le patriarcat[1] le furent par les hommes et non par les femmes. Avant de penser à ruiner le pouvoir familial du père, il fallait d’abord abattre le pouvoir politique absolu du souverain et saper ses fondements religieux. Telle est l’évolution que connaissent toutes les sociétés occidentales à travers révolutions et réformes, et cela jusqu’au XXe siècle. Mais, si les hommes eurent à cœur de construire une nouvelle société fondée sur l’égalité et la liberté, leur projet, d’abord politique puis économique et social, ne concernait qu’eux-mêmes, puisqu’ils s’en voulaient les seuls bénéficiaires.

Les hommes ont lutté pour l’obtention de droits dont ils prirent soin d’exclure les femmes. Quel besoin avaient-elles de voter, d’être instruites ou d’être protégées, à l’égal des hommes, sur leurs lieux de travail ? L’égalité s’arrêtait aux frontières du sexe, car, si la plupart des hommes cherchaient à se débarrasser du patriarcat politique, ils voulaient à tout prix maintenir le patriarcat familial. D’où l’avertissement constamment répété, au XIXe siècle, par les conservateurs et l’Église : en luttant pour plus de liberté et d’égalité, vous portez atteinte à la puissance paternelle et vous sapez les fondements de la famille…

Le combat mené pendant deux siècles par les démocrates fut sans conteste la cause première de la chute du système patriarcal. Mais il n’en fut pas la raison suffisante. Ce sont les femmes, alliées aux plus justes d’entre eux, qui achevèrent péniblement le travail. Il leur fallut presque deux siècles pour faire admettre à leurs pères et époux qu’elles étaient des « Hommes » comme tout le monde : les mêmes droits devaient s’appliquer à leurs compagnons et à elles-­mêmes, ils devaient partager ensemble les mêmes devoirs.

L’évidence enfin reconnue est lourde de conséquences. Non seulement parce qu’elle met fin à un rapport de pouvoir entre les sexes plusieurs fois millénaire, mais surtout parce qu’elle inaugure une nouvelle donne, qui oblige à repenser la spécificité de chacun. Les valeurs démocratiques furent fatales au roi, à Dieu-le-père et au Père-Dieu. Elles rendirent par là même caduques[2] les définitions traditionnelles des deux sexes et n’ont pas fini de laisser perplexe et d’inquiéter une partie du monde. [...]

Le XXe siècle a mis fin au principe d’inégalité qui présidait aux rapports entre hommes et femmes. Il a clos, en Occident, une longue étape de l’humanité commencée il y a plus de 4 000 ans. Il est probable que les hommes se seraient mieux accommodés de l’égalité dans la différence, c’est-à-dire du retour à l’authentique complémentarité des rôles et des fonctions. Malheureusement pour eux, l’expérience de nos sociétés prouve que la complémentarité est rarement synonyme d’égalité et que la différence se transforme vite en asymétrie. L’époque n’est plus à la séparation primitive des sexes, mais au contraire au partage de tout par Elle et Lui.

 

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[1] Système social où le père – l’homme – a le rôle dominant.

[2] Périmées, dépassées.

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Extrait de La Femme Gelée d’Annie Ernaux ( proposé pour l’oral)

Dans La Femme gelée, oeuvre largement autobiographique, la narratrice montre les limites de l’émancipation féminine dans les années 60, pour comprendre comme une femme peut se trouver « encarcanée », dépossédée d’elle-même et de toutes ses aspirations. Mariée à un étudiant en droit pourtant plein de théories idéales sur l’égalité des sexes, elle est vite happée par un conditionnement imposé par la société et voit sa vie confisquée par toutes les tâches ménagères qu’elle est finalement seule à accomplir.

Le lecteur observe la jeune femme pleine d’enthousiasme et de curiosité pour les études et l’avenir, perdre peu à peu son élan, ses propres désirs de liberté et devenir comme tant d’autres une « femme gelée ».

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Un mois, trois mois que nous sommes mariés, nous retournons à la fac, je donne des cours de latin. Le soir descend plus tôt, on travaille ensemble dans la grande salle. Comme nous sommes sérieux et fragiles, l’image attendrissante du jeune couple moderno-intellectuel. Qui pourrait encore m’attendrir si je me laissais faire, si je ne voulais pas chercher comment on s’enlise, doucettement. En y consentant lâchement. D’accord je travaille La Bruyère ou Verlaine dans la même pièce que lui, à deux mètres l’un de l’autre. La cocotte-minute, cadeau de mariage si utile vous verrez, chantonne sur le gaz. Unis, pareils. Sonnerie stridente du compte-minutes, autre cadeau. Finie la ressemblance. L’un des deux se lève, arrête la flamme sous la cocotte, attend que la toupie folle ralentisse, ouvre la cocotte, passe le potage et revient à ses bouquins en se demandant où il en était resté. Moi. Elle avait démarré, la différence. Par la dînette. Le restau universitaire fermait l’été. Midi et soir je suis seule devant les casseroles. Je ne savais pas plus que lui préparer un repas, juste les escalopes panées, la mousse au chocolat, de l’extra, pas du courant. Aucun passé d’aide-culinaire dans les jupes de maman ni l’un ni l’autre. Pourquoi de nous deux suis-je la seule à me plonger dans un livre de cuisine, à éplucher des carottes, laver la vaisselle en récompense du dîner, pendant qu’il bossera son droit constitutionnel. Au nom de quelle supériorité. Je revoyais mon père dans la cuisine. Il se marre, « non mais tu m’imagines avec un tablier peut-être ! Le genre de ton père, pas le mien ! ». Je suis humiliée. Mes parents, l’aberration, le couple bouffon. Non je n’en ai pas vu beaucoup d’hommes peler des patates. Mon modèle à moi n’est pas le bon, il me le fait sentir. Le sien commence à monter à l’horizon, monsieur père laisse son épouse s’occuper de tout dans la maison, lui si disert19, cultivé, en train de balayer, ça serait cocasse, délirant, un point c’est tout. À toi d’apprendre ma vieille. Des moments d’angoisse et de découragement devant le buffet jaune canari du meublé20, des oeufs, des pâtes, des endives, toute la bouffe est là, qu’il faut manipuler, cuire. Fini la nourriture-décor de mon enfance, les boîtes de conserve en quinconce, les bocaux multicolores, la nourriture surprise des petits restaurants chinois bon marché du temps d’avant. Maintenant, c’est la nourriture corvée.

Je n’ai pas regimbé21, hurlé ou annoncé froidement, aujourd’hui c’est ton tour, je travaille La Bruyère. Seulement des allusions, des remarques acides, l’écume d’un ressentiment mal éclairci. Et plus rien, je ne veux pas être une emmerdeuse, est-ce que c’est vraiment important, tout faire capoter, le rire, l’entente, pour des histoires de patates à éplucher, ces bagatelles relèvent-elles du problème de la liberté, je me suis mise à en douter. Pire, j’ai pensé que j’étais plus malhabile qu’une autre, une flemmarde en plus, qui regrettait le temps où elle se fourrait les pieds sous la table, une intellectuelle paumée incapable de casser un oeuf proprement. Il fallait changer. À la fac, en octobre, j’essaie de savoir comment elles font les filles mariées, celles qui, même, ont un enfant. Quelle pudeur, quel mystère, « pas commode » elles disent seulement, mais avec un air de fierté, comme si c’était glorieux d’être submergée d’occupations. La plénitude des femmes mariées. Plus le temps de s’interroger, couper stupidement les cheveux en quatre, le réel c’est ça, un homme, et qui bouffe, pas deux yaourts et un thé, il ne s’agit pas d’être une braque22. Alors, jour après jour, de petits pois cramés en quiche trop salée, sans joie, je me suis efforcée d’être la nourricière, sans me plaindre.

« Tu sais, je préfère manger à la maison plutôt qu’au restau U, c’est bien meilleur ! » Sincère, et il croyait me faire un plaisir fou. Moi je me sentais couler. Version anglaise, purée, philosophie de l’histoire, vite le supermarché va fermer, les études par petits bouts c’est distrayant mais ça tourne peu à peu aux arts d’agrément. J’ai terminé avec peine et sans goût un mémoire sur le surréalisme que j’avais choisi l’année d’avant avec enthousiasme. Pas eu le temps de rendre un seul devoir au premier trimestre, je n’aurai certainement pas le capes23, trop difficile. Mes buts d’avant se perdent dans un flou étrange. Moins de volonté. Pour la première fois, j’envisage un échec avec indifférence, je table sur sa réussite à lui, qui, au contraire, s’accroche plus qu’avant, tient à finir sa licence et sciences po24 en juin, bout de projets. Il se ramasse sur lui-même et moi je me dilue, je m’engourdis.

Quelque part dans l’armoire dorment des nouvelles, il les a lues, pas mal, tu devrais continuer. Mais oui, il m’encourage, il souhaite que je réussisse au concours de prof, que je me « réalise » comme lui. Dans la conversation, c’est toujours le discours de l’égalité. Quand nous nous sommes rencontrés dans les Alpes, on a parlé ensemble de Dostoïevski25 et de la révolution algérienne. Il n’a pas la naïveté de croire que le lavage de ses chaussettes me comble de bonheur,il me dit et me répète qu’il a horreur des femmes popotes.

Intellectuellement, il est pour ma liberté, il établit des plans d’organisation pour les courses, l’aspirateur, comment me plaindrais-je. Comment lui en voudrais-je aussi quand il prend son air contrit d’enfant bien élevé, le doigt sur la bouche, pour rire, « ma pitchoune, j’ai oublié d’essuyer la vaisselle… » tous les conflits se rapetissent et s’engluent dans la gentillesse du début de la vie commune, dans cette parole enfantine qui nous a curieusement saisis, de ma poule à petit coco, et nous dodine26  tendrement, innocemment.

 

Annie Ernaux, La Femme gelée. Éditions GALLIMARD.

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Dom Juan , MOLIERE acte IV scène 3 (Dom Juan et M. Dimanche)

Introduction  :

 Molière est le plus célèbre dramaturge et le plus joué du XVII siècle jusqu’à nos jours. Il applique dans ses pièces la célèbre maxime « castigat ridendo mores » (c’est-à-dire corriger les mœurs par le rire). Ainsi il met en scène les différents défauts humains mais aussi certaines professions  et corporation (Ensemble de personnes exerçant la même profession) qu’il critique. Ses principales cibles sont les médecins et  les religieux.

Alors qu’il a dû lutter contre la censure pour sa pièce le Tartuffe qui critique les faux dévots, Molière écrit Dom Juan, cette pièce, et reprend le personnage  créé par TIRSO de Molina, un libertin qui sera puni pour ses actions , à la fin de la pièce, afin de calmer les critiques. Cependant Dom Juan est, sous la plume de Molière, si complexe et si attachant qu’il devient alors un mythe. Dom Juan après avoir épousé Elvire l’abandonne et se sauve avec son valet Sganarelle afin de se livrer à d’autres conquêtes. Il finit aux enfers emporté par la statue du commandeur qu’il a tué.

                              La scène à étudier est extraite de la scène 3 de l’Acte IV. Dans cette scène, Dom Juan est chez lui, il souhaite se mettre à table lorsqu’on lui annonce l’arrivée de M. Dimanche, son créancier. Dom Juan, flatte , ridiculise et embrouille Monsieur Dimanche en l’invitant à s’asseoir et en prenant des nouvelles de sa famille .IL finit par raccompagner le marchant  sans avoir remboursé et sans même q’il ait  pu formuler sa demande.

 

Les entrées :

hypocrisie et flatterie; Monsieur dimanche ;La relation Don Juan/Monsieur Dimanche ; La tactique

 hypocrisie et flatterie :

Don Juan est un noble plein de morgue (dédain ou mépris)  qui, en général, ne prend pas le temps de faire des politesses à ses interlocuteurs or la didascalie de la ligne 1 indique « faisant de grandes civilités » le « Ah, Monsieur Dimanche » qui suit, confirme que Don Juan cherche à donner l’impression d’être très heureux de voir Monsieur Dimanche. Don Juan multiplie les hyperboles pour témoigner de sa soi-disant estime pour le commerçant « que je suis ravie » (L1), « de ne trouver jamais de porte fermée chez moi » (L3/4), « au meilleur de mes amis » (L9) ou « de tout cœur » (L 49) ou encore « il n’y a rien que je ne fisse pour vous » (L 51). Il utilise aussi des répétitions qui exagèrent son discours telles que « point, point » (L 13) ou « non, non » (L 17). Tout ce qu’il dit à Monsieur Dimanche semble le ridiculiser ainsi il utilise de manière répétée l’adjectif  « petit »  tel que « petite fille » (L 37), « petit Colin » (L 39), « petit chien » (L 41) en général l’adjectif   »petit » est utilisé de manière affectueuse mais ici il fait aussi référence à la hiérarchie sociale. Sous le couvert de l’affection, il montre que Monsieur Dimanche et sa famille sont de petites gens, bien en dessous de lui même. Il semble d’ailleurs s’intéresser à toute la famille et fait semblant de s’intéresser à des détails tout à fait inintéressants tels que la manière de s’amuser du petit dernier : « fait-il toujours bien du bruit avec son tambour ? » Ce faux intérêt apparaît si clairement que Don Juan l’explicite « ne vous étonnez pas si je m’informe des nouvelles de toute la famille, car j’y prends beaucoup d’intérêt » (L 44/45).

Il flatte aussi le marchand sur son physique mais là encore cela laisse l’impression, non pas d’une admiration, qui serait absurde, du visage de Monsieur Dimanche, mais de quelqu’un qui observe un animal avant de l’acheter, ce qui met mal à l’aise ce dernier « des lèvres fraîches, un teint vermeil, et des yeux vifs. » (L 28) (il ne lui reste plus qu’à regarder l’état des dents !)

Les exagérations de Don Juan pour flatter l’homme se font aussi dans les actes . Tout d’abord il fait semblant de gronder ses laquais « coquins, je vous apprendrai à laisser Monsieur Dimanche… » (L6), « je vous ferai connaître » (L7). Il insiste aussi pour faire asseoir Monsieur Dimanche sur un fauteuil (il faut savoir qu’à l’époque le siège sur lequel on s’asseyait correspondait à sa condition sociale un fauteuil était donc fait pour un noble,  Monsieur Dimanche ne devrait avoir droit qu’à un tabouret ou un pliant. Ce qui gêne, bien sûr, le marchand « ôtez ce pliant et apportez  un fauteuil » (L 15). Enfin la dernière phrase de Don Juan dans cet extrait « vite un flambeau pour conduire Monsieur Dimanche » ainsi que « pour l’escorter » (L 57/58) correspond aux attentions que l’on devrait avoir pour un noble. Don Juan flatte donc Monsieur Dimanche avec beaucoup d’exagération et d’hypocrisie.

 Monsieur Dimanche :

 Monsieur Dimanche est tout à fait conscient de la différence de sociale qui existe entre lui et Don Juan, il s’adresse un noble et commence donc toutes ses phrases par « Monsieur » , parfois il, utilise le terme Monsieur en incise,  (L 21 ou 23). Il utilise aussi de nombreuses marques de politesse telles que « je vous suis fort obligé » (L5) ou « je suis votre serviteur » (L 10) ou encore « c’est trop d’honneur » (L 38). Cependant Monsieur Dimanche n’est pas totalement naïf et se rend bien compte que Don Juan le manipule « vous vous moquez » (L 16) mais aussi il préfère fuir l’invitation de Don Juan « non, Monsieur, il faut que je m’en retourne tout à l’heure. » (L 56). Bien qu’interrompu systématiquement par Don Juan, Monsieur Dimanche cherche pendant toute la scène à dire ce pourquoi il était venu ainsi on retrouve « j’étais venu… » (L 10), « je viens pour… » (L 23) de nouveau « je suis venu… » (L 27) ou encore « je venais… » (L 3).

 La relation Don Juan/Monsieur Dimanche :

 Bien que faisant des démonstrations d’amitié à Monsieur dimanche Don Juan en réalité le traite comme un valet   Lorsqu’il le reçoit,  Monsieur dimanche attendait depuis trois quarts d’heure.  Il impose sa volonté : « je veux que » (L 13) ou encore « je ne veux. » (L 17) de plus, il donne des ordres à l’impératif « asseyez-vous » (L 20) « mettez vous la » (L 22) il rejette toute négation de Monsieur dimanche «Point,point » (L 13) « non , non » (L 17) « je ne vous écoute point » (L 24). Don Juan interrompt systématiquement Monsieur dimanche on le voit aux points de suspension, ( ligne 10,16, 19,21, etc.) enfin il demande des nouvelles de chaque membre de la famille de manière très précise, Madame dimanche, Claudine et Colin et même du chien. Chaque fois que Monsieur Dimanche cherche à revenir au problème de la dette, Don Juan change de sujet. Monsieur Dimanche répond de manière très polie et respectueuses à chaque question qui lui est posée. 10 « cela n’est rien » (L8) « fort bien » (L 31) Il multiplie aussi les marques de servilité « je suis votre serviteur » (L 10) ou encore « je fais ce que vous voulez » (L 25) alors que Don Juan , lui,  fait mine de donner des marques d’amitié ainsi il dit « je ne veux point qu’on mette de différence entre nous deux » (L 17) ou « êtes-vous bien de mes amis ? » (L 47) enfin avec beaucoup de sarcasme il joue sur les mots lorsque il répond à Monsieur dimanche qui dit être honoré de sa bonté : et « cela sans intérêt » puisque l’allusion aux intérêts (que Don Juan devrait payer à Monsieur Dimanche) est tout à fait claire. Ainsi Don Juan mène le dialogue, il manipule Monsieur Dimanche, aussi bien moralement que physiquement, et le raccompagne sans que ce dernier ait pu ne serait-ce que demander le remboursement  du crédit qu’il a fait à Don Juan.

 La tactique de Don Juan

Le début de la scène est occupé par toutes les simagrées que fait Don Juan autour du fauteuil sur lequel il veut asseoir Monsieur Dimanche. On remarque que 14 répliques sont échangées à ce sujet jusqu’à ce que le marchand cède « je fais ce que vous voulez » (L 25) puis quand cette première diversion est terminée Don Juan met Monsieur Dimanche sous un feu de questions à propos de sa famille et fait des digressions sur des détails sans importance tels que le tambour du petit ou les aboiements du chien.

Tout le long de la scène il coupe la parole à son interlocuteur pour l’empêcher de formuler sa demande. Enfin il lui propose de souper avec lui afin de clore la discussion et de lui faire comprendre qu’il n’est plus l’heure de parler : la didascalie de la ligne 57 « se levant » montre que Don Juan ne laisse pas, une nouvelle fois, parler Monsieur Dimanche et le fait partir rapidement « vite un flambeau pour conduire Monsieur Dimanche » (L 57). Ainsi Don Juan est arrivé à faire raccompagner Monsieur Dimanche sans qu’il ait pu parler et tout en se montrant et soi-disant attentionné.

 

Questions envisageables :

En quoi peut-on dire que Don Juan domine ce dialogue ?

1) Don Juan manipule Monsieur Dimanche

2) Monsieur Dimanche se soumet à Don Juan

 Comment Don Juan empêche-t-il Monsieur Dimanche de lui réclamer son argent ?

1) en flattant Monsieur Dimanche

2) en l’empêchant de s’exprimer

 Pourquoi peut-on parler de manipulation ?

1) parce que Don Juan se moque de Monsieur Dimanche tout en faisant semblant de le flatter

2) parce qu’il empêche Monsieur Dimanche de réclamer son argent .

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ANALYSE D’UN POÈME : LE CYGNE I , Baudelaire

LE CYGNE I

Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve,
Pauvre et triste miroir où jadis resplendit
L’immense majesté de vos douleurs de veuve,
Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,

A fécondé soudain ma mémoire fertile,
Comme je traversais le nouveau Carrousel.
Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville
Change plus vite, hélas! que le coeur d’un mortel) ;

Je ne vois qu’en esprit tout ce camp de baraques,
Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts,
Les herbes, les gros blocs verdis par l’eau des flaques,
Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus.

Là s’étalait jadis une ménagerie ;
Là je vis, un matin, à l’heure où sous les cieux
Froids et clairs le Travail s’éveille, où la voirie
Pousse un sombre ouragan dans l’air silencieux,

Un cygne qui s’était évadé de sa cage,
Et, de ses pieds palmés frottant le pavé sec,
Sur le sol raboteux traînait son blanc plumage.
Près d’un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec

Baignait nerveusement ses ailes dans la poudre,
Et disait, le cœur plein de son beau lac natal :
« Eau, quand donc pleuvras-tu ? quand tonneras-tu, foudre ? »
Je vois ce malheureux, mythe étrange et fatal,

Vers le ciel quelquefois, comme l’homme d’Ovide,
Vers le ciel ironique et cruellement bleu,
Sur son cou convulsif tendant sa tête avide,
Comme s’il adressait des reproches à Dieu !

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

introduction :

Baudelaire est un poète du XIXe siècle  qui a,  de son temps,  été traité de « Boileau Hystérique » car il conjugue une maîtrise parfaite de la versification et une modernité novatrice et souvent surprenante. Ainsi sa poésie nourrie du romantisme de ses aînés, a exploré aussi bien le vers que la prose à la recherche des « soubresauts de la conscience » comme il l’écrivait ; Mais nombreux sont ceux qui se sont revendiqués, par la suite, de sa poésie,   aussi bien  les parnassiens que  les symbolistes et même plus tard certains surréalistes. Ainsi dans la section des tableaux parisiens , Baudelaire s’est inspiré des changements causés à la ville par les  travaux du baron Haussmann dans le quartier qui se situe entre le Louvre et les Tuileries. Dans le poème « le Cygne »  Il transcrit la modernité de Paris en pleine rénovation associée à de nombreuses références mythologiques avec un alexandrin précieux et souvent hermétique . 

Les entrées : les références, la réalité,  le cygne, le poète, spleen et idéal.

Les références :

 Ce poème est particulièrement complexe par le grand nombre de références souvent mythologiques qu’il utilise et impose au lecteur. Tout est singulier dans ce poème. Tout doit être compris et interprété. Ainsi dès le premier vers et même le premier mot : « Andromaque », le poète évoque  (à travers ce personnage à la fois mythologique historique et littéraire) la notion d’exil.  En réalité nombreux sont les exilés qui apparaissent dans ce poème. Tout d’abord la dédicace « à Victor Hugo », le poète exilé à jersey présente le poème comme un éloge de l’exilé. Andromaque aussi est une exilée emmenée loin de la ville de Troie, esclave de Pyrrhus. Le cygne en lui-même est une allégorie des exilés dans ce nouveau Paris, loin de son « beau lac natal » V 22 . La référence à l’Antiquité est filée  sur tout le poème ainsi le « Simoïs » le petit fleuve cité au vers 4 correspond au « dieu fleuve » qui dans la mythologie grecque  était le fils d’Océan et de Thétis et traversaient la ville de Troie. Mais cette référence au Simoïs  est aussi  une allusion aux métamorphoses  d’Ovide ainsi, le Nil fécondait la terre et le Simoïs féconde la mémoire du poète ainsi : « a fécondé soudain ma mémoire fertile » . Le « Je pense à vous Andromaque » V 5 montre alors la force du souvenir. Après que le Nil a débordé,  la décrue a laissé apparaître des chimères, (moitié animal moitié terre)…   de même,  grandi par les pleurs d’Andromaque,  le Simoïs laisse apparaître le cygne.

On remarque que le débordement du fleuve correspond au débordement du premier quatrain sur le second.  Le cygne, comme les chimères d’Ovide,  est à la fois animal et homme. La comparaison se fait au vers 25 « comme l’homme d’Ovide » le cygne en effet, comme l’homme,  est le seul à regarder le ciel et non pas la terre.  De même aux vers 23 le cygne semble demander le déluge , ce vers est marqué par un chiasme qui en accentue l’importance (on précise que c’est le déluge qui dans le mythe a fait déborder le Nil).

La réalité :

 Ce poème, comme les autres poèmes des tableaux parisiens,  fait  une référence directe à la réalité parisienne  (la ville de Paris au 19ème ) que traversent  Baudelaire et ses contemporains.

Il fait ici référence aux travaux de rénovation de Paris qui ont duré 17 ans (de 1853 à 1870). Le poète  fait allusion à une promenade dans Paris : vers 6 « comme je traversais » et vers 7 « le vieux Paris » les travaux sont décrits du vers neuf au vers 12 avec à la fois une accumulation disparate et irrégulière dans le rythme (des termes courts des expressions longues) exemples : « les herbes » « les gros blocs verdis par l’eau des flaques » renforcées par des termes qui montrent la confusion telle que « camp de baraques » vers 9 ou « chapiteau ébauché » vers 10 « le bric–à–brac confus ». Les travaux sont évoqués dans toute leur laideur, « le sombre ouragan » vers 16 évoque le nuage de poussière produit par les travaux,  la couleur « verdis » donne l’impression de non achevé « ébauché » vers 10 mais aussi « pavés secs », vers 18 « sols raboteux » vers 19 , les termes de « voirie » contribuent à évoquer Paris en travaux. Enfin les termes « vieux » vers 7 « jadis » vers 13 s’opposent au « nouveau carrousel » vers 6 mis en place par Napoléon.

Le cygne :

Pour Baudelaire,  le cygne est un animal qui symbolise la beauté et la pureté ainsi Il le cite dans le poème « la beauté » cependant la description qui en est faite ici ne semble pas méliorative,  seul le  « blanc plumage » vers 19 rappelle la beauté du cygne . Les autres éléments sont « ses pieds palmés » vers 18, « cou convulsif » vers 27 ou « sa tête avide » son attitude aussi n’évoque ni la beauté ni la majesté du cygne ; en effet ses mouvements sont désordonnés et peu gracieux : « frottant le pavé » vers 18, « traînait » vers 19, « ouvrant le bec » vers 20, « baignait nerveusement » vers 21.           De plus, d’une manière très péjorative le cygne est appelé « la bête » vers 20 ou « ce malheureux » vers 24. Mais le cygne est dans ce poème le symbole des exilés : « le cœur plein de son beau lac natal » vers 22 ainsi comme Victor Hugo ou Andromaque le cygne exilé loin de son lac ne trouve aucun réconfort « près d’un ruisseau sans eau » vers 20.

Le poète:

 Ce poème est écrit à la première personne c’est donc bien la parole du poète qui apparaît : « je pense à vous ! » Vers 1 « je ne vois » vers 9. Comme le cygne Baudelaire est perturbé  par les bouleversements provoqués par les travaux dans Paris ainsi, l’exclamation « hélas ! » à la césure du vers huit en témoigne. Le choix du personnage d’Andromaque peut aussi faire référence à la mère de Baudelaire et à son remariage vécu par le poète comme une trahison  (Baudelaire a perdu son père ) et sa mère devrait donc exprimer ses « douleurs de veuve » (V3) ce qui expliquerait  l’exclamation « je pense à vous ! » Vers 1 ainsi que l’évocation de sa « mémoire » vers 5 . Ce beau cygne décrit comme une bête traînant ses ailes dans la boue fait bien évidemment penser à « l’albatros » qui incarne le poète dans le poème du même nom. Le poète loin de son univers « son lac natal » vers 22 devient un animal sinon de dérision du moins de compassion. Ainsi nous relevons  un  registre pathétique avec des termes tels que  :  « secs », « traînait », « le cœur plein », « malheureux ». Ce qui est confirmé par le dernier vers  : « comme s’il adressait des reproches à Dieu ! ».

Spleen et idéal :

Les deux concepts se partagent le poème. Pour Baudelaire, l’idéal est toujours à la fois beauté et élévation,  mais l’idéal est aussi, souvent,  associé à la froideur, à la pureté et à la cruauté.  Ainsi le ciel dans ce poème représente l’idéal …  il semble totalement indifférent à la souffrance du cygne , au vers 16 l’air est « silencieux » et le ciel est : « ironique et cruellement bleu » le ciel est aussi, au vers 15 « froid et clair » mais le cygne aussi est le symbole de l’idéal, il est beau pur mais souvent cruel.  

Le spleen est représenté dans ce poème par le mal-être éprouvé dans cette ville en travaux, défigurée par les différentes destructions et constructions inachevées . Dans cet état la ville devient alors le lieu du spleen….   le poète la traverse, comme le cygne, vers 18 « frottant le pavé sec ».

Comme le cygne dont le majestueux  plumage blanc est souillée par la boue et dont la grâce est encombrée de « pieds palmés » (pas faits pour marcher dans la ville) , le poète traîne dans la ville loin de son univers poétique .

introduction : Baudelaire est un poète du XIXe siècle  qui a de son temps été traité de « Boileau Hystérique » car il conjugue une maîtrise parfaite de la versification et une modernité novatrice et souvent surprenante. Ainsi sa poésie nourrie du romantisme de ses aînés, a exploré aussi bien le vers que la prose à la recherche des « soubresauts de la conscience » comme il l’écrivait lui-même; Mais elle est pourtant revendiquée par la suite aussi bien par les parnassiens que par les symbolistes et même plus tard par certains surréalistes. Ainsi dans la section des tableaux parisiens il s’est inspiré des travaux du baron Haussmann dans le quartier qui se situe entre le Louvre et les Tuileries. Dans le poème « le Cygne »  Il transcrit la modernité de Paris en pleine rénovation associée à de nombreuses références mythologiques avec un alexandrin précieux . 

Les entrées : les références, la réalité,  le cygne, le poète, spleen et idéal.

Les références :

 Ce poème est particulièrement complexe par le grand nombre de références souvent mythologiques qu’il utilise et impose au lecteur. Tout est singulier dans ce poème. Tout doit être compris et interprété. Ainsi dès le premier vers et même le premier mot : « Andromaque », le poète évoque  (à travers ce personnage à la fois mythologique historique et littéraire) la notion d’exil.  En réalité nombreux sont les exilés qui apparaissent dans ce poème. Tout d’abord la dédicace « à Victor Hugo », le poète exilé à jersey présente le poème comme un éloge de l’exilé. Andromaque aussi est une exilée emmenée loin de la ville de Troie, esclave de Pyrrhus. Le cygne en lui-même est une allégorie des exilés dans ce nouveau Paris, loin de son « beau lac natal » V 22 . La référence à l’Antiquité est filée  sur tout le poème ainsi le « Simoïs » le petit fleuve cité au vers 4 correspond au « dieu fleuve » qui dans la mythologie grecque  était le fils d’Océan et de Thétis et traversaient la ville de Troie. Mais cette référence au Simoïs  est aussi  une allusion aux métamorphoses  d’Ovide ainsi, le Nil fécondait la terre et le Simoïs féconde la mémoire du poète ainsi : « a fécondé soudain ma mémoire fertile » . Le « Je pense à vous Andromaque » V 5 montre alors la force du souvenir. Après que le Nil a débordé,  la décrue a laissé apparaître des chimères, (moitié animal moitié terre)…   de même,  grandi par les pleurs d’Andromaque,  le Simoïs laisse apparaître le cygne.

On remarque que le débordement du fleuve correspond au débordement du premier quatrain sur le second.  Le cygne, comme les chimères d’Ovide,  est à la fois animal et homme. La comparaison se fait au vers 25 « comme l’homme d’Ovide » le cygne en effet, comme l’homme,  est le seul à regarder le ciel et non pas la terre.  De même aux vers 23 le cygne semble demander le déluge , ce vers est marqué par un chiasme qui en accentue l’importance (on précise que c’est le déluge qui dans le mythe a fait déborder le Nil).

La réalité :

 Ce poème, comme les autres poèmes des tableaux parisiens,  fait  une référence directe à la réalité parisienne  (la ville de Paris au 19ème ) que traversent  Baudelaire et ses contemporains.

Il fait ici référence aux travaux de rénovation de Paris qui ont duré 17 ans (de 1853 à 1870). Le poète  fait allusion à une promenade dans Paris : vers 6 « comme je traversais » et vers 7 « le vieux Paris » les travaux sont décrits du vers neuf au vers 12 avec à la fois une accumulation disparate et irrégulière dans le rythme (des termes courts des expressions longues) exemples : « les herbes » « les gros blocs verdis par l’eau des flaques » renforcées par des termes qui montrent la confusion telle que « camp de baraques » vers 9 ou « chapiteau ébauché » vers 10 « le bric–à–brac confus ». Les travaux sont évoqués dans toute leur laideur, « le sombre ouragan » vers 16 évoque le nuage de poussière produit par les travaux,  la couleur « verdis » donne l’impression de non achevé « ébauché » vers 10 mais aussi « pavés secs », vers 18 « sols raboteux » vers 19 , les termes de « voirie » contribuent à évoquer Paris en travaux. Enfin les termes « vieux » vers 7 « jadis » vers 13 s’opposent au « nouveau carrousel » vers 6 mis en place par Napoléon.

Le cygne :

Pour Baudelaire,  le cygne est un animal qui symbolise la beauté et la pureté ainsi Il le cite dans le poème « la beauté » cependant la description qui en est faite ici ne semble pas méliorative,  seul le  « blanc plumage » vers 19 rappelle la beauté du cygne . Les autres éléments sont « ses pieds palmés » vers 18, « cou convulsif » vers 27 ou « sa tête avide » son attitude aussi n’évoque ni la beauté ni la majesté du cygne ; en effet ses mouvements sont désordonnés et peu gracieux : « frottant le pavé » vers 18, « traînait » vers 19, « ouvrant le bec » vers 20, « baignait nerveusement » vers 21.           De plus, d’une manière très péjorative le cygne est appelé « la bête » vers 20 ou « ce malheureux » vers 24. Mais le cygne est dans ce poème le symbole des exilés : « le cœur plein de son beau lac natal » vers 22 ainsi comme Victor Hugo ou Andromaque le cygne exilé loin de son lac ne trouve aucun réconfort « près d’un ruisseau sans eau » vers 20.

Le poète:

 Ce poème est écrit à la première personne c’est donc bien la parole du poète qui apparaît : « je pense à vous ! » Vers 1 « je ne vois » vers 9. Comme le cygne Baudelaire est perturbé  par les bouleversements provoqués par les travaux dans Paris ainsi, l’exclamation « hélas ! » à la césure du vers huit en témoigne. Le choix du personnage d’Andromaque peut aussi faire référence à la mère de Baudelaire et à son remariage vécu par le poète comme une trahison  (Baudelaire a perdu son père ) et sa mère devrait donc exprimer ses « douleurs de veuve » (V3) ce qui expliquerait  l’exclamation « je pense à vous ! » Vers 1 ainsi que l’évocation de sa « mémoire » vers 5 . Ce beau cygne décrit comme une bête traînant ses ailes dans la boue fait bien évidemment penser à « l’albatros » qui incarne le poète dans le poème du même nom. Le poète loin de son univers « son lac natal » vers 22 devient un animal sinon de dérision du moins de compassion. Ainsi nous relevons  un  registre pathétique avec des termes tels que  :  « secs », « traînait », « le cœur plein », « malheureux ». Ce qui est confirmé par le dernier vers  : « comme s’il adressait des reproches à Dieu ! ».

Spleen et idéal :

Les deux concepts se partagent le poème. Pour Baudelaire, l’idéal est toujours à la fois beauté et élévation,  mais l’idéal est aussi, souvent,  associé à la froideur, à la pureté et à la cruauté.  Ainsi le ciel dans ce poème représente l’idéal …  il semble totalement indifférent à la souffrance du cygne , au vers 16 l’air est « silencieux » et le ciel est : « ironique et cruellement bleu » le ciel est aussi, au vers 15 « froid et clair » mais le cygne aussi est le symbole de l’idéal, il est beau pur mais souvent cruel.  

Le spleen est représenté dans ce poème par le mal-être éprouvé dans cette ville en travaux, défigurée par les différentes destructions et constructions inachevées . Dans cet état la ville devient alors le lieu du spleen….   le poète la traverse, comme le cygne, vers 18 « frottant le pavé sec ».

Comme le cygne dont le majestueux  plumage blanc est souillée par la boue et dont la grâce est encombrée de « pieds palmés » (pas faits pour marcher dans la ville) , le poète traine dans la ville loin de son univers poétique .

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Les réécritures : le mythe de Don Juan La nuit de Valognes, Éric Emmanuel Schmitt

introduction :

  • Éric Emmanuel Schmitt est un auteur contemporain parmi les plus lus et les plus traduits à l’heure actuelle. Il s’est illustré aussi bien au théâtre dans le roman et il est reconnu par ses pairs, accédant aussi bien au jury du Goncourt qu’à l’académie Royale de langue et littérature française de Belgique.

Sa première pièce : la nuit de Valognes, lui a apporté la notoriété dès 1991. Cette pièce est une réécriture du mythe de Don Juan, le célèbre personnage  éponyme créé par Tirso de Molina et élevé au rang de mythe par Molière. Il prend sous la plume d’Éric Emmanuel Schmitt une complexité nouvelle et une nouvelle modernité. Dans cette pièce cinq femmes qui furent séduites par Don Juan décident d’instruire son procès et ainsi de l’obliger à épouser sa dernière conquête. Surprises par la réaction de Don Juan, elles cherchent à comprendre…  Ce dialogue est extrait de la scène 3 de l’acte II, Don Juan s’adresse à La Petite et expose sa vision de ses relations avec les femmes.

 

Les entrées :    les femmes, Don Juan, la société, l’amour

 

Les Femmes :

Dans cette scène Don Juan parle des femmes et pourtant elles ne semblent pas être (en tant que personnes à part entière) le centre d’intérêt de Don Juan. il utilise pour parler des femmes des métaphores tout d’abord, « les pommes » (L2) ou « tous les fruits » (L4),  puis une métonymie « la bouche » la très longue énumération des caractéristiques des bouches, ligne 4 « des dodues, des humides, des tendres, des fermes, des ouvertes », semble plutôt qualifier  des femmes.

On remarque ainsi les caractéristiques sensuelles associées à la femme. Il nomme aussi les femmes par leur attitude « la prude », « la sensuelle », « l’adolescente » (L5). Enfin il répète le pronom toutes « à toutes. À toutes ! »  qui montre que les femmes représentent pour Don Juan un groupe indéfini dont jamais aucune femme ne s’est détachée.

On se rend compte qu’il y a un certain mépris dans cette manière de voir la femme. Car elle n’est présentée qu’en tant objet sexuel. C’est une vision plus contemporaine de la relation de Don Juan avec les femmes . Le DJ de Molière vantait son désir de conquête  et pas son désir de consommation . De même les femmes sont appelées « filles » (L19) c’est-à-dire prostituées ce qui est très péjoratif.

 

 Don Juan :

IL garde les traits caractéristiques du DJ de Molière. Tout d’abord une certaine arrogance avec une valorisation excessive du moi , ce que l’on peut vérifier par l’utilisation répétée  du « je »  , notamment « je prends », « je cueille » (L2) « je fais » (L6) un ego qui atteint son paroxysme avec « Moi, j’obtiens » (L23) et « mon plaisir! » (L24) . De plus sa singularité est marquée par l’emploi de « vous » (c’est-à-dire tous les autres) dont il s’exclut, et auquel il s’oppose par le « je » . Utilisant la métaphore filée de la nourriture en lieu et place de la métaphore du combat utilisée par Molière  E.E. Schmitt donne une image plus sensuelle de DJ.  « je cueille », « je les croque », « j’ai faim », (L2), « trop d’appétit », « goûter » (L3).

De même la relation à l’autre a aussi évolué DJ s’estime généreux en donnant du plaisir « Je leur donne du plaisir » (L7)

Et en retour , même s’il semble différencier l’effet qu’il fait aux hommes ou aux femmes,  il y a une proximité nouvelle entre les deux :  » les hommes m’envient » /  « Les femmes m’en veulent«   la paronomase associe les deux sexes dans une même relation avec DJ (admiration/frustration) .

De plus Don Juan présente une sorte d’insolence,   propre au personnage à travers les différentes  réécritures.  Ses actes se font uniquement par rapport à son propre plaisir sans tenir compte de l’autre . Il semble penser que les femmes sont à sa disposition « Je prends,  »  » Je cueille »  sans aucune inquiétude sur le « jardin dans lequel il se sert ».

Don Juan se sent totalement à part , au-dessus de la mêlée c’est pourquoi lui seul peut se permettre d’agir ainsi «   les forts seulement » .Il y a d’un coté « lui », de l’autre  le « monde entier » . c’est pourquoi La Petite le traite d’ « escroc » (L10) elle cherche à lui montrer qu’il n’est pas au-dessus  « ni un saint , ni un héros » (L9/10)

Enfin il parle avec beaucoup de hauteur à « La Petite » : « Sornettes à votre tour« ,  l’impératif « ne me sers pas »  , ou encore la mise en incise « petite » !

 

 L’amour :

Comme dans version moliéresque ,  DJ rejette l’idée de fidélité . à la fin de l’extrait , Il jette le mot avec une exclamation comme si c’était une invraisemblance  « Fidèle ! » (L27) et il choisit une périphrase pour dénoncer cette fidélité :  » La liberté dans une petite cage »

En revanche il ne s’attarde pas à « décrire » la fidélité mais présente une contre-utopie qui démontre que l’infidélité ne peut être appliqué au commun des mortels .  Il imagine une société où tous seraient infidèles . Avec beaucoup de modernité, l’auteur utilise dans sa réécriture un vocabulaire très cru qui parle à une société dans laquelle la liberté sexuelle se banalise.  « imaginez ce qui se passerait »( L12)  « que se passerait-il? «  (L14)( on remarque le conditionnel qui montre bien que c’est une impossibilité) , « vous imaginez »(L19). Mais Don Juan est tout à fait conscient que cette vision est une contre-utopie et que la société ne peut pas fonctionner ainsi : « inactifs »(L15), « sang brouillé »(L17), « pagaille »(L19) de même , cette société ne pourrait pas fonctionner car  les constituants même de la société seraient détruits: « l’industrie », « le commerce », « la famille »   , il y a une répétition anaphorique de « Plus de »  4 occurrences (L15/17) tel que « plus de propriété ».  Donc l’amour considéré uniquement comme la consommation de plaisir est réservé à une élite dont il est le représentant idéal .  » les fort seulement peuvent se l’autoriser ». Les autres, les travailleurs , ceux qui tiennent les « pioches » ou « les aiguilles » (L13) sont faits  » pour travailler, pour suer, pour se battre » .

En fait l’amour , il n’en parle même pas mais il parle de plaisir (7 occurrences dans sa bouche) et plus encore du sien propre : « mon plaisir » (L24)  c’est même la seule chose qui l’intéresse : « ce que je veux des autres » (L23) et ce plaisir est présenté comme une gourmandise « je les croque », « je recommence » (L2);  « goûter » (L,3), « trop d’appétit » (L3)

 

 La Société

 La vision que porte Don Juan sur la société est une vision élitiste.

Il y a « je » (DJ) et vous …  ( les autres) .

 Pour les femmes , elle ne sont même plus envisagées comme des proies mais comme des fruits , nulle besoin de les chasser, de se battre comme le fait le Dom juan de Molière , il suffit de se servir, de cueillir les fruits….   La liberté sexuelle est passée par là, entre la version du XVIIème et celle de E.E. Schmitt,  l’évocation des flots de « sang » et de « sperme »(L17/18) en est le marqueur .

Mais DJ ne désire pas que le monde devienne  une joyeuse « pagaille » (L19), il s’inquiète des privilèges  « « propriété », « héritage », « transmission des biens », « privilèges par le sang » (L14/15)  de même, sa manière de parler du peuple est assez méprisante : « vos pioches et vos aiguilles » (L13) les hommes sont fait, comme il le sous entend dans l’accumulation de la ligne 14 « pour travailler, pour suer, pour se battre »  alors que lui ne cherche que « le plaisir ». Contrairement à la vision que développe La Petite  d’un monde où les gens sont sensibles et souffrent  « vous volez leurs épouses… » « vous les abandonnez » (L8/9)  ou « ça leur fait mal » (L26), pour DJ si les gens n’agissent pas comme lui c’est uniquement parce qu’ils ne sont pas assez forts ..

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Dom Juan ACTE I scène 1.

 

 

Analyse :

      Dom Juan , MOLIERE

acte I scène 1

Introduction  :

 

Molière est le plus célèbre dramaturge et le plus joué du XVII siècle jusqu’à nos jours. Il applique dans ses pièces la célèbre maxime « castigat ridendo mores » (c’est-à-dire corriger les mœurs par le rire). Ainsi il met en scène les différents défauts humains mais aussi certaines professions  et corporation (Ensemble de personnes exerçant la même profession) qu’il critique. Ses principales cibles sont les médecins et  les religieux.

Alors qu’il a dû lutter contre la censure pour sa pièce le Tartuffe qui critique les faux dévots, Molière écrit Dom Juan cette pièce et reprend le personnage  créé par TIRSO de Molina, un libertin qui sera puni pour ses actions à la fin de la pièce afin de calmer les critiques. Cependant Dom Juan est, sous la plume de Molière, si complexe et si attachant qu’il devient alors un mythe. Dom Juan après avoir épousé Elvire l’abandonne et se sauve avec son valet Sganarelle afin de se livrer à d’autres conquêtes. Il finit aux enfers emporté par la statue du commandeur qu’il a tué.

Cet extrait est tiré de la scène 1 de l’acte I, scène d’exposition, Sganarelle  répond à Gusman qui s’étonne que Dom Juan ait quitté sa maîtresse après l’avoir épousée. Il fait donc le portrait de Dom Juan à son ami.

 

Les entrées :

Sganarelle, le libertin, la critique de Dom Juan, la relation maître valet.

 

Sganarelle

Face à  Gusman, Sganarelle cherche à se donner un rôle important il commence dans cette tirade par utiliser je de manière insistante « je n’ai pas » (L 1), « je ne dis pas » (L 2) ou encore « je n’en ai point » (L 3) on remarque utilisation de plusieurs formes négatives (qui sont plus restrictives que négatives )et qui montrent que le valet se refuse à accuser totalement son maître dès le début. De plus il se pose aussi comme quelqu’un d’important  , il cherche à se mettre en valeur, en utilisant un registre didactique avec « je t’apprends » (L 5), « crois que » (L 10) ou encore « si tu connaissais » (L 1) ou « tu trouverais » (L 2) de même il utilise un registre soutenu comme à la ligne 20 « brides mes sentiments et me réduit d’applaudir » et utilise des mots latins pour impressionner Gusman : « Inter nos » (L 5) ou encore des métaphores telles que « il faudrait bien d’autres coups de pinceau » (L16).

Il apparaît aussi dans ce passage comme un homme pieux (ou du moins superstitieux), les reproches  qu’il fait à Dom Juan portent sur son athéisme et on retrouve le vocabulaire de la religion: tout d’abord certains termes de l’accumulation de la ligne six « un diable, un Turc, un hérétique »mais aussi dans  l’expression « ni ciel ni enfer » (L7) enfin il  envisage « le courroux du ciel » (L 17) ) (on remarque la naïveté du reproche qui met sur le même plan des croyances telles que le ciel ou l’enfer, qui sont non seulement courantes mais même la normalité au XVIIe siècle, et le loup-garou qui évoque les peurs enfantines.). A priori Sganarelle affirme craindre son maître, et ne lui obéir que par crainte « la crainte en moi si l’office du zèle » (L 20) ce qui apparaît aussi dans la peur qu’il présente à l’idée que Dom Juan apprenne qu’il l’a trahi pourtant il avoue donner des signes de respect et même plus à son maître « il faut que je lui sois fidèle » (L19/20) « zèle » (L 20) « applaudir » (L21) ce qui semble démontrer de la crainte ou une certaine lâcheté.

En définitive Sganarelle déteste l’homme qu’il admire ou admire l’homme qu’il déteste.

 

La critique de Dom Juan

 

Le portrait que fait Sganarelle de Dom Juan est un portrait à charge (pour critiquer) il utilise des termes et des périphrases très péjoratives tout d’abord le terme « pèlerin » (L 2) qui ici un sens péjoratif mais aussi une accumulation de termes très insultants avec une gradation dont le sommet est donné par le terme « hérétique » ligne 6 : « un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique » mais aussi des périphrases hyperboliques  telles que « le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté » (L 5/6) ou « véritables bêtes brutes » « pourceau d’Épicure », « vrai Sardanapale » (L7/8). Cinq lignes donc consacrées uniquement à injurier Dom Juan. Il démontre ensuite que Dom Juan n’accorde aucune valeur non seulement au mariage mais aussi à la femme (ce qui reste l’apanage des aristocrates). On peut le constater par l’utilisation d’une nouvelle accumulation mais avec une gradation descendante cette fois : « dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne » (L 12/13) il utilise aussi un terme générique « les belles » (L 12) qui ne présente les femmes que que par leur apparence….  De même à la ligne 14 « toutes celles » le peu de cas qu’il fait des femmes est marquée par l’utilisation de termes tels que « toi, son chien, et son chat. » C’est surtout l’utilisation qu’il fait du mariage qui est relevé par Sganarelle si on retrouve « il a épousé » (L9), « il aurait encore épousé » (L 10) ou « c’est un épouseur à toutes mains » (L 12), ou encore « toutes celles qu’il a épousées » (L 14). Il associe Dom Juan au champ lexical de la terreur « courroux » (L 17) « diable » (18), « tant d’horreur » (L 18), « méchant homme » « terrible chose » (L 19) enfin il maudit son maître « que le courroux du ciel de l’accable » (L 17), « je souhaiterais qu’il fut déjà je ne sais où » (L 18). C’est donc bien un portrait à charge que fait Sganarelle de Dom Juan mais en même temps il fait aussi le portrait d’un libertin.

 

Le libertin  

 

en réalité la critique de Sganarelle décrit avant tout un libertin en effet c’est son éloignement de la religion, son athéisme que Sganarelle blâme le terme « hérétique » est clair à ce sujet il le développe dans l’expression « qui ne croit ni ciel ni enfer ni loup-garou » (L6/7) Ou encore « traite de billevesées tout ce que nous croyons » (L9) de plus c’est le Saint sacrement du mariage qui est malmené par Dom Juan : « un mariage ne coûte rien à contracter » ou encore « c’est un épouseur à toutes mains » ou « il ne se sert point d’autres pièges » enfin la vie qu’il mène est aussi une vie de libertin de mœurs, qui profite de la vie, il est comparé à deux personnages historiques : Épicure philosophe grec dont la philosophie (plus ou moins détournée par les libertins) serait de ne s’intéresser qu’au plaisir et Sardanapale roi d’Assyrie dans l’antiquité, qui était le symbole d’un homme puissant menant une vie luxueuse et dissolue,( d’où le sens de « débauché » ) donc des personnages très éloignés des valeurs prônées par le christianisme.

 

 La relation maître/ valet

 La relation entre Sganarelle et Dom Juan et assez ambigüe, Sganarelle dit le détester mais l’admire, il dit lui obéir par crainte,  mais souvent il dépasse la simple obéissance et aide Dom Juan comme s’il était un ami. Ces aspects apparaissent dans cette tirade.  Ainsi la mise en incise de « mon maître » (L5) met le terme en valeur et semble donc connoter une certaine admiration , d’autant plus que cette expression en incise est superflue pour la compréhension du texte…  Dom Juan cité juste avant suffisait.  Le terme de « grand seigneur » qu’il emploie à la ligne 19 marque aussi son admiration. D’autres indices semblent montrer une relation qui dépasse la simple obéissance du Valet au maître ainsi des la premières lignes l’utilisation du pronom d’insistance « moi » dans l’expression « je n’ai pas grand-peine à le comprendre moi » montre la relation particulière qu’il entretient avec son maître,  ce qui est confirmé par la proposition subordonnée relative « qui ferme l’oreille à toutes les remontrances qu’on lui peut faire »qui semble montrer que de nombreuses discussions ont eu lieu entre le maître et le valet et qui  montre aussi qu’à plusieurs reprises Sganarelle a tenté de lui faire entendre raison.  On  suppose alors  que Sganarelle se permet de faire des remontrances à Dom Juan et de juger sa manière d’agir.

 Cependant il y a aussi entre eux une relation qui marque l’infériorité de Sganarelle et la crainte qu’il a de son maître:  Dom Juan n’a pas à s’expliquer de ses actes : « il ne m’a point entretenu » (L4)

ainsi, Il multiplie les marques d’obéissance ainsi « par son ordre » (L3) ou « il faut que je lui sois fidèle » (L 20), ou encore le terme « zèle » (L 20). Il met cependant sur le compte de la peur (c’est un peu facile) son obéissance,  c’est ce qu’il dit ligne 20 : « la crainte en moi » qui est suivie de trois attitudes à priori dictées par la peur : «fait  l’office du zèle », « bride mes sentiments », « me réduis d’applaudir. » L’arrivée de Dom Juan montre cette peur puisqu’il affirme à la fin de cette tirade qu’il est prêt à mentir et à accuser Gusman si ses propos remontaient jusqu’à Dom Juan

Sganarelle multiplie aussi les marques de détestation (voir entrée sur la critique de Dom Juan)

 

 Questions envisageables :

 

Quelle image de Dom Juan est donnée par Sganarelle ?

1) Sganarelle donne de Dom Juan l’image d’ un aristocrate libertin

2) Sganarelle donne de Dom Juan l’image d’ un scélérat

 

Qu’apprend-on sur Sganarelle dans cette tirade ?

1) on apprend qui est Sganarelle

2) on apprend ce que ce qu’il pense de Dom Juan

3) on apprend les relations qu’il entretient avec son maître

 

Comment apparaît la relation maître valet ?

1) une relation admiration/détestation

2) une relation de crainte du valet envers son maître

3) une relation qui est presque d’égal à égal

 

Quelles sont les caractéristiques de cette scène d’exposition ? (c’est-à-dire de la première scène d’une pièce de théâtre)

1) les caractéristiques classiques : présentation des personnages, de la situation qui a précédé et l’annonce du châtiment qui se prépare

2) l’originalité de cette scène : la personnalité de Sganarelle, le comique et la présentation exagérée de Dom Juan

 

 

A la fin de votre conclusion vous pouvez faire une ouverture sur le fait que ce soit une pièce baroque, ou,  sur la fin de la pièce et la réaction de Sganarelle  par exemple.

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Introductions des poèmes du corpus sur le deuil d’Orphée

 

«Comme on voit sur la branche… »

Appelé par ses contemporains le prince des poètes, Ronsard est à l’origine de la pléiade . Malgré la diversité de ses œuvres, c’est sa poésie amoureuse qui est restée célèbre jusqu’à nos jours et , bien qu’il ait reçu la tonsure, il consacre plusieurs recueils à ses muses et à l’amour. Un grand nombre de ses poèmes développe le thème du Carpe Diem et l’influence de Pétrarque est évidente.

Dans La nouvelle continuation des amours, et plus particulièrement dans « sur la mort de Marie », on pense que  poète pleure la mort de Marie Dupin, une jeune paysanne de Bourgueil ou celle de Marie de Clèves . Ce poème à la fois simple et précieux exprime la tristesse du poète.

 

« Sur un tombeau »

Tristan l’Hermite est un auteur de la première moitié du XVIIème siècle qui s’est fait connaitre de son temps par son œuvre dramatique . Ce sont pourtant ses œuvre poétiques qui sont passées à la postérité. Sa poésie lyrique et précieuse est remise à l’honneur au XIXème siècle avec la découverte du baroque.

Ce poème est extrait  de : les plaintes d’Acante , recueil  élégiaque publié en 1635. Il est consacré à la mort de Philis une jeune fille qu’il aimait mais dont la main lui fut refusée.

 

 

« Le Lac »

Lamartine est un auteur lyrique du XIXème siècle dont la poésie Romantique a marqué l’histoire littéraire. En 1816, à Aix-les bains, il rencontre Julie Charles, une jeune femme mariée et malade, dont il tombe éperdument amoureux mais qui meurt avant qu’ils ne puissent se revoir l’année suivante. Elle deviendra l’Elvire de son recueil Méditations Poétiques publié en 1820.

Ce long poème en vers hétérométriques en est extrait. Revenu prés du lac où ils s’étaient aimés, le poète exprime sa douleur, sa solitude et prend à témoin la nature et le temps. Ce poème est devenu le symbole même de la poésie romantique lyrique.

 

« Notre vie »

Poète surréaliste puis engagé, Eluard participe à la modernité poétique. Sa poésie est porteuse d’espoir et célèbre le bonheur et l’amour même dans les moment les plus sombres d’un monde qu’il sait malade.  Pourtant , en 1946, sa femme , Nush, qu’il aime avec passion, meurt brusquement alors qu’il entamait à peine l’écriture de son recueil : Le temps déborde qui lui était dédié. Les poèmes qui suivent expriment alors sa douleur et son désespoir.

C’est le cas de cet émouvant poème .

 

« Dés que je me lève… »

Jacques Roubaud est un auteur contemporain, Enseignant en mathématique ,il a consacré sa vie à l’écriture et a exercé sa plume aussi bien à la prose qu’au vers. Après la mort de sa femme Alix Cléo, il écrit le recueil  Quelque chose noir  qui s’inscrit à la fois dans la tradition du deuil d’Orphée et dans l’esprit oulipien .

Ce poème en prose décrit un petit déjeuner solitaire miné par l’absence de la femme aimée .

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introduction générale ( pour les extraits présentés à l’oral) : Les caprices de Marianne

INTRODUCTION GENERALE : Les caprices de Marianne
Musset est, ainsi qu’il l’écrit , « un enfant du siècle » (cf la confession d’un enfant du siècle). S’il ne renie pas son héritage classique , il reste, presque malgré lui , une des figures les plus importante de l’époque romantique . Il multiplie les paradoxes : il écrit des pièces de théâtre mais refuse qu’elles soient jouées (depuis l’échec de Nuits Vénitiennes) il écrit Le drame romantique par excellence et préfère l’appeler « Comédie ». Cette pièce , Les caprices de Marianne , met en scène 3 personnages , Coelio , Octave et Marianne . Celio et octave sont deux véritables amis qui ont une conception de la vie très différente . Coelio aime Marianne d’un amour absolu et désespéré mais Marianne s’éprend d’Octave .

Annexe : résumé de la confession d’un enfant du siècle
Résumé de La Confession d’un enfant du siècle

Ce Roman d’Alfred de Musset a été publié en 1836. Musset a alors 26 ans.

Dès 1834 , dans une lettre à George Sand qui fut sa maitresse et qu’il a aimé, Musset exprime le désir de raconter sous forme romanesque l’aventure de leur amour.
Après la mort d’Alfred de Musset, en 1859, George Sand racontera , elle aussi, leur aventure dans Elle et Lui . La même année, Paul de Musset, frère de l’écrivain, lui répondra par Lui et Elle.

Première partie
Dès le début du roman, Octave , le narrateur qui a 19 ans, découvre qu’il est trompé par sa maîtresse. Le jeune héros vit douloureusement cette épreuve. Son désespoir est immense et il ne parvient ni à oublier ni à surmonter cette trahison. Son ami Desgenais, un dandy cynique, l’invite à accorder moins d’importance aux sentiments amoureux . Il essaye de convertir Octave au libertinage et l’incite à rechercher de nouveaux plaisirs dans les bras d’autres femmes. Octave se refuse à suivre les conseils de son ami. Sa tristesse l’incite à passer ses nuits sous les fenêtres de son ancienne maîtresse. Il s’adonne également à l‘alcool.

Deuxième partie
Lorsque Octave découvre que sa maîtresse trahit également l’ami avec lequel elle l’a trompé, il se résout à accepter les conseils de Desgenais : il mène alors une vie de débauche . Oisiveté, fêtes et séduction de courtisanes deviennent son quotidien. Mais ces plaisirs ne parviennent pas à estomper son mal-être . Il se lasse vite de cette vie artificielle et confie à son ami Desgenais l’horreur que provoque en lui cette dépravation.
Troisième partie
La mort brutale de son père met fin à cette période de débauche. Il quitte Paris et retourne dans sa région natale pour y mener une existence austère , comme celle que menait son père. Il y connaît une période de sérénité et de quiétude. Lors d’une visite de charité, il rencontre Brigitte Pierson, une jeune veuve pieuse et discrète de 30 ans. Il lui confie les épreuves qu’il a vécues mais n’ose lui avouer les sentiments qu’il éprouve pour elle. La jeune femme découvrant les sentiments d’Octave essaye de prendre ses distances d’avec lui . Mais finalement Octave et Brigitte s’avouent mutuellement leur amour et deviennent amants. Octave connaît alors une brève période de bonheur.
Quatrième partie
Mais la perfection de cette femme agace Octave. De plus il est miné à la fois par la méfiance et la jalousie que lui ont values ses premières expériences et la vie de débauche qu’il a ensuite connue. Ses sentiments pour Brigitte se détériorent et l’amour fait place à un soupçon maladif. Octave se montre incapable de croire à la sincérité et à l’amour de sa maîtresse. Les scènes, de plus en plus violentes se succèdent. Finalement ils décident de partir en voyage puis s’installent à Paris.
Cinquième partie
La visite d’Henri Smith, ami d’enfance de Brigitte, et visiblement épris d’elle, va changer le cours de leur histoire. Cette présence va exacerber la jalousie d’Octave. Henri Smith , de son côté, essaye de persuader Brigitte de sauver sa réputation et de quitter Octave. Les deux amants continuent de se déchirer et la jalousie d’Octave est telle, qu’un soir, il se retrouve , un couteau à la main, au dessus d’une Brigitte endormie. Puis Octave découvre par hasard, une lettre où Brigitte avoue à Henri que c’est lui qu’elle aime, mais , que par devoir, elle se sent obligée de rester avec Octave.
Octave décide alors de quitter Brigitte avec « tendresse ». Il préfère que « des trois êtres qui avaient souffert par sa faute, il ne reste qu’un seul malheureux ».

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descriptif n°5 la poésie

voici le dernier descriptif, Je vous le distribuerai à la rentrée …. en attendant servez-vous en pour vos révisions et si vous avez des questions n’hésitez pas !

 

Séquence n°5 : « La Poésie crie , accuse, espère » Paul Eluard

 

 

Objet d’étude :

Poésie et quête du sens du moyen âge à nos jours .

 

 

            Lectures analytiques

 

 

 

Lectures cursives,   documents complémentaires et activités

 

 

Problématique choisie :

Quand l’écriture poétique devient un acte de résistance   

 

Etudes transversales :

Thèmes et   Problématiques abordés: 

Histoire   littéraires

Qu’est ce que la   poésie :

Les spécificités   du genre

Les écritures   poétiques 

La pléiade, le Romantisme, le parnasse, le   symbolisme, le surréalisme.

Le carpe diem

Le pétrarquisme

Groupement de textes : 

 

Texte 1 :

« Je Trahirai demain », Marianne Cohn, 1943

 

Texte 2 :

« Ce   cœur qui haïssait la guerre… »,Robert Desnos, 1943  L’Honneur des poètes

 

 Texte 3 :

« La Rose et Le Réséda » , Louis Aragon, mars 1943  La Diane française,

 

Texte 4 :

  « Sonnet VI »Jean Cassou, 33 Sonnets composés au secret 1944.

                    

 

 

 

Documents   complémentaires :

Corpus de poésies :

-choix chronologique de poèmes de Ronsard à Desnos [ du   carpe diem au « langage cuit »]

 

Lecture   cursive : OI :

 

Poèmes à Lou,  Apollinaire

 

Travail personnel:

 

Rédiger une   anthologie d’environ 10 poèmes sur le thème de la guerre autour d’une   thématique particulière ou d’une problématique, en justifiant ses choix.

 

 

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Les Femmes Savantes Acte I scène 1

                                      Les Femmes Savantes  (texte 2)

Acte I scène 1 Analyse

 

 

Introduction :

 

Molière , de son vrai nom Jean Baptiste Poquelin,  est un dramaturge du XVIIème siècle qui reste le plus joué de nos jours. Après des premiers pas malheureux dans la tragédie , il devient un maître de la comédie qu’il introduit à la cours de Louis XIV, donnant ainsi ses lettres de noblesse à un genre populaire. Dans ses pièces, il crée un équilibre entre farce et satire sociale, reprenant à son compte le célèbre « castigat ridendo mores ». Il dénonce les travers des Hommes et s’intéresse aux problèmes de la société notamment à l’éducation des femmes qui agite la noblesse depuis les précieuses. S’il semble féministe pour son époque admettant que les femmes doivent accéder à l’éducation, ce « féminisme » a ses limites et il condamne les excès  que sont pour lui la préciosité et le désir de certaines d’être savantes…

Ainsi dans Les Femmes Savantes, il cherche à montrer à travers les déboires amoureux de Clitandre et Henriette que si une femme doit avoir « des clartés de tout » elle doit cependant rester modeste et savoir garder sa «  place »……

Ce dialogue est extrait de l’acte I scène 1 et oppose Henriette et sa sœur Armande sur la place de la femme : pour l’une c’est dans son foyer et pour l’autre dans l’étude.

 

 

Les entrées :  les études, la femme au foyer, la relation homme femme , la critique de la femme savante, les oppositions, l’argumentation

 

 

Les études :  

Armande fait l’éloge des études. Tout d’abord elle cherche à expliquer à sa sœur que les études élèvent. On remarque qu’elle utilise le champ lexical de la hauteur, repris ensuite par Henriette : « haut », « élever » (v8), « monte », « au-dessus » (v20), « élévation » (v32), « montent » (v33), « hautes régions » (v39). La métaphore filée de l’élévation est méliorative car elle correspond à la fois à la supériorité et à la spiritualité. De plus les études permettent à la femme d’être honorée reconnue à sa juste valeur,  ainsi (v13) les hyperboles « on honore en tous lieux » ou (v20) « au dessus de tout le genre humain », « des plus nobles »(v9),  de même l’utilisation d’un vocabulaire mélioratif organisé sur un rythme binaire tel que : « grand et beau génie»(v38), « de l’âme et des nobles désirs »(v44)  ou « d’esprit et de lumière »(v46). (sachant le rythme binaire met en place une sorte de symétrie qui correspond à la perfection esthétique au 17ème S)

Cependant les études demandent une réelle implication , pour Armande c’est un engagement de l’âme et de l’esprit, il y a donc un certain spiritualisme et un parallélisme avec la religion donc rejet de la matérialité : « les sens et la matière » / « Esprit » (v10/11). De plus comme une religieuse qui entre en religion, les études sont envisagées comme une union sacrée, un mariage voir l’hyperbole et l’impératif, « Mariez-vous, ma sœur »(v19) « donnez-vous toute entière »(v11). La métaphore du mariage est filée avec le champ lexical de l’amour tel que (v24) « beaux feux » « doux attachement » et (v16) » charmantes douceurs » ou (v17) « l’amour de l’étude ». Enfin les études sont associées à la lumière avec le champ lexical (v15) « clarté » , (v46) « lumière »

 

La femme au foyer :

C’est une femme moquée par sa sœur , décrite avec le champ lexical de l’étroitesse « bas »(v1,7) « petit »(v2,35), « claquemurer »(v3), « terre à terre »(v34),  « terrestre »(v41), « ici-bas »(v41).

De plus la description de la femme au foyer « ménage »(v3), « époux »(v5), « enfants »(v5) est dégradée car associée à des termes péjoratifs tels que « marmots »(v5), « grossier », « vulgaire »(v6)

Armande , pourtant très précieuse dans son vocabulaire, utilise des termes peu précis pour parler du foyer que ce soit « chose »(v3), ou « sortes »(v7) ou «gens », « personnes »(v6) et montre ainsi son mépris , mot qu’elle emploie d’ailleurs au vers 10. Elle rabaisse la femme au foyer avec des comparaisons peu élogieuses :  métaphores « en esclave asservie »(v18) et « animale »(v22) ou « bêtes »(v23). Enfin le caractère concret et matériel (opposé à la spiritualité) est souligné par le champ lexical de la terre « matière »(v10), « terre à terre »(v34), « terrestre »(v41).

 

La relation homme/femme :

C’est une relation qui n’apparait dans le discours d’Armande que comme une relation de domination. Dans la relation « classique » l’homme domine la femme  ce qui est marqué par l’hyperbole « idole d’époux »(v5),  il décide de tout comme une sorte de Dieu  « aux lois d’un homme »(v18) la soumission de femme elle est marquée par la juxtaposition de deux termes redondants « esclave asservie » . Armande , elle,  veut passer du coté de la domination avec l’hyperbole et le terme générique « au dessus de tout le genre humain »(v20) ou la périphrase « l’empire souverain »(v21).

Henriette n’évoque pas la relation homme/femme ce qu’elle oppose c’est la femme savante et la femme au foyer……..

 

La critique de la femme savante :

C’est une critique de la préciosité qui a permis de critiquer la femme savante et de rejeter la femme dans son foyer. Il s’agit donc de ridiculiser Armande notamment sur sa manière de s’exprimer trop précieuse. Elle utilise des périphrases « les choses du ménage »(v3) « aux charmantes douceurs que l’amour de l’étude épanche dans les cœurs »(v16/17) ou « l’empire souverain »(v21)  pour le pouvoir. L’exagération de l’éloge des études et les nombreuses hyperboles (cf entrée sur les études) ajoute au ridicule ainsi que le champ lexical de l’amour (cf les études). Les inversions nom /adjectif « étage/bas »(v1) ou pronom/verbe « vous« mariez-vous »( rendez sensible »(v16) enfin le ton supérieur employé par Armande contribue à la rendre antipathique et ridicule  l’exclamation « mon Dieu… »(v1) l’utilisation systématique de l’impératif « laissez »(v6) « tâchez »(v14) ou v19).  Enfin le registre didactique « exemple »(v12), « ainsi que moi »(v14)  , le verbe devoir « qui doivent »(v25) et la mise en incise de « ma sœur »(v19). En face la simplicité et la justesse des arguments d’Henriette mettent en valeur la préciosité ridicule d’Armande.

 

Les oppositions :

Elles construisent le dialogue . « Le bas » (la femme au foyer) s’oppose au « haut » (la femme savante) avec à chaque fois un champ lexical associé…  « étage bas »(v1) , « bas amusement »(v7) / « hauts objets »(v8)  « élevez »(v8), « monte »(v20). Mais aussi le spirituel et le concret : « les sens et la matière »(v10)/ »l’esprit »(v11) . La domination et la soumission : « esclave asservie »(v18) « l’empire souverain »(v21). Henriette aussi relève les oppositions entre « le votre »/ « le mien »      et la double anaphore  « vous/moi/vous/moi »(v44/47) « l’une à l’autre »(v43) et marque ces oppositions par trois termes (gradation) « différents »(v29) « deux instincts »(v37) , « contraire »

 

L’argumentation :

Deux thèses s’opposent dans ce dialogue , celle d’Armande et celle d’Henriette. Pour defendre sa thèse « mariez-vous, ma sœur, à la philosophie »(v19),  Armande utilise aussi bien convaincre que persuader en effet elle a des arguments :  le mariage (homme/femme)est fait pour les personnes vulgaires (1-7); il rabaisse la femme à l’état animal(22-23) ;  l’étude libère de l’homme (18) ; elle déclenche les mêmes sentiments que l’amour (16-17) . Mais elle exprime aussi des émotions : champ lexical du dégout « marmots » grossier » « vulgaire » « animal » « bêtes » « mépris » mais aussi de l’amour « charmantes douceurs », « amour », « cœur » , « beau feu », « doux attachements ».

Henriette ,elle,  choisi une stratégie déductive puisque sa thèse ouvre sa réplique : « Le Ciel (…)nous fabrique en naissant ; »(v28-29) son argumentation est simple  1)tout le monde n’a pas la capacité d’étudier (30-35) ; 2) il faut accepter les choix du « ciel » (36-41) ; 3) ainsi nous suivrons toutes deux l’exemple de notre mère (42-47).

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Elisabeth BADINTER – Extrait de L’Un est l’Autre (1986), partie II, chapitre 3.

: Elisabeth BADINTER – Extrait de L’Un est l’Autre (1986), partie II, chapitre 3.

É. Badinter analyse ici la nature et les origines des relations hommes / femmes.

La relation homme / femme s’inscrit dans un système général de pouvoir, qui commande le rapport des hommes entre eux. Cela explique qu’à l’origine, les premiers coups portés contre le patriarcat[1] le furent par les hommes et non par les femmes. Avant de penser à ruiner le pouvoir familial du père, il fallait d’abord abattre le pouvoir politique absolu du souverain et saper ses fondements religieux. Telle est l’évolution que connaissent toutes les sociétés occidentales à travers révolutions et réformes, et cela jusqu’au XXe siècle. Mais, si les hommes eurent à cœur de construire une nouvelle société fondée sur l’égalité et la liberté, leur projet, d’abord politique puis économique et social, ne concernait qu’eux-mêmes, puisqu’ils s’en voulaient les seuls bénéficiaires.

Les hommes ont lutté pour l’obtention de droits dont ils prirent soin d’exclure les femmes. Quel besoin avaient-elles de voter, d’être instruites ou d’être protégées, à l’égal des hommes, sur leurs lieux de travail ? L’égalité s’arrêtait aux frontières du sexe, car, si la plupart des hommes cherchaient à se débarrasser du patriarcat politique, ils voulaient à tout prix maintenir le patriarcat familial. D’où l’avertissement constamment répété, au XIXe siècle, par les conservateurs et l’Église : en luttant pour plus de liberté et d’égalité, vous portez atteinte à la puissance paternelle et vous sapez les fondements de la famille…

Le combat mené pendant deux siècles par les démocrates fut sans conteste la cause première de la chute du système patriarcal. Mais il n’en fut pas la raison suffisante. Ce sont les femmes, alliées aux plus justes d’entre eux, qui achevèrent péniblement le travail. Il leur fallut presque deux siècles pour faire admettre à leurs pères et époux qu’elles étaient des « Hommes » comme tout le monde : les mêmes droits devaient s’appliquer à leurs compagnons et à elles-­mêmes, ils devaient partager ensemble les mêmes devoirs.

L’évidence enfin reconnue est lourde de conséquences. Non seulement parce qu’elle met fin à un rapport de pouvoir entre les sexes plusieurs fois millénaire, mais surtout parce qu’elle inaugure une nouvelle donne, qui oblige à repenser la spécificité de chacun. Les valeurs démocratiques furent fatales au roi, à Dieu-le-père et au Père-Dieu. Elles rendirent par là même caduques[2] les définitions traditionnelles des deux sexes et n’ont pas fini de laisser perplexe et d’inquiéter une partie du monde. [...]

Le XXe siècle a mis fin au principe d’inégalité qui présidait aux rapports entre hommes et femmes. Il a clos, en Occident, une longue étape de l’humanité commencée il y a plus de 4 000 ans. Il est probable que les hommes se seraient mieux accommodés de l’égalité dans la différence, c’est-à-dire du retour à l’authentique complémentarité des rôles et des fonctions. Malheureusement pour eux, l’expérience de nos sociétés prouve que la complémentarité est rarement synonyme d’égalité et que la différence se transforme vite en asymétrie. L’époque n’est plus à la séparation primitive des sexes, mais au contraire au partage de tout par Elle et Lui.

 

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[1] Système social où le père – l’homme – a le rôle dominant.

[2] Périmées, dépassées.

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Extrait de La Femme Gelée d’Annie Ernaux ( proposé pour l’oral)

Dans La Femme gelée, oeuvre largement autobiographique, la narratrice montre les limites de l’émancipation féminine dans les années 60, pour comprendre comme une femme peut se trouver « encarcanée », dépossédée d’elle-même et de toutes ses aspirations. Mariée à un étudiant en droit pourtant plein de théories idéales sur l’égalité des sexes, elle est vite happée par un conditionnement imposé par la société et voit sa vie confisquée par toutes les tâches ménagères qu’elle est finalement seule à accomplir.

Le lecteur observe la jeune femme pleine d’enthousiasme et de curiosité pour les études et l’avenir, perdre peu à peu son élan, ses propres désirs de liberté et devenir comme tant d’autres une « femme gelée ».

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Un mois, trois mois que nous sommes mariés, nous retournons à la fac, je donne des cours de latin. Le soir descend plus tôt, on travaille ensemble dans la grande salle. Comme nous sommes sérieux et fragiles, l’image attendrissante du jeune couple moderno-intellectuel. Qui pourrait encore m’attendrir si je me laissais faire, si je ne voulais pas chercher comment on s’enlise, doucettement. En y consentant lâchement. D’accord je travaille La Bruyère ou Verlaine dans la même pièce que lui, à deux mètres l’un de l’autre. La cocotte-minute, cadeau de mariage si utile vous verrez, chantonne sur le gaz. Unis, pareils. Sonnerie stridente du compte-minutes, autre cadeau. Finie la ressemblance. L’un des deux se lève, arrête la flamme sous la cocotte, attend que la toupie folle ralentisse, ouvre la cocotte, passe le potage et revient à ses bouquins en se demandant où il en était resté. Moi. Elle avait démarré, la différence. Par la dînette. Le restau universitaire fermait l’été. Midi et soir je suis seule devant les casseroles. Je ne savais pas plus que lui préparer un repas, juste les escalopes panées, la mousse au chocolat, de l’extra, pas du courant. Aucun passé d’aide-culinaire dans les jupes de maman ni l’un ni l’autre. Pourquoi de nous deux suis-je la seule à me plonger dans un livre de cuisine, à éplucher des carottes, laver la vaisselle en récompense du dîner, pendant qu’il bossera son droit constitutionnel. Au nom de quelle supériorité. Je revoyais mon père dans la cuisine. Il se marre, « non mais tu m’imagines avec un tablier peut-être ! Le genre de ton père, pas le mien ! ». Je suis humiliée. Mes parents, l’aberration, le couple bouffon. Non je n’en ai pas vu beaucoup d’hommes peler des patates. Mon modèle à moi n’est pas le bon, il me le fait sentir. Le sien commence à monter à l’horizon, monsieur père laisse son épouse s’occuper de tout dans la maison, lui si disert19, cultivé, en train de balayer, ça serait cocasse, délirant, un point c’est tout. À toi d’apprendre ma vieille. Des moments d’angoisse et de découragement devant le buffet jaune canari du meublé20, des oeufs, des pâtes, des endives, toute la bouffe est là, qu’il faut manipuler, cuire. Fini la nourriture-décor de mon enfance, les boîtes de conserve en quinconce, les bocaux multicolores, la nourriture surprise des petits restaurants chinois bon marché du temps d’avant. Maintenant, c’est la nourriture corvée.

Je n’ai pas regimbé21, hurlé ou annoncé froidement, aujourd’hui c’est ton tour, je travaille La Bruyère. Seulement des allusions, des remarques acides, l’écume d’un ressentiment mal éclairci. Et plus rien, je ne veux pas être une emmerdeuse, est-ce que c’est vraiment important, tout faire capoter, le rire, l’entente, pour des histoires de patates à éplucher, ces bagatelles relèvent-elles du problème de la liberté, je me suis mise à en douter. Pire, j’ai pensé que j’étais plus malhabile qu’une autre, une flemmarde en plus, qui regrettait le temps où elle se fourrait les pieds sous la table, une intellectuelle paumée incapable de casser un oeuf proprement. Il fallait changer. À la fac, en octobre, j’essaie de savoir comment elles font les filles mariées, celles qui, même, ont un enfant. Quelle pudeur, quel mystère, « pas commode » elles disent seulement, mais avec un air de fierté, comme si c’était glorieux d’être submergée d’occupations. La plénitude des femmes mariées. Plus le temps de s’interroger, couper stupidement les cheveux en quatre, le réel c’est ça, un homme, et qui bouffe, pas deux yaourts et un thé, il ne s’agit pas d’être une braque22. Alors, jour après jour, de petits pois cramés en quiche trop salée, sans joie, je me suis efforcée d’être la nourricière, sans me plaindre.

« Tu sais, je préfère manger à la maison plutôt qu’au restau U, c’est bien meilleur ! » Sincère, et il croyait me faire un plaisir fou. Moi je me sentais couler. Version anglaise, purée, philosophie de l’histoire, vite le supermarché va fermer, les études par petits bouts c’est distrayant mais ça tourne peu à peu aux arts d’agrément. J’ai terminé avec peine et sans goût un mémoire sur le surréalisme que j’avais choisi l’année d’avant avec enthousiasme. Pas eu le temps de rendre un seul devoir au premier trimestre, je n’aurai certainement pas le capes23, trop difficile. Mes buts d’avant se perdent dans un flou étrange. Moins de volonté. Pour la première fois, j’envisage un échec avec indifférence, je table sur sa réussite à lui, qui, au contraire, s’accroche plus qu’avant, tient à finir sa licence et sciences po24 en juin, bout de projets. Il se ramasse sur lui-même et moi je me dilue, je m’engourdis.

Quelque part dans l’armoire dorment des nouvelles, il les a lues, pas mal, tu devrais continuer. Mais oui, il m’encourage, il souhaite que je réussisse au concours de prof, que je me « réalise » comme lui. Dans la conversation, c’est toujours le discours de l’égalité. Quand nous nous sommes rencontrés dans les Alpes, on a parlé ensemble de Dostoïevski25 et de la révolution algérienne. Il n’a pas la naïveté de croire que le lavage de ses chaussettes me comble de bonheur,il me dit et me répète qu’il a horreur des femmes popotes.

Intellectuellement, il est pour ma liberté, il établit des plans d’organisation pour les courses, l’aspirateur, comment me plaindrais-je. Comment lui en voudrais-je aussi quand il prend son air contrit d’enfant bien élevé, le doigt sur la bouche, pour rire, « ma pitchoune, j’ai oublié d’essuyer la vaisselle… » tous les conflits se rapetissent et s’engluent dans la gentillesse du début de la vie commune, dans cette parole enfantine qui nous a curieusement saisis, de ma poule à petit coco, et nous dodine26  tendrement, innocemment.

 

Annie Ernaux, La Femme gelée. Éditions GALLIMARD.

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