12juin

Analyse du poème « Sur un tombeau » Tristan L’Hermite

le poème : François Tristan L’HERMITE 1601 – 1655 Sur un tombeau   Celle dont la dépouille en ce marbre est enclose  Fut le digne sujet de mes saintes amours.  Las ! depuis qu’elle y dort, jamais je ne repose,  Et s’il faut en veillant que j’y songe toujours. Ce fut une si rare et […]

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10juin

Analyse : extrait, Britannicus JEAN RACINE

  Analyse :                     Britannicus JEAN RACINE                                                       acte IV, scène 3 Introduction : Racine est un dramaturge classique, influencé par le jansénisme de Port-Royal, et  qui a porté la tragédie à son niveau le plus fini. Si cette tragédie est tirée de l’histoire romaine, cette intrigue mêlant les confrontations politiques pour le pouvoir et […]

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10juin

analyse Notre Vie , Eluard , Le temps déborde

  Analyse  « Notre vie » , Le temps déborde….. ELUARD Introduction: Poète surréaliste puis engagé dès la seconde guerre mondiale, Eluard participe à la modernité poétique. Sa poésie est porteuse d’espoir et célèbre le bonheur et l’amour même dans les moment les plus sombres d’un monde qu’il sait malade.  Pourtant , en 1946, sa femme , […]

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23mai

Analyse Ubu roi , Jarry 1896 Acte III scène 2

Analyse                             Ubu roi , Jarry 1896                                                           Acte III scène 2 introduction de l’extrait : Père Ubu arrive au pouvoir après avoir tué le roi Venceslas. Cependant il ne se trouve pas assez riche il décide donc de tuer les nobles et de prendre leur richesse dans cette scène il passe les nobles à […]

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21mai

analyse UBU ROI Acte II scène 5

Texte 11 :                                      Ubu roi,  Jarry (1896)                                                                                     Acte II,  Scène 5   introduction de la scène : la reine et son fils Bougrelas ont pu échapper au massacre et se sont sauvés. Cependant la reine meurt de désespoir. Les entrées : la parodie, le désespoir de Bougrelas, la relation entre bougre lasse et la […]

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21mai

analyse : comme on voit sur la branche……

«Comme on voit sur la branche… » Nouvelle continuation de amours (1556), « sur la mort de Marie » Pierre de Ronsard Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose En sa belle jeunesse, en sa première fleur Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur, Quand l’Aube de ses pleurs au point du […]

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09mai

Introductions corpus sur le tyran au théâtre

Introductions   Angelo Tyran de Padoue Victor Hugo s’essaya au théâtre avant même d’être romancier  ou poète. Très jeune, il fait parti du cénacle des romantiques et,  dans la préface de Cromwell, il développe  son concept du drame romantique. Lorsqu’il écrit Angelo tyran de Padoue , en 1835  il est à la fois influencé par […]

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27avr

Analyse Le Lac de Lamartine

Analyse de texte : le lac Lamartine                             (introduction donnée à part) les entrées : le temps qui passe la nature la relation poète femme (l’amour, l’énonciation, lyrisme romantique le temps qui passe c’est un poème orphique dans lequel le poète pleure la perte de la femme aimée et regrette le temps où il était à […]

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01avr

Ubu roi , Alfred Jarry ; acte I scène 1

Ubu roi , Alfred Jarry Introduction générale : La pièce Ubu roi a été écrite par Alfred Jarry en 1888, et sa première représentation publique véritable a lieu en 1896. L’histoire d’Ubu  a été créée par des étudiants dont faisait parti l’auteur afin de se moquer de l’un de leurs professeurs,  Monsieur Hébert. Cette farce […]

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01avr

Analyse de l’excipit de W ou le souvenir d’enfance ; Perec

Texte 9 :                 W ou le souvenir D’enfance, George  Perec                                                     chapitre 36 : L’Excipit  (p219) Introduction de l’extrait : Cet extrait est l’Excipit de « W » au chapitre 36. Il est suivi cependant au chapitre 37 de l’Excipit du « Souvenir ». Le croisement de ces deux chapitres nous donne la clé de W ou le souvenir […]

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Analyse du poème « Sur un tombeau » Tristan L’Hermite

le poème :

François Tristan L’HERMITE
1601 – 1655

Sur un tombeau

 

Celle dont la dépouille en ce marbre est enclose 
Fut le digne sujet de mes saintes amours. 
Las ! depuis qu’elle y dort, jamais je ne repose, 
Et s’il faut en veillant que j’y songe toujours.
Ce fut une si rare et si parfaite chose 
Qu’on ne peut la dépeindre avec l’humain discours ;
Elle passa pourtant de même qu’une rose, 
Et sa beauté plus vive eut des termes plus courts.
La Mort qui par mes pleurs ne fut point divertie 
Enleva de mes bras cette chère partie 
D’un agréable tout qu’avait fait l’amitié.
Mais, ô divin esprit qui gouvernais mon âme, 
La Parque n’a coupé notre fil qu’à moitié, 
Car je meurs en ta cendre et tu vis dans ma flamme.

 

Analyse de texte : « Sur un tombeau », les plaintes d’acanthe, Tristan L’hermitte

 

introduction :

 Tristan L’hermitte est un auteur de la première moitié du XVIIe siècle qui s’est fait connaître de son temps par son œuvre dramatique. Ce sont pourtant ses œuvres poétiques qui sont passées à la postérité. Sa poésie lyrique est précieuse et remise à l’honneur au XIXe siècle avec la découverte du baroque.

Ce poème est extrait de les plaintes d’acanthe, recueil élégiaque publié en 1635. Il est consacré à la mort de Phyllis une jeune fille que le poète aimé mais dont la main lui fut refusée.

 Les entrées : la femme ; la relation poète/femme ; la mort ; le temps qui passe.

 La femme :

 Ce poème orphique évoque la femme aimée et trop vite partie. Dès le premier vers la situation est posée avec l’évocation de la jeune femme morte : « celles dont la dépouille… ». De nombreuses périphrases sont utilisées par le poète pour parler de la femme aimée. On remarque que ces périphrases insistent toutes sur le caractère pur et respectueux de leur amour et sur le caractère exceptionnel et divin de la jeune femme ainsi :

-« celles dont la dépouillant ce marbre est enclose » (V 1) : cette première périphrase présentent la jeune femme en même temps que la situation et donne le ton au poème.

- De même la périphrase « une si rare et si parfaite chose / qu’on ne peut la dépeindre avec l’humain discours » (V 5/6) qui divinise la jeune femme notamment grâce aux hyperboles et en expliquant qu’aucun mot n’est à la hauteur de la jeune femme pour la décrire.

-et encore  au vers 12 : « cette chère partie d’un agréable tout qu’avait fait l’amitié »  les termes « chère », « agréable », « amitié » mettent en relief le respect et l’amour pur du poète. -Enfin la dernière périphrase (vers 12) « divin esprit qui gouvernais mon âme » est aussi tout à fait caractéristiques de la préciosité et divinise encore Phyllis .

On remarque la comparaison déjà classique au XVIe siècle de la femme avec la fleur, notamment la rose qui est la reine des fleurs, comparaison utilisée notamment par Ronsard dans le cadre du carpe diem et qui montre le caractère fragile et éphémère ainsi que la beauté de la femme : « elle passa pourtant de même qu’une rose, et sa beauté plus vive eut  des termes plus courts » (V 7/8) cependant le poète utilise le comparatif de supériorité « plus vive » qui insiste sur la beauté supérieure de la femme et qui s’associe aux termes hyperboliques  « si rare et si parfaite » (V 5). On peut enfin relever que les premiers mots du poème présentent la jeune femme morte alors que les derniers mots la font revivre « tu vis dans ma flamme ».

 

 La relation du poète et de la femme :

 

Leur relation est à la fois respectueuse et forte. Tout d’abord respectueuse et précieuse ainsi que le montrent les expressions « saintes amour » (V 2), « amitié » (V 11) ainsi que les adjectifs « dignes » (V 2), « chère » (V 10), « saintes » . Mais c’est aussi une relation très forte, puissante  puisque le poète et la jeune femme ne forme qu’un et que cette unicité dépasse la mort.

On remarque qu’avant la mort le couple apparaît comme « un agréable tout » (V 11) Phyllis  est présentée comme « une partie » on a aussi le terme « moitié » (V 13) et enfin on apprend au vers 13 que les deux « amants » ont un seul fil de vie à deux « notre fils » ce qui montre qu’ils ne forment qu’un et témoigne de la puissance de leur amour.

La mort de l’un atteint donc l’autre, et  tandis que le poète transmet la vie à la jeune femme lui-même semble mourir un peu. En effet, dès le premier quatrain le poème utilise les antithèses et semble les mélanger pour évoquer la vie du poète et la mort de la jeune femme ainsi : « elle y dort », et « je ne repose » et ainsi que « en veillant », « j’y songe » ainsi que les adverbes « jamais » et « toujours » (V3/4) comme si la vie et la mort étaient donc étroitement mêlés.  On remarque que le poète utilise  l’euphémisme du verbe « dormir » pour évoquer la mort,  et le verbe « songer » habituellement associé au sommeil,  est  ici associé au verbe « veiller ».

Mais c’est surtout dans le dernier vers construit à la fois sur un chiasme et sur un parallélisme (chiasme .  je, ta/tu, ma), (parallélisme : je meurs/tu vis et en ta cendres/dans ma flamme) ; de plus le chiasme montre que la femme à laquelle il s’adresse « ta/tu » (termes B du chiasme abba) est contenu par le poète avec les termes A c’est-à-dire « je/ma » ce qui renforce le sens même du vers.  Cette osmose apparaît aussi avec l’utilisation des prépositions « en » et « dans ». Enfin, le poète semble totalement soumis à son amour ce qu’il évoque dans le vers 12 « divins esprits qui gouvernais  mon âme ». On remarque aussi , qu’à aucun moment le poète n’évoque une réciprocité de l’amour (on sait que les parents de la jeune fille avaient refusé sa main au poète) la seule évocation presque charnelle de leur relation apparaît au vers 10 « enleva de mes bras » et laissent imaginer la jeune femme dans les bras du poète.

Enfin, si le poète parle de son aimée et de son amour au passé, que ce soit le passé simple « fut »(V2) ou  l’imparfait « gouvernait » (V 12) en revanche,  le dernier vers est au présent ce qui semble montrer que l’amour du poète est plus fort que la mort.

 

 La mort :

 Dans ce poème la mort est allégorisée notamment au vers 9 « la mort qui par mes pleurs… », « enleva » (V 10) mais aussi à travers l’image de la parque. On remarque dans les deux cas que la mort ne semble avoir ni empathie ni compassion : « par mes pleurs ne fut point divertie » (V 9) et utilisation du verbe « couper » qui montre une action déterminée et brusque.

En effet le poète décrit la mort de la jeune fille avec des verbes au passé simple qui montre la rapidité de la mort et son caractère irréversible tel que « Elle passa » (V 7) ou encore «enleva de mes bras » (V 10) « la parque n’a coupé » (V 13). On remarque que le poète utilise fréquemment des euphémismes pour parler de la mort telle que « elle y dort » (V 3) ou encore « elle passa » (V 7) ou « eu des termes plus courts », « enleva de mes bras » (V 10). Il utilise aussi des métaphores telles que «a coupé notre fil » en revanche dans le premier vers la mort est évoquée de manière beaucoup plus crue avec les termes « dépouille » ou « enclose » du vers 1. La comparaison classique de la femme à la rose ne sert pas ici la notion du carpe diem.

 

Le temps qui passe

 Le temps qui passe est évoqué de deux manières différentes tout d’abord par son caractère rapide (précisément du temps qui passe) pour l’homme « elle passa pourtant de même qu’une rose » (V 7) ou « eu des termes plus courts » (V 8) dans ce poème ce n’est pas le temps qui passe mais bien la femme,  puisque ce verbe de mouvement est employé pour elle : « elle passa ». La rapidité est marquée à la fois par le  passé composé « a coupé » et le passé simple qui tous deux indiquent une action rapide.

En revanche pour le poète l’amour lui est éternel on le remarque avec le présent utilisé dans le dernier vers. Pour le poète le temps se décompose en deux parties : la vie avant la mort et la vie après la mort de la jeune femme ce qui est exprimé par « depuis que » (V 3) le présent est le temps associé à la mort : « elle y dort »(v3), « je meurs » (v 14).  Les adverbes « Jamais » et « toujours »  évoquent,  eux,  des temps très longs ; le passé composé est utilisé pour parler de la mort et exprime la brutalité et la rapidité ,  tandis que l’imparfait évoque leur amour et le present du dernier vers montre qu’il y a un prolongement de l’amour dans l’avenir.

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Analyse : extrait, Britannicus JEAN RACINE

 

Analyse :                     Britannicus JEAN RACINE

 

                                                    acte IV, scène 3

Introduction :

Racine est un dramaturge classique, influencé par le jansénisme de Port-Royal, et  qui a porté la tragédie à son niveau le plus fini. Si cette tragédie est tirée de l’histoire romaine, cette intrigue mêlant les confrontations politiques pour le pouvoir et l’amour n’est pas étrangère à ce qui se passe à la cour de Louis XIV. Britannicus, qui reste une des pièces les plus représentées de Racine,  met en scène la naissance d’un tyran, Néron,  qui convoite Junie amoureuse de son frère Britannicus et n’hésite pas à faire empoisonner ce dernier après avoir arrêté Agrippine sa propre mère. Dans cette scène Néron dévoile à Burrhus son gouverneur , stupéfait ,  son projet de meurtre.

 

les entrées : Néron, le pouvoir absolu, la violence, la relation Néron/Burrhus

Néron :

Néron apparaît dans cette scène comme foncièrement mauvais et surtout hypocrite,  que ce soit par rapport à sa mère ou à son demi-frère. En effet dans les deux premiers vers, on se rend compte qu’il a fait semblant de céder à sa mère et de se réconcilier avec son frère pour pouvoir mieux les vaincre.

Les explications sont données sur un registre didactique avec l’utilisation des « : » et servent  une fausse concession avec « oui… mais » dans laquelle  » le mais » s’oppose totalement au « oui ».  Il y a donc une antithèse entre les deux hémistiches du vers 2, entre  » embrasse » et « étouffer » et donc entre l’apparence et la réalité. De plus ces deux verbes associés évoquent l’image d’un serpent,  animal à la réputation perverse et hypocrite. C’est un personnage qui ne semble avoir aucune empathie. Ni envers sa mère qu’il appelle ,au vers 4 , par son nom : «Agrippine »  , comme s’il tentait de mettre ainsi  une distance entre lui et elle . De plus les propos qu’il tient à son égard ne montrent aucune affection,  au contraire « elle se hâte trop » (V 1),  « elle m’a fatigué » (V 6), « sa coupable audace » (V 7), « les fureurs d’Agrippine » (V 4). Il ne veut plus avoir à rendre des comptes à sa mère,  il cherche à en être délivré . Lorsqu’il parle de sa mère il insiste sur l’exagération qu’elle met dans sa défense de Britannicus et utilise deux fois l’adverbe hyperbolique  « trop » (V1,3).

 Assassiner Britanicus lui permettrait ainsi de couper le cordon avec sa mère. Lorsque Burrhus s’inquiète de la douleur probable d’Agrippine à la mort de Britannicus « elle va donc bientôt pleurer » (V9) Néron ne réagit pas, ne s’intéresse pas aux sentiments de sa mère et ne répond que sur la mort de Britannicus. On se rend compte aussi que par rapport à son demi-frère,  il n’a aucun sentiment fraternel. Il ne prononce d’ailleurs jamais son nom , utilise des synonymes tels que « mon rival » (V 2),ou la périphrase « ce nom ennemi » (V 6). Même pour son peuple, pour sa cour,  il ne ressent aucune empathie ainsi : « suis-je leur empereur seulement pour leur plaire » (V24). De plus Néron est dans l’immédiateté  de sa volonté : « avant la fin du jour » (V10) enfin Néron est un égoïste , égocentrique ce qui paraît tout à fait évident dans l’accumulation (V 12) avec la répétition du déterminant possessif « ma gloire, mon amour, ma sûreté, ma vie. ». Néron est donc un personnage qui a tous les attributs du tyran : l’égocentrisme, l’égoïsme, le manque d’empathie,  la cruauté et le caprice.

 

Le pouvoir absolu :

 

Si Néron a toutes les caractéristiques du tyran,  il exerce évidemment un pouvoir absolu. Dans l’accumulation (12) le mot « gloire » est mis en exergue par sa place en début de vers et par la prononciation du » e » muet. On remarque dans sa manière de parler l’exercice du pouvoir  «il faut que » (vers 3), et l’utilisation du futur de l’indicatif qui montre qu’il n’a aucun doute sur l’avenir « je ne le craindrai plus » (V 10) et sa manière d’apostropher Burrhus  au vers 15.  Il refuse d’imaginer que la femme qu’il désire puisse être à  un autre « je ne sais quel amour que le hasard nous donne et nous ôte en un jour ? » (V 21/22). Rien ne semble arrêter sa volonté ni le lien maternel, ni le lien fraternel ni son devoir d’empereur il est prêt à accomplir l’inacceptable et Burrhus  en est choqué et il l’exprime : « horrible dessin » (V 13), « sans frémir » (V 16), « dans quel sang , vous allez vous baigner ? » (V 17)

 

La violence :

 

La violence est une des caractéristiques du tyran et ce dialogue ne fait pas exception. Dès la première réplique,  il évoque l’assassinat avec le verbe « étouffer » dans une proposition concessive  qui fait de cette mort un but . Même si il n’utilise pas directement le terme « mort » elle est présente dans tout le dialogue avec par exemple le mot « ruine » (V 3) mis en valeur pas la la diérèse en fin de vers. De même , il utilise une sorte de litote pour parler de sa mort « tant qu’il respirera » (V5) ou encore l’euphemisme  (V 10)  « je ne le craindrais plus » si les mots de Néron cherchent à atténuer la portée de son geste,  Burrhus, lui, cherche à le replacer devant sa propre violence et va donc au contraire amplifier l’horreur du crime projeté avec,  tout d’abord,  « horrible » (vers 13) qui est un adjectif hyperbolique ou encore avec la métaphore du vers 17 « dans quel sang vous allez vous baigner » et enfin il utilise le registre pathétique pour provoquer la compassion de Néron face à sa mère : « elle va donc bientôt pleurer » (9)

 

 

la relation Burrhus et Néron :

 

Dans cette scène nous voyons la supériorité de l’empereur Néron qui s’adresse à Burrhus comme à un subalterne.  Il le rappelle à l’ordre « Burrhus ! » (V 15) mais en même temps il reste son confident et précepteur donc il prend le temps de s’expliquer « c’en est trop : (V 3) » suivie d’une longue explication jusqu’au vers 8 ou encore dans sa dernière réplique du vers 20 au vers 24 et utilise des interrogations rhétoriques pour tenter de convaincre Burrhus. On se rend compte ainsi qu’il tient à l’avis de Burrhus. De son côté Burrhus montre un profond respect pour Néron mais aussi une réelle affection. Il n’imagine pas que Néron puisse si mal se comporter, il n’arrive pas à y croire !  Ainsi on a une mise en incise de « quoi que vous disiez » (vers 13) et l’affirmation hyperbolique « ne fut jamais » qui montre ceci.

On remarque la surprise de Burrhus face à ce nouveau Néron avec les exclamations telles que « quoi, seigneurs ! » (V 3), « au ciel ! » (V 15). Burrhus  reste attaché à l’image d’un Néron bienveillant « Néron dans tous les cœurs est-il las de régner ! » (V 18), on relève aussi utilisation de l’hyperbole « tous ». Burrhus tente de raisonner Néron « songez-vous » (V17), « que dira-t-on de vous ? » Quelle est votre pensée ? » (V 15). Même s’il a beaucoup de déférence envers Néron il ne semble pas réellement le craindre. Il lui répond même après le rappel à l’ordre et commence même au vers 13 sa phrase par « non », Il ose donc s’opposer à son empereur.

Tout cela est le signe d’une relation forte et profonde entre ces deux personnages. (Rappelons que Burrhus a élevé Néron).

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analyse Notre Vie , Eluard , Le temps déborde

 

Analyse  « Notre vie » , Le temps déborde….. ELUARD

Introduction:

Poète surréaliste puis engagé dès la seconde guerre mondiale, Eluard participe à la modernité poétique. Sa poésie est porteuse d’espoir et célèbre le bonheur et l’amour même dans les moment les plus sombres d’un monde qu’il sait malade.  Pourtant , en 1946, sa femme , Nush, qu’il aime avec passion, meurt brusquement alors qu’il entamait à peine l’écriture de son recueil : Le temps déborde qui lui était dédié. Les poèmes qui suivent expriment alors sa douleur et son désespoir. C’est le cas de cet émouvant poème .

 

Les entrées : Nush, l’amour, la mort, l’absence, le temps , la souffrance

Nush:

Dès le premier vers le poète s’adresse à Nush « tu »(v1) son lien avec le poète est symbolisé par le possessif « notre vie »  (ils n’ont qu’une vie à deux  : cf le poème sur un tombeau de Tristant l’Hermite) repris au vers 6 à l’ouverture du second quintile. De plus l’expression est attribuée au poète au vers 1 alors qu’au vers 6 c’est Nush qui le dit : « disais tu «  les deux voix se répondent donc comme en écho.

Nush apparait être une femme pleine de vie et de joie de vivre : « si contente de vivre »  avec l’adverbe hyperbolique qui accentue cette qualité chez Nush. La vie avec elle semble vraiment heureuse , les moments évoqués sont associés au bonheur des commencements  « aurore » (v4)(commencement du jour)  ou « un beau matin de mai » (v4)(naissance du printemps)  et la jeune femme semble ancrer  le poète (qui vit par les mots) à la vie réelle . En effet, c’est une femme vivante (au sens figuré du mot) sa générosité apparaît dans le choix des verbes « tu l’as faite » (v1) , « donner la vie »(v7) . Sa relation à la vie est donc très forte  c’est elle qui fait la vie ou qui la donne .  Dans le troisième quintile  Nush est nommée, à la césure, mise en valeur par sa place entre deux adjectifs opposés  et très porteur de sens  : « visible »/ »invisible » ce qui souligne son absence .

 C’est ensuite une « Nush » morte  qui est évoquée notamment avec le froid « neige »  qui évoque aussi bien la pureté que la pâleur, mais aussi « dure » (v11)  .  Nush qui était porteuse de vie pour le poète l’a emportée avec elle . Le poète en plus de sa douleur, semble privé de ses sens : « aveugle  » silence« .

 

 

La mort :

 

Ce poème qui évoque la mort de la femme aimée commence , paradoxalement, par la vie « notre vie »(v1) .

En fait, dans le premier Quintile,  la mort surgit chaque fois que le poète évoque le bonheur ou la vie . Ainsi le premier alexandrin alterne un hémistiche sur la vie et, sans transition (ni ponctuation), un hémistiche sur la mort « elle est ensevelie ». Ensuite le vers 3 est une évocation de la mort,  qui suit  « un beau matin de mai »  de même,  le vers 5 qui parle explicitement de la mort suit le vers 4  qui lui évoque « 17 années » de bonheur.

Après deux vers sur la vie (v 6 et 7) tout le reste du poème est consacré à la mort . c’est le vers 8 qui fait définitivement basculer dans la mort.

La mort est allégorisée  , elle agit comme une personne « entre » (v5) « vient » va »(v9), « boit et mange »(v10) Elle est présente « visible »(v10) .  Elle semble exécuter une sorte de danse macabre  autour du poète avec un vers ternaire (rythme de la valse) et la mort en anaphore de chacun des trois hémistiches. Cela semble traduire une sorte de vertige . Mais la mort va plus loin elle semble  vampiriser le poète  « boit et mange à mes dépens »(v10).

La mort est aussi évoquée à travers l l’image de l’enterrement en effet le poète associe le champ lexical de l’enfermement et la terre, avec des expressions  qui évoquent l’enterrement : au vers 3 « la terre a refermé » ou au vers 13 « sous la terre »

Mais la mort de Nush semble partagée par le poète (il meurt un peu lui aussi) ainsi lorsqu’il dit « et la mort entre en moi » (V 5) ou lorsqu’il utilise l’oxymore « la mort vécue » (vers 9) ou au vers 10 « à mes dépens », ou enfin lorsque la métaphore du masque de neige est évoquée à la fois « sur la terre »,  donc pour le poète,  et « sous la terre » donc pour Nush (V 13). La mort du poète est surtout , et avant tout , celle de ses sens , ainsi la vue : « aveugle » (V 14), les termes de « soif » et « faim » (vers 11) montrent l’impossibilité d’utiliser le goût (en effet cela sous entend ne pas boire et ne pas manger)  tandis que « la neige » semble montrer un engourdissement du toucher et enfin le dernier mot « silence » montre la mort de L’ouie . Les sens représentant tout ce qui est concret dans la vie, le réel (c’est à dire: ce que l’on voit, ce que l’on touche, ce que l’on entend, ce que l’on sent, ce que l’on goûte); la mort des sens  signifie bien l’impossibilité pour le poète de vivre en dehors de Nush. Pour terminer,  on remarque les très nombreuses occurrences du mot « mort » aux vers 8/9/5/10/11 ainsi que le terme « dissout » qui plus encore que la mort est une sorte d’effacement. La répétition du mot mort et le rythme particulier du poème évoque une sorte de litanie (prière).

 

l’absence :

La mort de Nush est sensible aussi dans son absence;  ainsi on retrouve au vers 11 « Nush invisible » on remarque aussi que Nush , au vers 11,  est inscrite entre deux adjectifs  visibles/invisibles qui donnent l’impression de la présence marquée d’une   »absence ». L’utilisation des temps du passé, lorsqu’il parle de Nush et de leur vie à deux, tel que le passé composé « a refermée », « tu l’as faite »  évoque une action terminée,  tandis que le présent est utilisé pour montrer cette absence (absence de mots et de vie) avec « je fais place au silence » ou encore absence de mémoire « mon passé ce dissout » (V 15)

Les termes de « soif » et « faim » ( associés à l’absence de nourriture et de boissons, éléments vitaux)  permettent  une comparaison avec Nush  grâce à un comparatif de supériorité « plus dure que » (vers 11/12). Enfin l’expression du vers 5 « entre en moi comme dans un moulin » donne l’impression que le poète est vide à l’intérieur.

 

La souffrance :

 La souffrance du poète apparaît tout d’abord dans sa déclaration d’amour (cf entrée sur l’amour) et dans le fait qu’il participe à la mort de Nush (cf entrée sur la mort). La souffrance du poète apparaît de deux manières : souffrance physique et souffrance morale

- souffrance physique tout d’abord puisque le poète semble être devenu la proie d’un vampire « boit et mangea mes dépens » (V 9) ou encore « la soif et la faim » ou enfin avec les adjectifs « durs » (V 11) ou « épuisé » (V 12).

- Souffrance morale ensuite qui apparaît au vers 14 « source des larmes » ou dans le dernier hémistiche du dernier vers de la dernière strophe « je fais place au silence » qui semble caractéristique de cette souffrance morale.

 

Le temps :

La notion du temps est très importante dans ce poème puisque c’est le titre même du recueil Le temps déborde.  En effet le temps a débordé avec le jour de trop,  celui de la mort de Nush.  Cette date, donnée d’ailleurs dans un des poèmes du recueil, correspond à la frontière qui va marquer l’avant et l’après.

On remarque notamment dans le poème un vers central  (le vers 8) qui coupe le poème en deux avec un connecteur d’opposition « mais » et qui fait basculer du côté de la mort, le sens même de ce vers. Ainsi « mais la mort a rompu l’équilibre du temps » montre que le temps a basculé du côté de la mort. Avant ce vers 8,  est évoqué le temps passé ensemble. On a tout d’abord la naissance de cette vie « un beau matin de mai » (V2) ( effectivement Paul Éluard a rencontré Nush un matin au mois de mai et lui a offert un petit-déjeuner). C’est pourquoi on remarque que les indices temporels sont tous des indices de « début » , de commencement,  » Aurore », « matin », « mai » (V 2) et encore « Aurore » (V 4). L’espace-temps de leur vie ensemble est donné au vers 4 « 17 années » on remarque aussi le vocabulaire associé à la vie et à la création « notre vie » (V 1/6) ou vivre » (V 6) ou encore « la vie » (V 7) ainsi que l’énergie créatrice de « tu l’as faite » (V 1) ou encore « de donner la vie » (V 7).

Le temps lui semble s’être arrêté au vers 8,  ainsi à partir du vers 9,  on remarque : soit des vers sans verbe conjugué donc sans possibilité de voir évoluer le temps (Les temps verbaux permettant de classer les événements et donc  de concrétiser le temps qui passe) comme dans les vers 11/12/13 et 14;  tandis que les rares verbes conjugués sont au présent et concernent uniquement la mort « viens », « va », « boit », « mange » (V 9/10) alors qu’au vers 15, le présent est utilisé pour montrer que le temps s’est arrêté (il n’y a plus ni passé ni avenir) : « mon passé se dissout ». Les dernières paroles du poète « je fais place au silence » semblent installer une sorte d’éternité de la mort (car le silence régnera dans l’avenir).

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Analyse Ubu roi , Jarry 1896 Acte III scène 2

Analyse                             Ubu roi , Jarry 1896

                                                          Acte III scène 2

introduction de l’extrait :

Père Ubu arrive au pouvoir après avoir tué le roi Venceslas. Cependant il ne se trouve pas assez riche il décide donc de tuer les nobles et de prendre leur richesse dans cette scène il passe les nobles à la trappe nobles où ils doivent être décervelés.

 

Les entrées : la férocité, la vénalité, le comique, la critique du pouvoir absolu

 

la férocité :

 

Dans cette scène père Ubu est si féroce que même mère Ubu semble choquée elle lui dit à plusieurs reprises « Quelle basse férocité » (L 15), ou « tu es trop féroce » (L 32) dans les deux cas elle souligne l’exagération soit avec l’adverbe « trop » soit avec l’adjectif péjoratif « basse ».

Le vocabulaire utilisé dénote d’une réelle violence telle que « crochet » « couteau » (L1) le verbe « décerveler » (L9) ou l’adverbe « brutalement » (L 2).

En plus l’utilisation du mot « noble » subit ici une sorte de réification , on le remarque notamment par l’utilisation de la préposition « à » dans « crochet à nobles », « caisse à nobles », couteau à nobles », « bouquin à nobles » (L 1–2). De plus le début insiste sur l’idée de mort: « faire périr » (L4), « condamné à mort » (L8), « faire exécuter » (L42). On remarque qu’ils maltraitent les nobles « brutalement »(L2) Il les interpelle avec des surnoms péjoratifs tels que « Bouffre » (L16) Il les insulte et les tutoie « tu as une sale tête » (L19).

Mais cette férocité laisse en plus un sentiment d’injustice et d’absurdité. Ainsi, si les riches sont assassinés pour leur argent « condamné !» (L 14) ou « dans la trappe » (L 18 ou 23), ils le sont aussi sans aucune raison, ainsi lorsqu’ un noble, le prince de Podoli  affirme « je suis ruiné » (L 26) ou que le Margrave de Thorn est présenté comme avec très peu de bien « ce n’est pas lourd » (L29),  la condamnation reste la même : « dans la trappe » (27 et 31).

Enfin on remarque qu’il y a une gradation dans cette férocité, dans ce besoin de tuer. La scène commence par l’assassinat des nobles un après l’autre « le premier noble » (L 7), « second noble » (L 16)   »troisième nobles » (L 28 et18) etc…  Puis on passe à « tous les nobles » (L42) ce qui est confirmé par la didascalie : «on empile les nobles dans la trappe » (L43).

 

La vénalité :

on sait que deux choses sont importants pour père Ubu : SA Gidouille (c’est-à-dire son ventre, manger,) et l’Argent. C’est notamment en s’appuyant sur cette vénalité que mère Ubu l’a convaincu d’assassiner le roi ; d’ailleurs, il le dit de manière explicite, il a tué le roi Venceslas pour l’argent : « pour enrichir », « prendre leurs biens » (L 4–5).

Ainsi au début de la scène (L 4) il parle d’enrichir le royaume mais rapidement il se dévoile et (L41/42), « je ne finirai pas de m’enrichir », « j’aurai tous les biens » (L42)

Les questions que pose le père Ubu aux nobles, avant de les assassiner, portent toujours sur les finances : «de combien sont tes revenus ? », « quels sont tes revenus ? » et ceci à cinq reprises et à chaque fois il s’assure : « tu n’as rien autre chose? ». Sa vénalité est telle que pour lui il n’y a pas de petits profits : « mieux vaut peu que rien » (L 31).

On remarque qu’il y a, à la fois, un lien de complémentarité et un lien d’opposition entre la noblesse et l’argent

–        complémentarité car c’est un titre de noblesse qui correspond à une terre. Cc sont donc des revenus pour père Ubu,  qui leur demande leur titre afin de connaître leurs revenus. Ainsi il a hérité de nombreuses terres qui sont énumérées dans les lignes suivantes ; c’est une accumulation de biens.

-          Il y a opposition,  puisque père Ubu est présenté comme vénal, mettant l’argent au-dessus tout mais sans aucune noblesse alors que les nobles mettent leur titre bien avant leur richesse ainsi le Margrave de Thorn déclare « cela ne suffisait » (L 30).

Enfin l’importance de sa richesse personnelle est relevée par Ubu lui-même lorsqu’il demande qu’on lui fasse la liste et qu’il utilise alors des déterminants possessifs tous marqués par une majuscule et donc prononcée sur scène avec exagération : « Ma liste de Mes biens » répété  2 fois (L33/34).

 

Le comique :

 

Cette scène de meurtre reste avant toute une scène de comédie. Tous les ressorts du comique sont utilisés : comique de situation (faire passer à la trappe les nobles), comique de langue avec des termes utilisés tels que « la chambre à sous » (L 13), « le pince port (L 8) qui sont des termes inventés choisis pour leur portée comique. Le registre familier en décalage total avec une scène de meurtre et avec la royauté apparaît dans des formulations telles que « tu n’as rien autre chose ?» (L 21) ou encore « qu’as-tu à pigner? » (L 31) ou encore « bouffre »(L16), « stupide bougre » (L36). On remarque aussi le comique de répétition avec à chaque fois premier noble, second noble,… et la question répétée « qui es-tu » (L 10, 16,19…) il y a aussi une répétition de la scène de la trappe avec « dans la trappe » (L 18,23, 27,31…)

Le rythme des répliques participe aussi du registre comique avec de très courtes répliques, des stichomythies , entre père Ubu et les nobles. Enfin l’absurde de cette scène vient  du caractère même, monstrueusement absurde,  de cette scène, ce qui  participe du comique : tuer les gens pour leur argent c’est monstrueux….  mais les tuer à la file comme des poulets cela devient absurde. Même la mère Ubu,  qui pourtant l’a poussé à assassiner le roi,  est écœurée par les actes d’UBU. L’exagération ici prend une portée comique.

 

Le pouvoir absolu :

 

-          Père Ubu est une caricature de dictateur dont il reprend, en exagérées, toutes les caractéristiques

Notamment celles de l’utilisation malveillante de ce pouvoir absolu. Les décisions sont prises par lui seul , et appliquées immédiatement .On le voit tout d’abord,  par l’utilisation du futur proche « je vais faire périr (L 4) ou « je vais faire exécuter » (L42) ou encore « je vais réformer » (L46). Ce besoin d’être obéi dans l’immédiateté est une des caractéristiques du pouvoir absolu : le tyran n’attend pas.

Il y a, de plus, une utilisation exagérée du « je » ainsi , par exemple « j’ai l’honneur » (L 4) je les passerai » (N 8).

Ubu est à la fois le décisionnaire, le procureur, (puisque c’est lui qui pose les questions « de combien sont tes revenu? »)  et le juge puisque c’est lui qui condamne « condamné!» (L 14) et exécuteur on le voit dans la didascalie « il le prend avec un crochet et le passe dans le trou » (L 14). Comme tous les tyrans, Ubu aime donner des ordres il y a donc de nombreux impératifs dans cette scène dès la lignes 1 « apportez », « faites avancer » (L 2), « passez-moi » (L 7), « lisez » (L) ainsi que beaucoup d’autres d’impératifs. Une autre des caractéristiques habituelles du tyran c’est le caractère inique des décisions on le remarque avec des expressions telles que « je n’en demande pas plus long »(L18) ou encore « pour cette  mauvaise parole ,passe dans la trappe »(L27). Il y a donc un pouvoir absolu sans aucune séparation des pouvoirs ce qui est confirmé

« après quoi nous réformerons les finances »( il s’attaque donc aussi bien à la réforme des finances que de la justice).  Il est mégalomane ce qui est perceptible avec « comme je ne finirai pas de m’enrichir », « tous les nobles, tous les biens vacants » il est aussi égocentrique et égoïste ce qu’on a pu voir avec la répétition de « Ma liste de Mes bien » et le passage de « pour enrichir le royaume » à « je m’enrichis » et « je finirai pas de m’enrichir » mais aussi par l’accumulation des terres et des propriétés et son manque total d’empathie il n’écoute plus personne ni la mère Ubu et parle à tous avec mépris « tu as une sale tête » (L 19) ou « stupide bougre » (L).

Même si la finalité de cette pièce n’est pas l’engagement politique il est évident que le pouvoir absolu est tourné en dérision à travers la figure de père Ubu on peut imaginer que la personne à l’origine de ce personnage c’est-à-dire le professeur Hébert devait lui aussi faire preuve d’une autorité quasi absolue dans sa classe.

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analyse UBU ROI Acte II scène 5

Texte 11 :                                      Ubu roi,  Jarry (1896)

                                                                                    Acte II,  Scène 5

 

introduction de la scène : la reine et son fils Bougrelas ont pu échapper au massacre et se sont sauvés. Cependant la reine meurt de désespoir.

Les entrées : la parodie, le désespoir de Bougrelas, la relation entre bougre lasse et la reine, l’évocation de la noblesse.

 

La parodie :

C’est une scène tragique qui reste pourtant une parodie tragique et ce pour deux raisons : l’accentuation  caricaturale et le comique

Tout d’abord l’accentuation caricaturale est donnée à la fois par de nombreuses hyperboles « je suis bien malade » (L 4), « tant de coups » (L 7), « au plus violent désespoir » (L 20) ou encore, « la plus noble race » (L 8), « jamais » (L 19). Des exclamations associées à des vocatifs vont dans le même sens telle que « Ô! ».

On a, de plus,  des interrogations qui prennent la forme d’interrogations rhétoriques telle que « comment veux-tu que je résiste à tant de coups ? » (L 7), « par qui ?» (L 10), ou encore « est-ce possible ?» (L 18). On peut aussi retrouver des formules toutes faites telles que « un aventurier sorti de je ne sais où » (L 10). On remarque aussi la caricature de la mission de vengeance sur la fin de l’extrait avec « une vengeance terrible à poursuivre » (L 30) et « et cette épée… » (dernière phrase de la scène).

La description de la mort à la troisième personne est aussi caricatural  de la description de la mort dans la tragédie classique (où l’on ne meurt pas sur scène) : « elle pâlit ….» (L 17-18) le registre pathétique vient alors se rajouter au registre tragique toujours dans l’exagération « qu’il est triste de se voir seul à 14 ans » (L 20) didascalie.

Le comique, dans cet extrait,  est un comique de l’absurde ainsi l’affirmation catégorique et précise de la reine : « je n’en ai plus que pour deux heures » (L4/5) peut paraître très drôle. On a aussi des phrases qui évoquent des souvenirs de manière prématurée ainsi « je me rappelle combien nous étions heureux » (L 13).

Le comique vient aussi de certaines incohérences, ainsi alors qu’on vient d’apprendre par les didascalies qu’ils sont cachés dans une grotte , dans une montagne, Bougrelas déclare qu’il est « dans un désert » (L 17) enfin on a l’apparition du fantôme : le Seigneur Mathias Königsberg appelé l’ombre et qui semble être une parodie de l’apparition du Père d’Hamlet  de Shakespeare.

 

 

Le désespoir de Bougrelas

Dans cet extrait Bougrelas  ressent des émotions de plus en plus fortes. On a une sorte de gradation au niveau des émotions : lorsqu’il commence ce n’est qu’une simple inquiétude : « Qu’as tu ma mère ? » (L 3) puis, à l’annonce de la mort de sa mère il s’interroge : « le froid t’aurait-il saisit ? » (L 6). Il n’a donc pas l’air de réaliser que la situation est désespérée il dit d’ailleurs « attendons avec espérance » (L 15) ainsi que « ne renonçons jamais » ce n’est qu’à partir de la ligne17 qu’il commence à comprendre….    On remarque que, jusque-là,  toutes les répliques de Bougrelas commencent par une interrogation « que veux-tu ? », « Qu’as-tu ? », « Le froid t’aurait-il  saisit ? ». Cependant, paradoxalement,  son désespoir et sa tristesse ne se portent pas réellement sur sa mère mais  sur lui-même . Ainsi il ne dit pas « mon Dieu ma mère est morte » mais « je suis seul dans le désert ». Il évoque d’ailleurs sa mère avec un déterminant indéfini dans la phrase « encore une victime de père Ubu » (L 18) s’il est triste c’est surtout de se voir tout seul à 14 ans ce qui semble montrer un certain caractère égocentrique et égoïste. Il ne parle plus de sa mère.

Enfin Bougrelas donne à cette scène une émotion religieuse avec les exclamations « oh mon Dieu! » (L 17,19) il utilise aussi le terme « prodige » (L 25) mais surtout dans la didascalie finale il est présenté en pleine extase (c’est-à-dire connecté à Dieu lui-même) rapidement le désespoir de Bougrelas semble se transformer en une sorte d’enthousiasme de vengeance.

 

LA relation entre Bougrelas et sa mère

Il y a une relation très forte entre la mère et son fils. Tout d’abord le fils s’inquiète pour sa mère. il utilise le possessif « ma mère » ainsi que le « tu » ce qui montre une sorte de mélange des registres : en général le tu accompagne plutôt le terme familier « maman » tandis que le terme « mère » utilisé avec le vous »" et sans déterminant. De même, la reine l’appelle « mon cher enfant » en incise (L 16). Pourtant elle se livre à un véritable éloge de Bougrelas tout d’abord grâce au vocatif « Ô Bougrelas » (L 13) elle utilise aussi une périphrase méliorative, élogieuse qui évoque, non plus le fils, mais le prince : « représentant de la plus noble race qui est jamais portée l’épée » (L 7). L’amour de Bougrelas pour  la reine sa mère est perceptible dans l’inquiétude qu’il ressent,  marqué par les exclamations « ah ! » (L 3) ou « quoi ! » (L 6) ou encore « Eh ! » (L 17). Même si l’égoïsme juvénile semble dominer après la mort de sa mère. Sa mère elle, multiplie les marques d’affection : mise en incise de « toi » (L 8) ou encore toujours en incise « mon cher enfant » (L 16).

 

L’évocation de la noblesse :

Dans cette pièce la relation à la noblesse est très importante;  tout d’abord parce que père Ubu ne semble pas noble  et même est vulgaire ,  même si l’auteur semble tourner la noblesse en dérision dans cet extrait la noblesse de cœur et d’ âme est associée à la noblesse en titre celle du Prince Bougrelas et de la Reine Rosemonde alors que UBU lui, est un roturier pour lequel on utilise des termes très péjoratifs tels que « crapules », « aventurier », « vagabond » (L 11).

De plus la noblesse est associée à des valeurs anciennes telles que « porté l’épée » (L 8) Bougrelas souligne le caractère injustifié de l’anoblissement d’UBU (L 9) « mon père l’a décoré et fait comte ». Le port de l’épée est un signe de noblesse , repris par les ancêtres aussi bien dans la didascalie L 27 « il lui donne une grande épée » que dans le serment que fait l’ombre : « que cette épée que je te donne… » on voit que l’épée est personnifiée : « quand elle aura frappé de mort » (L 28). Cette épée a donc une mission au même titre que Bougrelas. Il y a une allusion évidente aux épées des chevaliers du Moyen Âge : épée magique puisqu’elle est donnée par des revenants et qu’elle est personnifiée. Enfin l’ombre insiste sur son titre : « le seigneur Mathias Königsberg».

 

Questions possibles :

Quelle est la fonction de cette scène ?

En quoi cette scène diffère-t-elle du reste de la pièce ?

Quelle image de la noblesse est donnée dans cette scène ?

Comment évolue le jeune bougre lasse dans cette scène ?

Quel est le registre de cette scène ?

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analyse : comme on voit sur la branche……

«Comme on voit sur la branche… »

Nouvelle continuation de amours (1556), « sur la mort de Marie »

Pierre de Ronsard

Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose
En sa belle jeunesse, en sa première fleur
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose :

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur :
Mais battue ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt feuille à feuille déclose :

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif, et mort, ton corps ne soit que roses.

 

 

Appelé par ses contemporains le prince des poètes, Ronsard est à l’origine de La Pléiade . Malgré la diversité de ses œuvres, c’est sa poésie amoureuse qui est restée célèbre jusqu’à nos jours et , bien qu’il ait reçu la tonsure, il consacre plusieurs recueils à ses muses et à l’amour. Un grand nombre de ses poèmes développe le thème du Carpe Diem et l’influence de Pétrarque est évidente.

Dans La nouvelle continuation des amours, et plus particulièrement dans « sur la mort de Marie », on pense que  poète pleure la mort de Marie Dupin, une jeune paysanne de Bourgueil ou celle de Marie de Clèves . Ce poème à la fois simple et précieux exprime la tristesse du poète.

 

LES ENTREES :  La comparaison rose/femme ; le temps ; la beauté ; la mort ; la douleur

 

La comparaison Marie/Rose

Ce sonnet se construit sur une comparaison qui respecte la traditionnelle rupture sémantique du sonnet entre quatrains et tercets. Vers 1 « comme » (la rose)  vers 9 « ainsi » (Marie)  ; les quatrains développent le comparant et les tercets , le comparé. Cependant ce poème va plus loin qu’une simple comparaison car la rose est personnifiée et Marie se métamorphose en rose. En effet les termes pour qualifier la rose sont des termes pour la femme : « jeunesse » (v2) ; « grâce » ; « amour » sont les attributs  d’une jeune fille (v5) et  l’attitude est humaine : « Languissante elle meurt » alors que pour la femme , l’expression « première et jeune nouveauté » fait écho à « première fleur »(v2) mais la métamorphose atteint son apogée au dernier vers : « ton corps ne soit que roses » il y a donc une inversion évidente à l’intérieur  même de la comparaison. Mais une comparaison se fait toujours sur un ou des points communs c’est le cas dans ce poème . Marie et la rose ont en commun la beauté : pour la rose « belle »(v2) ; « vive couleur »(v3) ; « grâce »(v5) et pour Marie : « ta beauté »  mais aussi la jeunesse : les deux vers qui y sont consacrés, l’un à la rose (v2), l’autre à Marie (v9) forment à eux deux un chiasme :

« En sa belle jeunesse, en sa première fleur » / « ainsi en ta première  et jeune nouveauté »

Ce qui donne l’impression que l’une est le miroir de l’autre et accentue la ressemblance !!!

De plus les deux meurent jeunes, arrachées malgré elles à la vie ! , La rose : « battue (…) elle meurt » (v7/8) ;  Marie : « la Parque t’a tuée » (v11). De plus la mort intervient en pleine jeunesse  ce qui est signifié par deux CCT : »Quand…. »(V4)  Et « Quand….. »(V10).

 

LA BEAUTE

 

La rose est considérée depuis l’antiquité comme la plus belle fleur symbole de l’amour

 (L’Histoire de la Rose

             » La rose est la fleur de l’amour et la plus populaire fleur de ce monde. » 
                       Elle a été créée par Chloris, la déesse grecque des fleurs, 
                                      mais du corps sans vie d’une nymphe 
                        qu’elle a trouvé un jour dans un effacement dans les bois. 
                           Elle a demandé l’aide d’Aphrodite, la déesse de l’amour, 
                                                      qui lui a donné la beauté;

                 Dionysos, le dieu du vin, du nectar ajouté pour lui donner un parfum doux, 
                           et des trois Grâces lui a été donné le charme, l’éclat et la joie. 
                                 Puis Zéphyr, le vent occidental, a soufflé loin les nuages 
                                              de sorte qu’Apollon, le dieu du soleil, 

                                         a  pu la polir et  en faire la fleur des fleurs.

                                     Et ainsi, Rose est née et était immédiatement reine couronnée des fleurs) http://boitedependore.com/fleurmois/histoirerose.htm

 

De nombreux poèmes de Ronsard évoquent cette fleur majestueuse : « Mignonne allons voir si la rose… » « Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie » etc…  

Dans ce poème elle apparait dès le premier vers avec un déterminant défini « la » qui souligne sa singularité et,  en fait un symbole associé  avec un « on » de généralité qui montre que le poète n’est pas le seul à en faire l’éloge. Le verbe « voir  » (V1) invite à voir la fleur, presque comme  une hypotypose.

C’est donc un merveilleux compliment que de comparer Marie à la Rose. Si on a pu voir que Ronsard utilise la polyptote( le même terme sous ses différentes formes) pour évoquer leur beauté respective, il utilise aussi le thème de la belle matineuse (Le topos de la « Belle Matineuse », femme dont la beauté fait pâlir l’Aurore, prend naissance avec un sonnet de l’italien Rinieri et sera repris par tous les poètes du 16ème S)   ainsi, v3/4 : « rendre le ciel jaloux » , « l’aube de ses pleurs »     et v10 : « Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté » .

De plus la beauté, pour le poète, n’a pas la porté d’une admiration platonique mais  doit être sensuelle  (mettre en jeu les sens), en effet, pour la rose on a la vue « vive couleur », l’odeur, avec le chiasme du vers 6 qui montre l’importance de ce sens pour le poète « embaumant les jardins et les arbres d’odeur » ; le toucher « dans sa feuille »(v5)  quant à la femme  « ton corps » évoque une intimité amoureuse.

 

 LE TEMPS

 

Le temps  est très important dans ce poème pour deux raisons : tout d’abord parce que Marie est morte trop jeune, au printemps  de sa vie, ensuite comme l’exprime le thème (en vogue au 16ème s) du carpe diem, la vie est éphémère, le temps passe  trop vite (cf. les « vanités »). C’est pourquoi tout le champ lexical du temps se concentre sur la notion de « commencement »  avec les termes déjà  vus de « jeune » ou « jeunesse » avec la répétition de « première » mais aussi avec le « mois de mai », ou l’aube » ou l’expression  « au point du jour »  ce moment est pourtant celui que va choisir la mort  ce qui est marqué par l’emploi de prop. Sub. circonstancielles de temps : « quand l’aube…. » (v4) ; « quand la terre….. » (v10).

Pourtant , le « temps » de Marie semble être encore plus court que celui de la Rose , pour cette dernière,  6 vers pour en faire l’éloge et deux pour évoquer la mort. Alors que la jeune femme n’a que deux vers pour l’éloge et un hémistiche pour la mort . Cela donne une impression d’accélération du temps.

Quant aux temps verbaux employés dans ce poème, ils participent évidement à l’organisation temporelle.  Les deux quatrains sont au présent d’habitude (tous les mois de mai) en revanche les deux tercets qui parlent de Marie sont très différents. Le vers 10 qui représente la jeunesse de Marie est à l’imparfait « honoraient » alors que sa mort est donnée au passé composé temps de l’action terminée et rapide et sur un seul hémistiche ce qui montre la brutalité et la soudaineté de la mort « La Parque t’a tuée ». Les vers suivants sont au présent d’énonciation qui correspond à la douleur du poète dans la situation présente « tu reposes » ; « reçois » (impératif présent) ; « ne soit » (subjonctif présent). Le fait qu’il s’adresse à Marie directement et à l’impératif présent rend sa présence presque réelle.

 

LA MORT

 

Le verbe mourir n’apparaît qu’au vers 8 c’est-à-dire, à la fin des deux quatrains évoquant la Rose . C’est pourtant un poème orphique, sur la mort donc, de la femme aimée. Cependant si la mort n’est pas explicitement évoquée dès le début du poème, certains indices semblent l’annoncer. Ainsi la « jalousie » du Ciel et les « pleurs » de l’Aube semblent annoncer un dénouement tragique. De plus on reconnaîtra l’euphémisme dans « se repose » (V 5) souvent employé pour évoquer le repos  éternel. On remarque aussi l’opposition entre la violence de la nature « battue » ou « excessive » (hyperbole) (V 7) et la douceur de la mort, marquée par l’adverbe « languissante » ou l’euphémisme  « déclose » (vers 8) on a donc l’impression que la Rose accepte son sort . On remarque, d’ailleurs, que pour elle , le verbe mourir est utilisée à la forme active et au présent   »elle meurt » (V8). Alors que pour Marie les événements semblent beaucoup plus rapides puisque sa mort intervient en un seul hémistiche et non pas en deux vers comme pour la rose , et que le verbe « tuée » alors employé induit l’idée d’un meurtre d’autant plus  que l’action n’est pas faite par Marie mais bien par la Parque, Marie n’étant que le complément d’objet . Cela , bien sûr, souligne l’impuissance des hommes face à la volonté des dieux et donc l’impuissance du poète devant la mort de la femme aimée.

 

LA DOULEUR

 

le poète rend deux hommages différents à Marie,  celui de l’homme et celui du poète .

L’hommage personnel apparaît avec l’utilisation du déterminant possessif associé à la tristesse marquée par la redondance « mes larmes »,   »mes pleurs «  (V 12) ce qui montre une certaine intimité entre Marie et Pierre de Ronsard et donne plus de force à la douleur qu’il ressent. Cependant nous remarquons aussi l’hommage du poète notamment au vers 13 : l’évocation énigmatique du  » vase plein de lait et du panier plein de fleurs » peut correspondre à un rite antique existant,  mais le démonstratif « ce » laisse à penser que c’est le poème lui-même qui est une offrande et qui représente à la fois le vase et le panier. La mort mise en incise à la césure du dernier vers permet de  dépasser la mort grâce à  l’amour du poète et à  la métamorphose de la femme en rose.

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Introductions corpus sur le tyran au théâtre

Introductions

 

Angelo Tyran de Padoue

Victor Hugo s’essaya au théâtre avant même d’être romancier  ou poète. Très jeune, il fait parti du cénacle des romantiques et,  dans la préface de Cromwell, il développe  son concept du drame romantique. Lorsqu’il écrit Angelo tyran de Padoue , en 1835  il est à la fois influencé par son admiration pour Shakespeare  et la vogue de Venise chez les romantiques. Cette pièce raconte l’histoire d’Angelo puissant podestat de Padoue,  de sa relation avec  sa femme Katarina et sa maîtresse la comédienne Tisbe. Dans cette tirade il s’adresse à cette dernière et évoque la puissance mystérieuse et inquiétante du conseil des dix sur la république de Venise dont fait partie Padoue et se présente en victime.

BRITANNICUS

Racine est un dramaturge classique, influencé par le jansénisme de Port-Royal, et  qui a porté la tragédie à son niveau le plus fini. Si cette tragédie est tirée de l’histoire romaine, cette intrigue mêlant les confrontations politiques pour le pouvoir et l’amour n’est pas étrangère à ce qui se passe à la cour de Louis XIV. Britannicus, qui reste une des pièces les plus représentées de Racine,  met en scène la naissance d’un tyran, Néron,  qui convoite Junie amoureuse de son frère Britannicus et n’hésite pas à faire empoisonner ce dernier après avoir arrêté Agrippine sa propre mère. Dans cette scène Néron dévoile à Burrhus son gouverneur , stupéfait ,  son projet de meurtre.

Caligula

Camus est un auteur du XXe siècle qui n’a cessé de développer sa philosophie sur l’absurde et le désespoir. Romancier , philosophe mais aussi dramaturge il garde longtemps en gestation sa pièce Caligula . Elle fait parti de ce que l’on peut appeler le cycle de l’absurde avec l’étranger et le mythe de Sisyphe. Inspiré du personnage historique et antique de Caligula, le Caligula de Camus est un prince révolté qui rejette toutes les valeurs tel que  le bien, le mal et développe à la fois une rage de destruction et  une passion de vivre. La métamorphose du prince en tyran est déclenchée par la mort de sa sœur Drusila. Il n’aura alors de cesse de provoquer et détruire ceux qui l’entourent jusqu’à sa propre mort. Dans cette scène,  il s’adresse à son intendant et dévoile son projet, violent et provocateur, qui prévoit la mort des nobles  de Rome. Ils devront tester pour l’État et ainsi ils seront assassinés lorsque l’État aura besoin de finances.

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Analyse Le Lac de Lamartine

Analyse de texte : le lac Lamartine                             (introduction donnée à part)

les entrées : le temps qui passe la nature la relation poète femme (l’amour, l’énonciation, lyrisme romantique

le temps qui passe

c’est un poème orphique dans lequel le poète pleure la perte de la femme aimée et regrette le temps où il était à ses côtés. Le poème va opposer l’éphémère et l’éternel, le temps organique et le temps minéral. Dès la première strophe apparaît cette opposition : « nuit éternelle »,  Le temps est donné par la métaphore « l’océan des âges » et l’adjectif « éternelle », ainsi que l’adverbe hyperbolique « toujours ». Cela s’oppose au temps éphémère « un seul jour » (S 1). L’antithèse « toujours » et « un seul jour » vient ouvrir et clore la strophe .

Cette première strophe met en place le temps qui passe trop vite pour l’homme et qu’il voudrait retenir ainsi que l’éternité de la nature. Il utilise, pour « marquer » le temps, les indices temporels « naturels »,  le champ lexical du temps,  les temps verbaux, et des adverbes  ou adjectifs de temps.

-          Les indices « naturels » temporels : « l’année » (strophe 2) « un soir » (strophe 4), « les heures », « les gens les jours » (S 7), « la nuit », « l’Aurore » (strophe sept). On remarque des temps longs tels que «l’année » et des temps courts tels que  « l’Aurore » ou « l’heure ». Ce sont des marqueurs du cycle du temps.

-           Le champ Lexical du temps : tout d’abord avec l’évocation même du temps lui même ; la jeune femme s’adresse au temps avec le vocatif « Ô temps », il est donc allégorisé, de la même manière elle s’adresse aussi aux heures « et vous heures propices ». Le temps est évoqué à travers deux métaphores premièrement la métaphore de l’eau qui revient dans le discours de Julie « coulez, coulez pour eux » et la métaphore de l’oiseau avec l’évocation du vol « suspend ton vol ». la métaphore de l’eau est utilisée dés la strophe 1 par le poète : « l’océan des âges » , « nouveaux rivages », «jeter l’ancre ».

-          les adverbes et adjectifs temporels : qui vont là encore montrer des temps courts ou longs, rapides ou lents : « toujours », « jamais », « éternelle»(S1), « à peine »(S2), « tout à coup »(S5), « rapides »(S6), « fugitive »(S9), « vitesse »(S10) on remarque que les termes qui montre la rapidité du temps sont associés à l’époque  où les amoureux étaient ensembles.

-          Les temps verbaux : le temps apparaît aussi dans l’utilisation des temps et de leur valeur. On voit tout d’abord un présent d’énonciation celui qui correspond au présent du poète « je viens » (S 2) et celui que l’on retrouve dans la parole rapportée au style direct de Julie « je demande », « je dis »  (S 8), mais aussi un présent de vérité générale pour imager  la fuite du temps « l’homme n’a point de port , le temps n’a point de rive »(S1).  On retrouve aussi un futur mais qui évoque à chaque fois une fatalité douloureuse. « Ne pourrons-nous jamais « (S1); « ne nous les rendra plus »(S11). Il utilise aussi des temps du passé notamment l’imparfait pour décrire le temps où il était avec Julie Charles «on entendait au loin »(S4) ou encore et cela est plus surprenant, le passé composé dans le dernier vers du poème « ils ont aimé » qui semblent montrer que l’amour est terminé. On remarque que les verbes qui parlent du temps sont tous des verbes de mouvement qui traduisent ainsi l’impossibilité d’arrêter le temps : « emportés » (S 1), « coulez » (S 7), « m’échappe et fuit » (S 8), « nous passons » « s’envolent » (S 10).

 

La nature :

La nature chez les romantiques a une importance capitale . Elle est à la fois le refuge, la confidente, le miroir des émotions du poète. En effet dans ce poème Lamartine se réfugie dans cette nature qui avait accueilli ses amours et qui maintenant l’accueille avec ses souvenirs

-           De plus la nature devient le refuge du poète « s’asseoir sur cette pierre » il est vraiment totalement entouré accueilli par la nature « les flots » (strophe 2), « les roches » (strophe 3). Mais aussi « coteaux », « sapin » (strophe 14) et donc une description de la nature qui l’entoure et cette nature apparaît à travers les différents sens du poète : la vue donnée par les différentes descriptions et les couleurs telles que « front d’argent qui blanchit à surface » (strophe 15), l’odorat « parfum léger » (strophe 16) le toucher « l’écume de tes ondes sur ses pieds adorés » (strophe 3) ou enfin l’ouïe « les bruits de tes bords partaient bords répétés » (strophe 15)

-          . Dès la strophe 2 le poète personnifie le lac avec le vocatif « Ô lac ». La personnification sert au poète pour se confier il s’adresse ainsi à la nature comme à une amie ainsi « regarde » (strophe 2), « t’en souvient-il » (strophe 4). On remarque que le poète tutoie la nature, il partage avec elle ses souvenirs « tu la vis asseoir ». On peut se rendre compte que non seulement il partage ses souvenirs avec la nature mais il lui demande en plus de devenir la gardienne des souvenirs !  la nature doit garder l’empreinte de leur amour. « Gardez, belle nature, au moins le souvenir ! » (Strophe 13).

-          La nature est aussi le miroir de l’âme les émotions du poète ainsi elle semble partager la souffrance. Dans la strophe 3 on relève les termes « briser », « flan déchiré » ainsi que « tu mugissais » semblent traduire un long cri de douleur. Ce lieu évoque pour le poète à la fois la beauté et les moments heureux et la douleur et la tristesse d’avoir perdu Julie Charles. Le poète alterne donc des images sombres et les images agréables, plus des telles que dans la strophe 14 « les riants coteaux » opposés à « noir sapin » « rock sauvage » ; de la même manière à la strophe 4 « les flots harmonieux » s’opposent à la description de la strophe 3 précédemment citée. Pourtant le poète reste sensible à la beauté de la nature, à sa majesté il en fait donc une description méliorative « les flots harmonieux » (strophe 4), « beau lac » (strophe 14), « belle nature » (strophe 13). Enfin notre dernière remarque porte  sur le fait que la nature est associée à l’éternel non pas l’éternité de la pierre , de la roche mais celle sans cesse renouvelé du végétal « vous que le temps épargne », « qu’il peut rajeunir » (strophe 13).

 

Énonciation :

C’est un poème dans lequel on a une énonciation complexe.

-          On retrouve de  » je  » celui du poète et celui de la jeune femme. Le « je » de la jeune femme intervient dans les paroles rapportées au style direct des strophes six à neuf.

-           Le « tu » quant à lui est utilisé de manière très différente. Le premier  » tu  » s’adresse au lac : « tes ondes », « tes flots » le second « tu  » c’est celui de Julie qui s’adresse au temps «ton vol »  . Julie, comme le poète, Utilise aussi le « vous » , elle, pour parler aux heures et lui, pour parler à la nature  .

-          Le « nous » des significations différentes. Il y a le « nous » de généralités. « Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges… » (strophe 1) Julie utilise aussi ce « nous »  de généralité à la strophe 9 « nous passons ! »

-          Enfin la troisième personne est aussi utilisé parfois au  singulier et parfois au pluriel , ainsi à la strophe 2 « qu’elle devait revoir »;   »elle » étant Julie Charles ; tandis qu’à la strophe 11 le poète  parle du temps à la troisième personne.

Avec ce système d’énonciation complexe le poète multiplie les voix et dépasse ainsi la simple évocation d’un amour particulier. Ce poème prend alors une dimension plus générale sur la difficulté d’aimer et le temps qui passe.

 

La relation poète/femme, l’amour:

Ce poème est un poème d’amour qui porte sur celui ressenti par Lamartine et Julie Charles un été,  éprouvé ensuite par la Lamartine seul après la mort de Julie.

Pourtant, dès le départ, on peut voir que,  plus qu’un  « je » et un « tu » il y a deux « je » qui n’entrent pas réellement en communion « je viens seul » (strophe 2) du poète et « je demande » (strophe 8)  de Julie. Les rares fois où est employé le « nous » qui matérialise l’unité de l’union amoureuse, il ne semble pas traduire l’intimité d’une relation comme dans « nous voguions  en silence » ou le nous évoque un vécu commun mais ne semble pas parler d’amour.

Quant à la jeune femme lorsqu’elle utilise le « nous », là encore elle ne parle pas d’amour mais de bonheur et de plaisir « laissez-nous savourer les rapides délices » (strophe 6).  Elle utilise aussi l’hyperbole avec le superlatif absolu « des plus beaux de nos jours » ou des termes tels que « les heureux » (strophe 7) qui semblent parler d’un bonheur beaucoup plus général.

D’ailleurs la prière de Julie devient très personnelle « je demande », « je dis » (strophe 8) là encore, le manque de communion et d’amour partagé  est flagrant.

La relation entre les deux amants correspond donc plus à des instants de bonheur regrettés plutôt qu’à de l’amour ou de la souffrance amoureuse.

Le poète n’évoque à aucun moment sa tristesse ou sa douleur, en réalité seule la nature renvoie à cette idée de douleur.

La seule fois où l’amour particulier qu’ils ont partagé est évoqué c’est dans le dernier vers et l’on peut remarquer qu’il utilise alors un passé composé qui montre une action terminée : « ils ont aimé ». Le verbe « aimer » n’est alors pas utilisé de manière pronominale réciproque ce qui éloigne l’idée de l’union amoureuse.

L’évocation de l’amour dans ce poème orphique est loin du concept original de la douleur d’Orphée retournant aux enfers,  il correspond plus à l’état romantique de celui qui, d’une manière un peu égoïste, ne s’intéresse qu’à sa propre souffrance.

 

Le lyrisme romantique :

Lorsqu’on  étudie le lyrisme romantique d’un texte ou d’un poème , on doit s’attacher aux caractéristiques lyriques c’est-à-dire :  la nature, l’expression de l’émotion, l’utilisation du jeu, la solitude, et la musicalité. (On peut parfois aussi s’intéresser à l’évocation des ruines) dans ce poème nous retrouvons :

-          la nature (voir entrée sur la nature)

-          l’expression de l’émotion (voir entrée sur l’amour)

-          l’utilisation du « je » (voir entrée sur l’énonciation)

-          la solitude : elle est annoncée dans ce poème dès la seconde strophe par le poète « je viens seul ». Chaque fois qu’il utilise le « nous » c’est soit au passé « nous voguions » soit c’est un « nous »  de vérité générale « ne pourrons-nous jamais ».

-          La musicalité , elle,  apparaît de plusieurs manières:  par l’évocation de la musique, par celle du bruit, par l’utilisation des sonorités, et par le rythme.

*La musique apparaît à travers des termes tels que « en cadence » ou « harmonieux » (strophe 4).

*Les bruits sont nombreux, ce sont ceux de la nature mais ils semblent parfois se transformer en plainte  « tu mugissais » (strophe 3) « le zéphyr qui frémit », ou « les bruits de tes bords par tes bords répétés » ou encore « le vent qui gémit », « le roseau qui soupire ». I l y a aussi « le bruit des rameurs ».

*de nombreuses allitérations et assonances donnent aussi une grande musicalité à ce poème tel que par exemple « qui frappait en cadence » ou « dans les bruits de tes bords partaient bords répétés ». (Il y en a d’autres)

*enfin c’est le rythme même de ce poème qui est musical avec sa structure en strophe constituées de trois alexandrins et un hexasyllabe avec un  enjambement du vers 3 sur le vers 4 qui  donne un rythme à l’oreille de 12/12/18 ce qui ressemble au rythme de la valse ….  d’autant plus que l’alexandrin en lui-même avec sa césure en 6/6 est considéré comme un vers musical.

On remarque que seule la parole rapportée de Julie Charles ne suit pas ce rythme mais un rythme plus rapide en 12/6/12/6 et avec de nombreux rejets et contre rejets qui traduisent le naturel de la parole.

La musicalité est essentielle dans la poésie orphique dont le mythe fondateur est né de la lyre d’Orphée offerte par Apollon.

 

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Ubu roi , Alfred Jarry ; acte I scène 1

Ubu roi , Alfred Jarry

Introduction générale :

La pièce Ubu roi a été écrite par Alfred Jarry en 1888, et sa première représentation publique véritable a lieu en 1896. L’histoire d’Ubu  a été créée par des étudiants dont faisait parti l’auteur afin de se moquer de l’un de leurs professeurs,  Monsieur Hébert. Cette farce potache qui a choqué ses contemporains lors de sa première représentation est une parodie de drame sur le pouvoir absolu. Le père Ubu prend le pouvoir par la force et exerce alors un totalitarisme ignoble.

Texte n° 10                                             Introduction acte I scène 1

Ce dialogue est extrait de la scène d’exposition et met en scène Père Ubu et Mère Ubu. Dans ce passage Mère Ubu tente de convaincre Père Ubu d’assassiner le roi de Pologne dont il est le ministre afin de prendre sa place et de régner.

 

Les entrées : une scène d’exposition, provocation et rire, parodie, père Ubu, relations entre les personnages.

1) une scène d’exposition :

Comme dans une scène d’exposition classique cette scène nous présente les personnages principaux mère Ubu et père Ubu. Père Ubu se présente lui-même pour expliquer qu’il est content de lui « capitaine des dragons etc. » la mère Ubu elle,  ne se présente pas mais apparaît à travers ses propos. Ainsi elle paraît très ambitieuse « peut-être dans huit jours serai-je reine de Pologne » elle est, de plus, très manipulatrice. Elle  s’adresse à Père Ubu et  pour le convaincre elle lui fait miroiter ce que lui apportera le trône en employant le conditionnel « tu pourrais… » elle le  tente  aussi grâce à des hyperboles telles que « indéfiniment » et tour à tour, elle le flatte ou le houspille « un véritable homme », « un gueux pauvre comme un rat » de plus elle paraît cruelle « massacrer toute la famille ».

Cette scène d’exposition nous apprend aussi que le Roi de Pologne se nomme Venceslas et qu’il a des enfants, que  le lieu où se passe l’histoire est la Pologne : « la couronne de Pologne » (L20) (c’est bien évidemment une Pologne imaginaire). Ensuite il y a une annonce de ce qui s’est passé précédemment comme le veut la règle classique de la scène d’exposition : « après avoir été roi d’Aragon ». L’intrigue de la pièce est dévoilée aussi « qui t’empêche de massacrer toute la famille de te mettre à leur place ? » (L 27).

Cependant , cette scène d’exposition est non seulement originale mais surtout surprenante tout d’abord par  le ton donné à la pièce avec le premier mot prononcé sur scène « merdre » (L 1) mais aussi par le caractère burlesque de cette scène dans laquelle un officier et sa femme envisage d’assassiner le roi et de faire un coup d’État mais sur le ton de la farce, et en employant un vocabulaire et des expressions grossiers « n’ai-je pas un cul comme les autres » (L 33,34), « passer par la casserole » (L 40). De plus, le brusque retournement de Père Ubu laisse planer un doute sur la suite de la pièce. Le caractère parodique est immédiatement mis en place dans cette scène d’exposition.

 

 

 

 

2) père Ubu :

La première image donnée de Père Ubu dans cette pièce est celle d’un personnage grossier , notamment avec l’utilisation du mot « merdre » (L 1) c’est-à-dire « merde » auquel il a ajouté une lettre ce qui le rend encore plus truculent,  plus fort et plus ridicule.  La répétition de ce mot ainsi que d’autres expressions telles que «bougre de merdre, merdre de bougres », ou l’utilisation du mot « cul » mêlées  à des expressions soutenues telles que « vous me faites injures » (L 29) ou des inversions sujet verbe comme « n’a-t-il pas » (L 26), « que ne vous assomme’ je » (L 4) ainsi que le mélange du vous et du tu « vous me faites injure » (L 29) et « qui t’empêche » en font un personnage extravagant et grossier.

C’est de plus un personnage puéril. Ainsi Mère Ubu,  pour le convaincre,  lui propose des avantages qui ne convaincraient aucune personne adulte et mature telle que « de l’andouille » ou « un grand caban »,ou encore « un parapluie » (L 42,43) et de manière complètement décalée des avantages inaccessibles tels que « augmenter tes richesses indéfiniment » (L 37,38).

Comme un enfant , il cède très rapidement aux propositions de Mère Ubu et paraît donc très facilement influençable ou manipulable « je cède à la tentation » (L 44) mais il est versatile « plutôt mourir que d’assassiner » (L 50) .

Père Ubu est d’autant plus surprenant qu’il semble un moment faire preuve de moral et de vertu lorsqu’il refuse d’assassiner le roi (L 50) ou lorsqu’il déclare : «j’aime mieux être un gentil rat qu’un méchant chat ». C’est aussi un personnage qui apparaît capable de violence il use souvent de menaces notamment lorsqu’il dit « que ne vous assomme’je » (L4), ou « vous allez passer par la casserole » (L 30), ou encore « passer un mauvais quart d’heure » (L 44).

On ne peut pas non plus oublier le caractère très visuel de la pièce mis en valeur par Jarry dans ses croquis et qui nous montrent un père Ubu avec une immense gidouille et une allure grotesque. Père Ubu est donc un personnage inattendu,  il paraît vénal,  versatile,  égoïste,  grossier.

3) la relation entre les personnages:

 Le mari et la femme ne paraissent pas se respecter. Mère Ubu ne cesse d’insulter Père Ubu dès la ligne 2     « grand voyou » ou encore « tu es si bête » (L 23) elle le compare à un rat et le traite de « pauvre malheureux, gueux » (L 32).

De son côté, on voit aussi que père Ubu la menace « que ne vous assomme » et ne s’intéresse pas vraiment à ce que dit sa femme, ainsi son « je ne comprends pas » (L 7) semble surtout un manque d’intérêt il répète d’ailleurs à la ligne 21 « je ne comprends rien » et « l’envoie promener » avec un    « et bien après, mère Ubu ? » (L 58) explicité par la didascalie : « il s’en va en claquant la porte« .

Mère Ubu semble plus intelligente que père Ubu ainsi elle le manipule, elle utilise des allusions telles que « ce n’est pas moi, c’est un autre… » (L5 6) ou encore « vous pourriez faire succéder sur votre fiole » (L 18 19). Elle passe du conditionnel au présent lorsqu’elle constate qu’il a enfin compris « qui t’empêche de massacrer » (L 27). Il semble qu’elle ait parfaitement analysé le Père Ubu puisqu’elle sait proposer ce qui le tente, elle connaît ce qu’il aime. Enfin elle paraît sûre d’elle-même « grâce à Dieu et à moi-même » (L 61)

Ce couple se vouvoie et se tutoie à tour de rôle « Madame » (L 10) ou alors « mère Ubu » (L 21) ce qui est beaucoup plus familier …   de la même manière Mère Ubu  le flatte « un véritable homme » mais aussi « père Ubu » (L9).

On se rend compte que si mère Ubu pousse son mari à commettre un coup d’État c’est, égoïstement, pour elle-même « serai-je Reine de Pologne » (L 64) enfin,  elle ne fait pas confiance à Père Ubu.

4) provocations et rire:

Dans cette pièce Jarry n’hésite pas à provoquer les spectateurs contemporains aussi bien avec le mot «merdre » qu’avec la juxtaposition des registres familiers et soutenus . en effet il fait se côtoyer des termes argotiques et des termes nobles tels que « fiole » et « couronne » (L 15) ou encore « cul et trône » (L 36) mais l’auteur utilise aussi des expressions qui ne veulent rien dire telles que « de par ma chandelle verte » (L7, 10,24) ou des formulations dignes du Moyen Âge « vous este » (L 2)  ou encore « ventre bleu » (L 53). Pour faire rire il utilise beaucoup d’exagération par exemple de la ligne 10 à la ligne 15,  il propose une accumulation de titres avec un registre soutenu dont le caractère noble est brusquement rabaissé par la Mère Ubu dans la réplique suivante « une cinquantaine d’estafiers armés  de coupe-choux » (L 20). Toujours dans le registre comique de nombreux jeux de mots sont utilisés tels que le trône qui associé au mot « cul » change de signification. Les nombreuses accumulations ressemblent plus à des listes farfelues telles qu’aux  lignes 36 ou 56. Même si le sujet de la pièce  semble être un sujet sérieux,  Alfred Jarry tire tour à tour la corde provocation ou la corde comique.

5) la parodie :

Cette scène est une parodie de Macbeth de Shakespeare. Dans la tragédie originale, Macbeth  est poussé par sa femme à assassiner son roi. Comme dans la pièce de Shakespeare,  Ubu oppose tout d’abord une certaine résistance à la proposition de sa femme;  mais le registre tragique et soutenu de Macbeth est devenu un registre familier et comique dans Ubu roi.

On remarque que cette parodie amplifie la cruauté du personnage Ubu/Macbeth « qui t’empêche de massacrer toute la famille » (L 27) de plus la relation entre Mère et Père Ubu est totalement différente de celle entre Sir et Lady Macbeth. Père Ubu parle très mal à Mère Ubu et la menace « passer à la casserole » (L 30) ou « que ne vous assomme’ je » (L 4) tandis que Mère Ubu lui répond tout aussi mal « tu est si bête » (elle 23) ou encore à la ligne « vous êtes un fort grand voyou ». De plus Père Ubu parodie le langage du chevalier avec l’accumulation de ses « titres » ainsi qu’avec son exclamation « de par ma chandelle verte » qui reprend de manière absurde la formule classique d’un chevalier avant de se battre.

 Les instruments d’apparat qui sont censés symboliser la richesse et le pouvoir sont aussi parodiés dans Ubu Roi puisqu’à la place du sceptre et de la traîne d’un roi Ubu aurait « un parapluie » et « un grand caban ». Comme on l’a dit précédemment le trône d’Ubu évoque bien plus des « toilettes » qu’un véritable trône.

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Analyse de l’excipit de W ou le souvenir d’enfance ; Perec

Texte 9 :                 W ou le souvenir D’enfance, George  Perec

                                                    chapitre 36 : L’Excipit  (p219)

Introduction de l’extrait :

Cet extrait est l’Excipit de « W » au chapitre 36. Il est suivi cependant au chapitre 37 de l’Excipit du « Souvenir ». Le croisement de ces deux chapitres nous donne la clé de W ou le souvenir d’enfance : des camps de concentration. La description définitive des sportifs de W ainsi que la découverte de la forteresse fait clairement référence aux camps de concentration de la seconde guerre mondiale.

Les entrées :

le sport, les camps, la souffrance.

1) le sport :

Le texte commence dès la ligne 1 par l’évocation des athlètes, on est donc bien dans l’évocation sportive d’autant plus qu’ils sont appelés « les sportifs » (L 2). On a, de plus, une progression thématique éclatée :  ainsi le thème, « les athlètes, » est dérivé en « ces lanceurs », « ces sauteurs » (L 5), « ces lutteurs » (L 7 8), « ces coureurs » (L 9),   » ces rescapés » (L 10).

Le narrateur développe aussi le champ lexical du sport avec des termes tels que « un sprint » (L 3), « les poids » (L 4), « s’élever », « coureur de fond » (L 9), « marathon » (L 10), « performance », « avec le 100 m, 200 m » (L 25) « les juges de touche » (L 12).

Cependant, étonnamment, ces sportifs semblent très faibles. Dès le début on retrouve une comparaison surprenante « ressemble à des caricatures sportives de 1900 » (L 2). De plus tous les termes associés au sport sont accompagnés d’explications peu avantageuses et qui tendent à rendre ridicules les descriptions du sport à W ainsi : « des caricatures » (L2), « leur sprint est grotesque » (L 3), « les sauteurs ont les chevilles entravées » (L 5), « les lutteurs enduits de goudron et de plumes » (L 8), «  sautillants et à cloche-pied » (L 9) enfin les athlètes sont décrits d’une manière terrible notamment avec l’adjectif  « squelettique » (L 13).

Ils sont décrits par une accumulation de groupes nominaux avec une gradation jusqu’à l’hyperbole « toutes ces marques indélébiles » (L 16). De même les coureurs font des scores ridicules avec « 23 minutes pour le 100 m, 51 minutes pour le 200 m et 1m30 au  saut en hauteur »(L 25,26, 27). C’est ainsi que le mot « athlète » prend une dimension ironique et que l’utopie sportive se transforme en contre utopie. Le sport évoqué dans cet extrait  est une mascarade qui ressemble au sport décrit dans la page de  l’univers concentrationnaire  de David Rousset cité par Pérec dans la dernière page de l’œuvre.

 

2) la souffrance :

Sur W , les sportifs semblent souffrir. Leur description de la ligne 13 à  la ligne 14 montre une réelle souffrance physique et psychologique. Les différents groupes nominaux sont marqués soit par des adjectifs tels que « terreux », « courbé », « purulente » accentuée par des hyperboles telles que « toujours », « indélébiles » ou alors par des compléments de noms tels que « plein de panique », « sans fin, sans fond ».

À cette souffrance physique s’ajoute une souffrance psychologique qui est décelable dans l’utilisation de termes tels que « panique », « terreur », « humiliation ».

Ces « athlètes » sont appelés « les rescapés du marathon » (L 10) et sont décrits par une accumulation (L 11) « éclopés, transis ». De plus on devine que ces « athlètes » prennent des coups (ils sont battus par les juges lorsqu’ils passent) ce que l’on comprend grâce à (L 12) « les verges et les gourdins » ; on apprend aussi (L 5) qu’ils sont « entravés »,  « enduits de goudron et de plumes » (L 8).

Enfin c’est une souffrance qui ne s’arrête jamais . On remarque à ce propos une accumulation qui va dans ce sens : « chaque jour chaque heure, chaque seconde » (L 19). Certaines évocations sont effrayantes :  « anéantissement systématique des hommes » (L 23) . Leur souffrance devient évidente dans le paragraphe suivant avec la description de l’intérieur de la forteresse.

 

3) les camps :

C’est dans cet extrait que se rejoignent définitivement l’histoire et l’Histoire.

En effet l’utopie sportive commencée dans W a bien abouti à une contre utopie, et cette dernière description de l’activité sportive sur W est bien la description d’un camp de concentration.

Dès les  lignes 1 et 2 la tenue des sportifs ressemble étrangement au costume des déportés « tenues rayées » puis la description des épreuves sportives montre l’humiliation et la torture imposée à ces hommes « chevilles entravés » (L 5), « fausses remplies de purin » (L 7), « enduits de goudron et de plumes » (L 8) et enfin ils affrontent des juges « armés de verges et de gourdins » (L 12).

Leur attitude est la même que celle des déportés dans les camps :  ils sont « éclopés, transis » (L 11), « toujours courbé » (L 14) comme les déportés des camps de concentration nazie, on leur a rasé la tête « crâne chauve » (L 14,15). Le manque de nourriture et de soins est perceptible dans l’apparence de ces soi-disant sportifs avec « squelettique » (L 14), « dévisage terreur » (L 13 14), « les plaies purulentes » (L 16) mais aussi dans leur incapacité à faire réellement du sport on apprend ainsi à la ligne 9 que l’on peut les voir « sautillants à cloche-pied » ou « à quatre pattes » (L 10), « trottinant » (L 11) ainsi leur manière de se déplacer aussi bien que leurs performances sont tout à fait ridicule (L 25 26 27).

En dehors de l’évocation de ces soi-disant sportifs de W c’est le système même qui régnait dans les camps lors de la Shoah qui semble restitué dans l’organisation de W; on retrouve aussi bien « l’anéantissement systématique des hommes » (L 22,23) qui semble hyperbolique mais qui n’est qu’une évocation de la réalité dans les camps, ou encore l’accumulation « un écrasement conscient, organisé, hiérarchisé » (L 20) ou enfin « cette machine énorme dont chaque rouage participe » (L 21) renforcé par l’adjectif «implacable » (L 22) cette dimension systématique et ce caractère implacable qui s’abat sur les sportifs de W comme sur les déportés des camps de concentration apparaît dans l’utilisation de l’accumulation anaphorique « chaque homme, chaque jour, chaque » (L 18,19). Pourtant c’est un paragraphe différent,  séparé par un astérisque,  qui décrit le mieux ce que les libérateurs ont trouvé dans les camps en y entrant (et qui reste d’ailleurs une image terrible dans la mémoire collective) par la longue accumulation (L 35–38). On comprend donc que la forteresse qui se trouve au centre de l’île de W est la clé de l’interprétation de l’œuvre.

 

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Analyse du poème « Sur un tombeau » Tristan L’Hermite

le poème :

François Tristan L’HERMITE
1601 – 1655

Sur un tombeau

 

Celle dont la dépouille en ce marbre est enclose 
Fut le digne sujet de mes saintes amours. 
Las ! depuis qu’elle y dort, jamais je ne repose, 
Et s’il faut en veillant que j’y songe toujours.
Ce fut une si rare et si parfaite chose 
Qu’on ne peut la dépeindre avec l’humain discours ;
Elle passa pourtant de même qu’une rose, 
Et sa beauté plus vive eut des termes plus courts.
La Mort qui par mes pleurs ne fut point divertie 
Enleva de mes bras cette chère partie 
D’un agréable tout qu’avait fait l’amitié.
Mais, ô divin esprit qui gouvernais mon âme, 
La Parque n’a coupé notre fil qu’à moitié, 
Car je meurs en ta cendre et tu vis dans ma flamme.

 

Analyse de texte : « Sur un tombeau », les plaintes d’acanthe, Tristan L’hermitte

 

introduction :

 Tristan L’hermitte est un auteur de la première moitié du XVIIe siècle qui s’est fait connaître de son temps par son œuvre dramatique. Ce sont pourtant ses œuvres poétiques qui sont passées à la postérité. Sa poésie lyrique est précieuse et remise à l’honneur au XIXe siècle avec la découverte du baroque.

Ce poème est extrait de les plaintes d’acanthe, recueil élégiaque publié en 1635. Il est consacré à la mort de Phyllis une jeune fille que le poète aimé mais dont la main lui fut refusée.

 Les entrées : la femme ; la relation poète/femme ; la mort ; le temps qui passe.

 La femme :

 Ce poème orphique évoque la femme aimée et trop vite partie. Dès le premier vers la situation est posée avec l’évocation de la jeune femme morte : « celles dont la dépouille… ». De nombreuses périphrases sont utilisées par le poète pour parler de la femme aimée. On remarque que ces périphrases insistent toutes sur le caractère pur et respectueux de leur amour et sur le caractère exceptionnel et divin de la jeune femme ainsi :

-« celles dont la dépouillant ce marbre est enclose » (V 1) : cette première périphrase présentent la jeune femme en même temps que la situation et donne le ton au poème.

- De même la périphrase « une si rare et si parfaite chose / qu’on ne peut la dépeindre avec l’humain discours » (V 5/6) qui divinise la jeune femme notamment grâce aux hyperboles et en expliquant qu’aucun mot n’est à la hauteur de la jeune femme pour la décrire.

-et encore  au vers 12 : « cette chère partie d’un agréable tout qu’avait fait l’amitié »  les termes « chère », « agréable », « amitié » mettent en relief le respect et l’amour pur du poète. -Enfin la dernière périphrase (vers 12) « divin esprit qui gouvernais mon âme » est aussi tout à fait caractéristiques de la préciosité et divinise encore Phyllis .

On remarque la comparaison déjà classique au XVIe siècle de la femme avec la fleur, notamment la rose qui est la reine des fleurs, comparaison utilisée notamment par Ronsard dans le cadre du carpe diem et qui montre le caractère fragile et éphémère ainsi que la beauté de la femme : « elle passa pourtant de même qu’une rose, et sa beauté plus vive eut  des termes plus courts » (V 7/8) cependant le poète utilise le comparatif de supériorité « plus vive » qui insiste sur la beauté supérieure de la femme et qui s’associe aux termes hyperboliques  « si rare et si parfaite » (V 5). On peut enfin relever que les premiers mots du poème présentent la jeune femme morte alors que les derniers mots la font revivre « tu vis dans ma flamme ».

 

 La relation du poète et de la femme :

 

Leur relation est à la fois respectueuse et forte. Tout d’abord respectueuse et précieuse ainsi que le montrent les expressions « saintes amour » (V 2), « amitié » (V 11) ainsi que les adjectifs « dignes » (V 2), « chère » (V 10), « saintes » . Mais c’est aussi une relation très forte, puissante  puisque le poète et la jeune femme ne forme qu’un et que cette unicité dépasse la mort.

On remarque qu’avant la mort le couple apparaît comme « un agréable tout » (V 11) Phyllis  est présentée comme « une partie » on a aussi le terme « moitié » (V 13) et enfin on apprend au vers 13 que les deux « amants » ont un seul fil de vie à deux « notre fils » ce qui montre qu’ils ne forment qu’un et témoigne de la puissance de leur amour.

La mort de l’un atteint donc l’autre, et  tandis que le poète transmet la vie à la jeune femme lui-même semble mourir un peu. En effet, dès le premier quatrain le poème utilise les antithèses et semble les mélanger pour évoquer la vie du poète et la mort de la jeune femme ainsi : « elle y dort », et « je ne repose » et ainsi que « en veillant », « j’y songe » ainsi que les adverbes « jamais » et « toujours » (V3/4) comme si la vie et la mort étaient donc étroitement mêlés.  On remarque que le poète utilise  l’euphémisme du verbe « dormir » pour évoquer la mort,  et le verbe « songer » habituellement associé au sommeil,  est  ici associé au verbe « veiller ».

Mais c’est surtout dans le dernier vers construit à la fois sur un chiasme et sur un parallélisme (chiasme .  je, ta/tu, ma), (parallélisme : je meurs/tu vis et en ta cendres/dans ma flamme) ; de plus le chiasme montre que la femme à laquelle il s’adresse « ta/tu » (termes B du chiasme abba) est contenu par le poète avec les termes A c’est-à-dire « je/ma » ce qui renforce le sens même du vers.  Cette osmose apparaît aussi avec l’utilisation des prépositions « en » et « dans ». Enfin, le poète semble totalement soumis à son amour ce qu’il évoque dans le vers 12 « divins esprits qui gouvernais  mon âme ». On remarque aussi , qu’à aucun moment le poète n’évoque une réciprocité de l’amour (on sait que les parents de la jeune fille avaient refusé sa main au poète) la seule évocation presque charnelle de leur relation apparaît au vers 10 « enleva de mes bras » et laissent imaginer la jeune femme dans les bras du poète.

Enfin, si le poète parle de son aimée et de son amour au passé, que ce soit le passé simple « fut »(V2) ou  l’imparfait « gouvernait » (V 12) en revanche,  le dernier vers est au présent ce qui semble montrer que l’amour du poète est plus fort que la mort.

 

 La mort :

 Dans ce poème la mort est allégorisée notamment au vers 9 « la mort qui par mes pleurs… », « enleva » (V 10) mais aussi à travers l’image de la parque. On remarque dans les deux cas que la mort ne semble avoir ni empathie ni compassion : « par mes pleurs ne fut point divertie » (V 9) et utilisation du verbe « couper » qui montre une action déterminée et brusque.

En effet le poète décrit la mort de la jeune fille avec des verbes au passé simple qui montre la rapidité de la mort et son caractère irréversible tel que « Elle passa » (V 7) ou encore «enleva de mes bras » (V 10) « la parque n’a coupé » (V 13). On remarque que le poète utilise fréquemment des euphémismes pour parler de la mort telle que « elle y dort » (V 3) ou encore « elle passa » (V 7) ou « eu des termes plus courts », « enleva de mes bras » (V 10). Il utilise aussi des métaphores telles que «a coupé notre fil » en revanche dans le premier vers la mort est évoquée de manière beaucoup plus crue avec les termes « dépouille » ou « enclose » du vers 1. La comparaison classique de la femme à la rose ne sert pas ici la notion du carpe diem.

 

Le temps qui passe

 Le temps qui passe est évoqué de deux manières différentes tout d’abord par son caractère rapide (précisément du temps qui passe) pour l’homme « elle passa pourtant de même qu’une rose » (V 7) ou « eu des termes plus courts » (V 8) dans ce poème ce n’est pas le temps qui passe mais bien la femme,  puisque ce verbe de mouvement est employé pour elle : « elle passa ». La rapidité est marquée à la fois par le  passé composé « a coupé » et le passé simple qui tous deux indiquent une action rapide.

En revanche pour le poète l’amour lui est éternel on le remarque avec le présent utilisé dans le dernier vers. Pour le poète le temps se décompose en deux parties : la vie avant la mort et la vie après la mort de la jeune femme ce qui est exprimé par « depuis que » (V 3) le présent est le temps associé à la mort : « elle y dort »(v3), « je meurs » (v 14).  Les adverbes « Jamais » et « toujours »  évoquent,  eux,  des temps très longs ; le passé composé est utilisé pour parler de la mort et exprime la brutalité et la rapidité ,  tandis que l’imparfait évoque leur amour et le present du dernier vers montre qu’il y a un prolongement de l’amour dans l’avenir.

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Analyse : extrait, Britannicus JEAN RACINE

 

Analyse :                     Britannicus JEAN RACINE

 

                                                    acte IV, scène 3

Introduction :

Racine est un dramaturge classique, influencé par le jansénisme de Port-Royal, et  qui a porté la tragédie à son niveau le plus fini. Si cette tragédie est tirée de l’histoire romaine, cette intrigue mêlant les confrontations politiques pour le pouvoir et l’amour n’est pas étrangère à ce qui se passe à la cour de Louis XIV. Britannicus, qui reste une des pièces les plus représentées de Racine,  met en scène la naissance d’un tyran, Néron,  qui convoite Junie amoureuse de son frère Britannicus et n’hésite pas à faire empoisonner ce dernier après avoir arrêté Agrippine sa propre mère. Dans cette scène Néron dévoile à Burrhus son gouverneur , stupéfait ,  son projet de meurtre.

 

les entrées : Néron, le pouvoir absolu, la violence, la relation Néron/Burrhus

Néron :

Néron apparaît dans cette scène comme foncièrement mauvais et surtout hypocrite,  que ce soit par rapport à sa mère ou à son demi-frère. En effet dans les deux premiers vers, on se rend compte qu’il a fait semblant de céder à sa mère et de se réconcilier avec son frère pour pouvoir mieux les vaincre.

Les explications sont données sur un registre didactique avec l’utilisation des « : » et servent  une fausse concession avec « oui… mais » dans laquelle  » le mais » s’oppose totalement au « oui ».  Il y a donc une antithèse entre les deux hémistiches du vers 2, entre  » embrasse » et « étouffer » et donc entre l’apparence et la réalité. De plus ces deux verbes associés évoquent l’image d’un serpent,  animal à la réputation perverse et hypocrite. C’est un personnage qui ne semble avoir aucune empathie. Ni envers sa mère qu’il appelle ,au vers 4 , par son nom : «Agrippine »  , comme s’il tentait de mettre ainsi  une distance entre lui et elle . De plus les propos qu’il tient à son égard ne montrent aucune affection,  au contraire « elle se hâte trop » (V 1),  « elle m’a fatigué » (V 6), « sa coupable audace » (V 7), « les fureurs d’Agrippine » (V 4). Il ne veut plus avoir à rendre des comptes à sa mère,  il cherche à en être délivré . Lorsqu’il parle de sa mère il insiste sur l’exagération qu’elle met dans sa défense de Britannicus et utilise deux fois l’adverbe hyperbolique  « trop » (V1,3).

 Assassiner Britanicus lui permettrait ainsi de couper le cordon avec sa mère. Lorsque Burrhus s’inquiète de la douleur probable d’Agrippine à la mort de Britannicus « elle va donc bientôt pleurer » (V9) Néron ne réagit pas, ne s’intéresse pas aux sentiments de sa mère et ne répond que sur la mort de Britannicus. On se rend compte aussi que par rapport à son demi-frère,  il n’a aucun sentiment fraternel. Il ne prononce d’ailleurs jamais son nom , utilise des synonymes tels que « mon rival » (V 2),ou la périphrase « ce nom ennemi » (V 6). Même pour son peuple, pour sa cour,  il ne ressent aucune empathie ainsi : « suis-je leur empereur seulement pour leur plaire » (V24). De plus Néron est dans l’immédiateté  de sa volonté : « avant la fin du jour » (V10) enfin Néron est un égoïste , égocentrique ce qui paraît tout à fait évident dans l’accumulation (V 12) avec la répétition du déterminant possessif « ma gloire, mon amour, ma sûreté, ma vie. ». Néron est donc un personnage qui a tous les attributs du tyran : l’égocentrisme, l’égoïsme, le manque d’empathie,  la cruauté et le caprice.

 

Le pouvoir absolu :

 

Si Néron a toutes les caractéristiques du tyran,  il exerce évidemment un pouvoir absolu. Dans l’accumulation (12) le mot « gloire » est mis en exergue par sa place en début de vers et par la prononciation du » e » muet. On remarque dans sa manière de parler l’exercice du pouvoir  «il faut que » (vers 3), et l’utilisation du futur de l’indicatif qui montre qu’il n’a aucun doute sur l’avenir « je ne le craindrai plus » (V 10) et sa manière d’apostropher Burrhus  au vers 15.  Il refuse d’imaginer que la femme qu’il désire puisse être à  un autre « je ne sais quel amour que le hasard nous donne et nous ôte en un jour ? » (V 21/22). Rien ne semble arrêter sa volonté ni le lien maternel, ni le lien fraternel ni son devoir d’empereur il est prêt à accomplir l’inacceptable et Burrhus  en est choqué et il l’exprime : « horrible dessin » (V 13), « sans frémir » (V 16), « dans quel sang , vous allez vous baigner ? » (V 17)

 

La violence :

 

La violence est une des caractéristiques du tyran et ce dialogue ne fait pas exception. Dès la première réplique,  il évoque l’assassinat avec le verbe « étouffer » dans une proposition concessive  qui fait de cette mort un but . Même si il n’utilise pas directement le terme « mort » elle est présente dans tout le dialogue avec par exemple le mot « ruine » (V 3) mis en valeur pas la la diérèse en fin de vers. De même , il utilise une sorte de litote pour parler de sa mort « tant qu’il respirera » (V5) ou encore l’euphemisme  (V 10)  « je ne le craindrais plus » si les mots de Néron cherchent à atténuer la portée de son geste,  Burrhus, lui, cherche à le replacer devant sa propre violence et va donc au contraire amplifier l’horreur du crime projeté avec,  tout d’abord,  « horrible » (vers 13) qui est un adjectif hyperbolique ou encore avec la métaphore du vers 17 « dans quel sang vous allez vous baigner » et enfin il utilise le registre pathétique pour provoquer la compassion de Néron face à sa mère : « elle va donc bientôt pleurer » (9)

 

 

la relation Burrhus et Néron :

 

Dans cette scène nous voyons la supériorité de l’empereur Néron qui s’adresse à Burrhus comme à un subalterne.  Il le rappelle à l’ordre « Burrhus ! » (V 15) mais en même temps il reste son confident et précepteur donc il prend le temps de s’expliquer « c’en est trop : (V 3) » suivie d’une longue explication jusqu’au vers 8 ou encore dans sa dernière réplique du vers 20 au vers 24 et utilise des interrogations rhétoriques pour tenter de convaincre Burrhus. On se rend compte ainsi qu’il tient à l’avis de Burrhus. De son côté Burrhus montre un profond respect pour Néron mais aussi une réelle affection. Il n’imagine pas que Néron puisse si mal se comporter, il n’arrive pas à y croire !  Ainsi on a une mise en incise de « quoi que vous disiez » (vers 13) et l’affirmation hyperbolique « ne fut jamais » qui montre ceci.

On remarque la surprise de Burrhus face à ce nouveau Néron avec les exclamations telles que « quoi, seigneurs ! » (V 3), « au ciel ! » (V 15). Burrhus  reste attaché à l’image d’un Néron bienveillant « Néron dans tous les cœurs est-il las de régner ! » (V 18), on relève aussi utilisation de l’hyperbole « tous ». Burrhus tente de raisonner Néron « songez-vous » (V17), « que dira-t-on de vous ? » Quelle est votre pensée ? » (V 15). Même s’il a beaucoup de déférence envers Néron il ne semble pas réellement le craindre. Il lui répond même après le rappel à l’ordre et commence même au vers 13 sa phrase par « non », Il ose donc s’opposer à son empereur.

Tout cela est le signe d’une relation forte et profonde entre ces deux personnages. (Rappelons que Burrhus a élevé Néron).

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analyse Notre Vie , Eluard , Le temps déborde

 

Analyse  « Notre vie » , Le temps déborde….. ELUARD

Introduction:

Poète surréaliste puis engagé dès la seconde guerre mondiale, Eluard participe à la modernité poétique. Sa poésie est porteuse d’espoir et célèbre le bonheur et l’amour même dans les moment les plus sombres d’un monde qu’il sait malade.  Pourtant , en 1946, sa femme , Nush, qu’il aime avec passion, meurt brusquement alors qu’il entamait à peine l’écriture de son recueil : Le temps déborde qui lui était dédié. Les poèmes qui suivent expriment alors sa douleur et son désespoir. C’est le cas de cet émouvant poème .

 

Les entrées : Nush, l’amour, la mort, l’absence, le temps , la souffrance

Nush:

Dès le premier vers le poète s’adresse à Nush « tu »(v1) son lien avec le poète est symbolisé par le possessif « notre vie »  (ils n’ont qu’une vie à deux  : cf le poème sur un tombeau de Tristant l’Hermite) repris au vers 6 à l’ouverture du second quintile. De plus l’expression est attribuée au poète au vers 1 alors qu’au vers 6 c’est Nush qui le dit : « disais tu «  les deux voix se répondent donc comme en écho.

Nush apparait être une femme pleine de vie et de joie de vivre : « si contente de vivre »  avec l’adverbe hyperbolique qui accentue cette qualité chez Nush. La vie avec elle semble vraiment heureuse , les moments évoqués sont associés au bonheur des commencements  « aurore » (v4)(commencement du jour)  ou « un beau matin de mai » (v4)(naissance du printemps)  et la jeune femme semble ancrer  le poète (qui vit par les mots) à la vie réelle . En effet, c’est une femme vivante (au sens figuré du mot) sa générosité apparaît dans le choix des verbes « tu l’as faite » (v1) , « donner la vie »(v7) . Sa relation à la vie est donc très forte  c’est elle qui fait la vie ou qui la donne .  Dans le troisième quintile  Nush est nommée, à la césure, mise en valeur par sa place entre deux adjectifs opposés  et très porteur de sens  : « visible »/ »invisible » ce qui souligne son absence .

 C’est ensuite une « Nush » morte  qui est évoquée notamment avec le froid « neige »  qui évoque aussi bien la pureté que la pâleur, mais aussi « dure » (v11)  .  Nush qui était porteuse de vie pour le poète l’a emportée avec elle . Le poète en plus de sa douleur, semble privé de ses sens : « aveugle  » silence« .

 

 

La mort :

 

Ce poème qui évoque la mort de la femme aimée commence , paradoxalement, par la vie « notre vie »(v1) .

En fait, dans le premier Quintile,  la mort surgit chaque fois que le poète évoque le bonheur ou la vie . Ainsi le premier alexandrin alterne un hémistiche sur la vie et, sans transition (ni ponctuation), un hémistiche sur la mort « elle est ensevelie ». Ensuite le vers 3 est une évocation de la mort,  qui suit  « un beau matin de mai »  de même,  le vers 5 qui parle explicitement de la mort suit le vers 4  qui lui évoque « 17 années » de bonheur.

Après deux vers sur la vie (v 6 et 7) tout le reste du poème est consacré à la mort . c’est le vers 8 qui fait définitivement basculer dans la mort.

La mort est allégorisée  , elle agit comme une personne « entre » (v5) « vient » va »(v9), « boit et mange »(v10) Elle est présente « visible »(v10) .  Elle semble exécuter une sorte de danse macabre  autour du poète avec un vers ternaire (rythme de la valse) et la mort en anaphore de chacun des trois hémistiches. Cela semble traduire une sorte de vertige . Mais la mort va plus loin elle semble  vampiriser le poète  « boit et mange à mes dépens »(v10).

La mort est aussi évoquée à travers l l’image de l’enterrement en effet le poète associe le champ lexical de l’enfermement et la terre, avec des expressions  qui évoquent l’enterrement : au vers 3 « la terre a refermé » ou au vers 13 « sous la terre »

Mais la mort de Nush semble partagée par le poète (il meurt un peu lui aussi) ainsi lorsqu’il dit « et la mort entre en moi » (V 5) ou lorsqu’il utilise l’oxymore « la mort vécue » (vers 9) ou au vers 10 « à mes dépens », ou enfin lorsque la métaphore du masque de neige est évoquée à la fois « sur la terre »,  donc pour le poète,  et « sous la terre » donc pour Nush (V 13). La mort du poète est surtout , et avant tout , celle de ses sens , ainsi la vue : « aveugle » (V 14), les termes de « soif » et « faim » (vers 11) montrent l’impossibilité d’utiliser le goût (en effet cela sous entend ne pas boire et ne pas manger)  tandis que « la neige » semble montrer un engourdissement du toucher et enfin le dernier mot « silence » montre la mort de L’ouie . Les sens représentant tout ce qui est concret dans la vie, le réel (c’est à dire: ce que l’on voit, ce que l’on touche, ce que l’on entend, ce que l’on sent, ce que l’on goûte); la mort des sens  signifie bien l’impossibilité pour le poète de vivre en dehors de Nush. Pour terminer,  on remarque les très nombreuses occurrences du mot « mort » aux vers 8/9/5/10/11 ainsi que le terme « dissout » qui plus encore que la mort est une sorte d’effacement. La répétition du mot mort et le rythme particulier du poème évoque une sorte de litanie (prière).

 

l’absence :

La mort de Nush est sensible aussi dans son absence;  ainsi on retrouve au vers 11 « Nush invisible » on remarque aussi que Nush , au vers 11,  est inscrite entre deux adjectifs  visibles/invisibles qui donnent l’impression de la présence marquée d’une   »absence ». L’utilisation des temps du passé, lorsqu’il parle de Nush et de leur vie à deux, tel que le passé composé « a refermée », « tu l’as faite »  évoque une action terminée,  tandis que le présent est utilisé pour montrer cette absence (absence de mots et de vie) avec « je fais place au silence » ou encore absence de mémoire « mon passé ce dissout » (V 15)

Les termes de « soif » et « faim » ( associés à l’absence de nourriture et de boissons, éléments vitaux)  permettent  une comparaison avec Nush  grâce à un comparatif de supériorité « plus dure que » (vers 11/12). Enfin l’expression du vers 5 « entre en moi comme dans un moulin » donne l’impression que le poète est vide à l’intérieur.

 

La souffrance :

 La souffrance du poète apparaît tout d’abord dans sa déclaration d’amour (cf entrée sur l’amour) et dans le fait qu’il participe à la mort de Nush (cf entrée sur la mort). La souffrance du poète apparaît de deux manières : souffrance physique et souffrance morale

- souffrance physique tout d’abord puisque le poète semble être devenu la proie d’un vampire « boit et mangea mes dépens » (V 9) ou encore « la soif et la faim » ou enfin avec les adjectifs « durs » (V 11) ou « épuisé » (V 12).

- Souffrance morale ensuite qui apparaît au vers 14 « source des larmes » ou dans le dernier hémistiche du dernier vers de la dernière strophe « je fais place au silence » qui semble caractéristique de cette souffrance morale.

 

Le temps :

La notion du temps est très importante dans ce poème puisque c’est le titre même du recueil Le temps déborde.  En effet le temps a débordé avec le jour de trop,  celui de la mort de Nush.  Cette date, donnée d’ailleurs dans un des poèmes du recueil, correspond à la frontière qui va marquer l’avant et l’après.

On remarque notamment dans le poème un vers central  (le vers 8) qui coupe le poème en deux avec un connecteur d’opposition « mais » et qui fait basculer du côté de la mort, le sens même de ce vers. Ainsi « mais la mort a rompu l’équilibre du temps » montre que le temps a basculé du côté de la mort. Avant ce vers 8,  est évoqué le temps passé ensemble. On a tout d’abord la naissance de cette vie « un beau matin de mai » (V2) ( effectivement Paul Éluard a rencontré Nush un matin au mois de mai et lui a offert un petit-déjeuner). C’est pourquoi on remarque que les indices temporels sont tous des indices de « début » , de commencement,  » Aurore », « matin », « mai » (V 2) et encore « Aurore » (V 4). L’espace-temps de leur vie ensemble est donné au vers 4 « 17 années » on remarque aussi le vocabulaire associé à la vie et à la création « notre vie » (V 1/6) ou vivre » (V 6) ou encore « la vie » (V 7) ainsi que l’énergie créatrice de « tu l’as faite » (V 1) ou encore « de donner la vie » (V 7).

Le temps lui semble s’être arrêté au vers 8,  ainsi à partir du vers 9,  on remarque : soit des vers sans verbe conjugué donc sans possibilité de voir évoluer le temps (Les temps verbaux permettant de classer les événements et donc  de concrétiser le temps qui passe) comme dans les vers 11/12/13 et 14;  tandis que les rares verbes conjugués sont au présent et concernent uniquement la mort « viens », « va », « boit », « mange » (V 9/10) alors qu’au vers 15, le présent est utilisé pour montrer que le temps s’est arrêté (il n’y a plus ni passé ni avenir) : « mon passé se dissout ». Les dernières paroles du poète « je fais place au silence » semblent installer une sorte d’éternité de la mort (car le silence régnera dans l’avenir).

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Analyse Ubu roi , Jarry 1896 Acte III scène 2

Analyse                             Ubu roi , Jarry 1896

                                                          Acte III scène 2

introduction de l’extrait :

Père Ubu arrive au pouvoir après avoir tué le roi Venceslas. Cependant il ne se trouve pas assez riche il décide donc de tuer les nobles et de prendre leur richesse dans cette scène il passe les nobles à la trappe nobles où ils doivent être décervelés.

 

Les entrées : la férocité, la vénalité, le comique, la critique du pouvoir absolu

 

la férocité :

 

Dans cette scène père Ubu est si féroce que même mère Ubu semble choquée elle lui dit à plusieurs reprises « Quelle basse férocité » (L 15), ou « tu es trop féroce » (L 32) dans les deux cas elle souligne l’exagération soit avec l’adverbe « trop » soit avec l’adjectif péjoratif « basse ».

Le vocabulaire utilisé dénote d’une réelle violence telle que « crochet » « couteau » (L1) le verbe « décerveler » (L9) ou l’adverbe « brutalement » (L 2).

En plus l’utilisation du mot « noble » subit ici une sorte de réification , on le remarque notamment par l’utilisation de la préposition « à » dans « crochet à nobles », « caisse à nobles », couteau à nobles », « bouquin à nobles » (L 1–2). De plus le début insiste sur l’idée de mort: « faire périr » (L4), « condamné à mort » (L8), « faire exécuter » (L42). On remarque qu’ils maltraitent les nobles « brutalement »(L2) Il les interpelle avec des surnoms péjoratifs tels que « Bouffre » (L16) Il les insulte et les tutoie « tu as une sale tête » (L19).

Mais cette férocité laisse en plus un sentiment d’injustice et d’absurdité. Ainsi, si les riches sont assassinés pour leur argent « condamné !» (L 14) ou « dans la trappe » (L 18 ou 23), ils le sont aussi sans aucune raison, ainsi lorsqu’ un noble, le prince de Podoli  affirme « je suis ruiné » (L 26) ou que le Margrave de Thorn est présenté comme avec très peu de bien « ce n’est pas lourd » (L29),  la condamnation reste la même : « dans la trappe » (27 et 31).

Enfin on remarque qu’il y a une gradation dans cette férocité, dans ce besoin de tuer. La scène commence par l’assassinat des nobles un après l’autre « le premier noble » (L 7), « second noble » (L 16)   »troisième nobles » (L 28 et18) etc…  Puis on passe à « tous les nobles » (L42) ce qui est confirmé par la didascalie : «on empile les nobles dans la trappe » (L43).

 

La vénalité :

on sait que deux choses sont importants pour père Ubu : SA Gidouille (c’est-à-dire son ventre, manger,) et l’Argent. C’est notamment en s’appuyant sur cette vénalité que mère Ubu l’a convaincu d’assassiner le roi ; d’ailleurs, il le dit de manière explicite, il a tué le roi Venceslas pour l’argent : « pour enrichir », « prendre leurs biens » (L 4–5).

Ainsi au début de la scène (L 4) il parle d’enrichir le royaume mais rapidement il se dévoile et (L41/42), « je ne finirai pas de m’enrichir », « j’aurai tous les biens » (L42)

Les questions que pose le père Ubu aux nobles, avant de les assassiner, portent toujours sur les finances : «de combien sont tes revenus ? », « quels sont tes revenus ? » et ceci à cinq reprises et à chaque fois il s’assure : « tu n’as rien autre chose? ». Sa vénalité est telle que pour lui il n’y a pas de petits profits : « mieux vaut peu que rien » (L 31).

On remarque qu’il y a, à la fois, un lien de complémentarité et un lien d’opposition entre la noblesse et l’argent

–        complémentarité car c’est un titre de noblesse qui correspond à une terre. Cc sont donc des revenus pour père Ubu,  qui leur demande leur titre afin de connaître leurs revenus. Ainsi il a hérité de nombreuses terres qui sont énumérées dans les lignes suivantes ; c’est une accumulation de biens.

-          Il y a opposition,  puisque père Ubu est présenté comme vénal, mettant l’argent au-dessus tout mais sans aucune noblesse alors que les nobles mettent leur titre bien avant leur richesse ainsi le Margrave de Thorn déclare « cela ne suffisait » (L 30).

Enfin l’importance de sa richesse personnelle est relevée par Ubu lui-même lorsqu’il demande qu’on lui fasse la liste et qu’il utilise alors des déterminants possessifs tous marqués par une majuscule et donc prononcée sur scène avec exagération : « Ma liste de Mes biens » répété  2 fois (L33/34).

 

Le comique :

 

Cette scène de meurtre reste avant toute une scène de comédie. Tous les ressorts du comique sont utilisés : comique de situation (faire passer à la trappe les nobles), comique de langue avec des termes utilisés tels que « la chambre à sous » (L 13), « le pince port (L 8) qui sont des termes inventés choisis pour leur portée comique. Le registre familier en décalage total avec une scène de meurtre et avec la royauté apparaît dans des formulations telles que « tu n’as rien autre chose ?» (L 21) ou encore « qu’as-tu à pigner? » (L 31) ou encore « bouffre »(L16), « stupide bougre » (L36). On remarque aussi le comique de répétition avec à chaque fois premier noble, second noble,… et la question répétée « qui es-tu » (L 10, 16,19…) il y a aussi une répétition de la scène de la trappe avec « dans la trappe » (L 18,23, 27,31…)

Le rythme des répliques participe aussi du registre comique avec de très courtes répliques, des stichomythies , entre père Ubu et les nobles. Enfin l’absurde de cette scène vient  du caractère même, monstrueusement absurde,  de cette scène, ce qui  participe du comique : tuer les gens pour leur argent c’est monstrueux….  mais les tuer à la file comme des poulets cela devient absurde. Même la mère Ubu,  qui pourtant l’a poussé à assassiner le roi,  est écœurée par les actes d’UBU. L’exagération ici prend une portée comique.

 

Le pouvoir absolu :

 

-          Père Ubu est une caricature de dictateur dont il reprend, en exagérées, toutes les caractéristiques

Notamment celles de l’utilisation malveillante de ce pouvoir absolu. Les décisions sont prises par lui seul , et appliquées immédiatement .On le voit tout d’abord,  par l’utilisation du futur proche « je vais faire périr (L 4) ou « je vais faire exécuter » (L42) ou encore « je vais réformer » (L46). Ce besoin d’être obéi dans l’immédiateté est une des caractéristiques du pouvoir absolu : le tyran n’attend pas.

Il y a, de plus, une utilisation exagérée du « je » ainsi , par exemple « j’ai l’honneur » (L 4) je les passerai » (N 8).

Ubu est à la fois le décisionnaire, le procureur, (puisque c’est lui qui pose les questions « de combien sont tes revenu? »)  et le juge puisque c’est lui qui condamne « condamné!» (L 14) et exécuteur on le voit dans la didascalie « il le prend avec un crochet et le passe dans le trou » (L 14). Comme tous les tyrans, Ubu aime donner des ordres il y a donc de nombreux impératifs dans cette scène dès la lignes 1 « apportez », « faites avancer » (L 2), « passez-moi » (L 7), « lisez » (L) ainsi que beaucoup d’autres d’impératifs. Une autre des caractéristiques habituelles du tyran c’est le caractère inique des décisions on le remarque avec des expressions telles que « je n’en demande pas plus long »(L18) ou encore « pour cette  mauvaise parole ,passe dans la trappe »(L27). Il y a donc un pouvoir absolu sans aucune séparation des pouvoirs ce qui est confirmé

« après quoi nous réformerons les finances »( il s’attaque donc aussi bien à la réforme des finances que de la justice).  Il est mégalomane ce qui est perceptible avec « comme je ne finirai pas de m’enrichir », « tous les nobles, tous les biens vacants » il est aussi égocentrique et égoïste ce qu’on a pu voir avec la répétition de « Ma liste de Mes bien » et le passage de « pour enrichir le royaume » à « je m’enrichis » et « je finirai pas de m’enrichir » mais aussi par l’accumulation des terres et des propriétés et son manque total d’empathie il n’écoute plus personne ni la mère Ubu et parle à tous avec mépris « tu as une sale tête » (L 19) ou « stupide bougre » (L).

Même si la finalité de cette pièce n’est pas l’engagement politique il est évident que le pouvoir absolu est tourné en dérision à travers la figure de père Ubu on peut imaginer que la personne à l’origine de ce personnage c’est-à-dire le professeur Hébert devait lui aussi faire preuve d’une autorité quasi absolue dans sa classe.

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analyse UBU ROI Acte II scène 5

Texte 11 :                                      Ubu roi,  Jarry (1896)

                                                                                    Acte II,  Scène 5

 

introduction de la scène : la reine et son fils Bougrelas ont pu échapper au massacre et se sont sauvés. Cependant la reine meurt de désespoir.

Les entrées : la parodie, le désespoir de Bougrelas, la relation entre bougre lasse et la reine, l’évocation de la noblesse.

 

La parodie :

C’est une scène tragique qui reste pourtant une parodie tragique et ce pour deux raisons : l’accentuation  caricaturale et le comique

Tout d’abord l’accentuation caricaturale est donnée à la fois par de nombreuses hyperboles « je suis bien malade » (L 4), « tant de coups » (L 7), « au plus violent désespoir » (L 20) ou encore, « la plus noble race » (L 8), « jamais » (L 19). Des exclamations associées à des vocatifs vont dans le même sens telle que « Ô! ».

On a, de plus,  des interrogations qui prennent la forme d’interrogations rhétoriques telle que « comment veux-tu que je résiste à tant de coups ? » (L 7), « par qui ?» (L 10), ou encore « est-ce possible ?» (L 18). On peut aussi retrouver des formules toutes faites telles que « un aventurier sorti de je ne sais où » (L 10). On remarque aussi la caricature de la mission de vengeance sur la fin de l’extrait avec « une vengeance terrible à poursuivre » (L 30) et « et cette épée… » (dernière phrase de la scène).

La description de la mort à la troisième personne est aussi caricatural  de la description de la mort dans la tragédie classique (où l’on ne meurt pas sur scène) : « elle pâlit ….» (L 17-18) le registre pathétique vient alors se rajouter au registre tragique toujours dans l’exagération « qu’il est triste de se voir seul à 14 ans » (L 20) didascalie.

Le comique, dans cet extrait,  est un comique de l’absurde ainsi l’affirmation catégorique et précise de la reine : « je n’en ai plus que pour deux heures » (L4/5) peut paraître très drôle. On a aussi des phrases qui évoquent des souvenirs de manière prématurée ainsi « je me rappelle combien nous étions heureux » (L 13).

Le comique vient aussi de certaines incohérences, ainsi alors qu’on vient d’apprendre par les didascalies qu’ils sont cachés dans une grotte , dans une montagne, Bougrelas déclare qu’il est « dans un désert » (L 17) enfin on a l’apparition du fantôme : le Seigneur Mathias Königsberg appelé l’ombre et qui semble être une parodie de l’apparition du Père d’Hamlet  de Shakespeare.

 

 

Le désespoir de Bougrelas

Dans cet extrait Bougrelas  ressent des émotions de plus en plus fortes. On a une sorte de gradation au niveau des émotions : lorsqu’il commence ce n’est qu’une simple inquiétude : « Qu’as tu ma mère ? » (L 3) puis, à l’annonce de la mort de sa mère il s’interroge : « le froid t’aurait-il saisit ? » (L 6). Il n’a donc pas l’air de réaliser que la situation est désespérée il dit d’ailleurs « attendons avec espérance » (L 15) ainsi que « ne renonçons jamais » ce n’est qu’à partir de la ligne17 qu’il commence à comprendre….    On remarque que, jusque-là,  toutes les répliques de Bougrelas commencent par une interrogation « que veux-tu ? », « Qu’as-tu ? », « Le froid t’aurait-il  saisit ? ». Cependant, paradoxalement,  son désespoir et sa tristesse ne se portent pas réellement sur sa mère mais  sur lui-même . Ainsi il ne dit pas « mon Dieu ma mère est morte » mais « je suis seul dans le désert ». Il évoque d’ailleurs sa mère avec un déterminant indéfini dans la phrase « encore une victime de père Ubu » (L 18) s’il est triste c’est surtout de se voir tout seul à 14 ans ce qui semble montrer un certain caractère égocentrique et égoïste. Il ne parle plus de sa mère.

Enfin Bougrelas donne à cette scène une émotion religieuse avec les exclamations « oh mon Dieu! » (L 17,19) il utilise aussi le terme « prodige » (L 25) mais surtout dans la didascalie finale il est présenté en pleine extase (c’est-à-dire connecté à Dieu lui-même) rapidement le désespoir de Bougrelas semble se transformer en une sorte d’enthousiasme de vengeance.

 

LA relation entre Bougrelas et sa mère

Il y a une relation très forte entre la mère et son fils. Tout d’abord le fils s’inquiète pour sa mère. il utilise le possessif « ma mère » ainsi que le « tu » ce qui montre une sorte de mélange des registres : en général le tu accompagne plutôt le terme familier « maman » tandis que le terme « mère » utilisé avec le vous »" et sans déterminant. De même, la reine l’appelle « mon cher enfant » en incise (L 16). Pourtant elle se livre à un véritable éloge de Bougrelas tout d’abord grâce au vocatif « Ô Bougrelas » (L 13) elle utilise aussi une périphrase méliorative, élogieuse qui évoque, non plus le fils, mais le prince : « représentant de la plus noble race qui est jamais portée l’épée » (L 7). L’amour de Bougrelas pour  la reine sa mère est perceptible dans l’inquiétude qu’il ressent,  marqué par les exclamations « ah ! » (L 3) ou « quoi ! » (L 6) ou encore « Eh ! » (L 17). Même si l’égoïsme juvénile semble dominer après la mort de sa mère. Sa mère elle, multiplie les marques d’affection : mise en incise de « toi » (L 8) ou encore toujours en incise « mon cher enfant » (L 16).

 

L’évocation de la noblesse :

Dans cette pièce la relation à la noblesse est très importante;  tout d’abord parce que père Ubu ne semble pas noble  et même est vulgaire ,  même si l’auteur semble tourner la noblesse en dérision dans cet extrait la noblesse de cœur et d’ âme est associée à la noblesse en titre celle du Prince Bougrelas et de la Reine Rosemonde alors que UBU lui, est un roturier pour lequel on utilise des termes très péjoratifs tels que « crapules », « aventurier », « vagabond » (L 11).

De plus la noblesse est associée à des valeurs anciennes telles que « porté l’épée » (L 8) Bougrelas souligne le caractère injustifié de l’anoblissement d’UBU (L 9) « mon père l’a décoré et fait comte ». Le port de l’épée est un signe de noblesse , repris par les ancêtres aussi bien dans la didascalie L 27 « il lui donne une grande épée » que dans le serment que fait l’ombre : « que cette épée que je te donne… » on voit que l’épée est personnifiée : « quand elle aura frappé de mort » (L 28). Cette épée a donc une mission au même titre que Bougrelas. Il y a une allusion évidente aux épées des chevaliers du Moyen Âge : épée magique puisqu’elle est donnée par des revenants et qu’elle est personnifiée. Enfin l’ombre insiste sur son titre : « le seigneur Mathias Königsberg».

 

Questions possibles :

Quelle est la fonction de cette scène ?

En quoi cette scène diffère-t-elle du reste de la pièce ?

Quelle image de la noblesse est donnée dans cette scène ?

Comment évolue le jeune bougre lasse dans cette scène ?

Quel est le registre de cette scène ?

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analyse : comme on voit sur la branche……

«Comme on voit sur la branche… »

Nouvelle continuation de amours (1556), « sur la mort de Marie »

Pierre de Ronsard

Comme on voit sur la branche au mois de Mai la rose
En sa belle jeunesse, en sa première fleur
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose :

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur :
Mais battue ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt feuille à feuille déclose :

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif, et mort, ton corps ne soit que roses.

 

 

Appelé par ses contemporains le prince des poètes, Ronsard est à l’origine de La Pléiade . Malgré la diversité de ses œuvres, c’est sa poésie amoureuse qui est restée célèbre jusqu’à nos jours et , bien qu’il ait reçu la tonsure, il consacre plusieurs recueils à ses muses et à l’amour. Un grand nombre de ses poèmes développe le thème du Carpe Diem et l’influence de Pétrarque est évidente.

Dans La nouvelle continuation des amours, et plus particulièrement dans « sur la mort de Marie », on pense que  poète pleure la mort de Marie Dupin, une jeune paysanne de Bourgueil ou celle de Marie de Clèves . Ce poème à la fois simple et précieux exprime la tristesse du poète.

 

LES ENTREES :  La comparaison rose/femme ; le temps ; la beauté ; la mort ; la douleur

 

La comparaison Marie/Rose

Ce sonnet se construit sur une comparaison qui respecte la traditionnelle rupture sémantique du sonnet entre quatrains et tercets. Vers 1 « comme » (la rose)  vers 9 « ainsi » (Marie)  ; les quatrains développent le comparant et les tercets , le comparé. Cependant ce poème va plus loin qu’une simple comparaison car la rose est personnifiée et Marie se métamorphose en rose. En effet les termes pour qualifier la rose sont des termes pour la femme : « jeunesse » (v2) ; « grâce » ; « amour » sont les attributs  d’une jeune fille (v5) et  l’attitude est humaine : « Languissante elle meurt » alors que pour la femme , l’expression « première et jeune nouveauté » fait écho à « première fleur »(v2) mais la métamorphose atteint son apogée au dernier vers : « ton corps ne soit que roses » il y a donc une inversion évidente à l’intérieur  même de la comparaison. Mais une comparaison se fait toujours sur un ou des points communs c’est le cas dans ce poème . Marie et la rose ont en commun la beauté : pour la rose « belle »(v2) ; « vive couleur »(v3) ; « grâce »(v5) et pour Marie : « ta beauté »  mais aussi la jeunesse : les deux vers qui y sont consacrés, l’un à la rose (v2), l’autre à Marie (v9) forment à eux deux un chiasme :

« En sa belle jeunesse, en sa première fleur » / « ainsi en ta première  et jeune nouveauté »

Ce qui donne l’impression que l’une est le miroir de l’autre et accentue la ressemblance !!!

De plus les deux meurent jeunes, arrachées malgré elles à la vie ! , La rose : « battue (…) elle meurt » (v7/8) ;  Marie : « la Parque t’a tuée » (v11). De plus la mort intervient en pleine jeunesse  ce qui est signifié par deux CCT : »Quand…. »(V4)  Et « Quand….. »(V10).

 

LA BEAUTE

 

La rose est considérée depuis l’antiquité comme la plus belle fleur symbole de l’amour

 (L’Histoire de la Rose

             » La rose est la fleur de l’amour et la plus populaire fleur de ce monde. » 
                       Elle a été créée par Chloris, la déesse grecque des fleurs, 
                                      mais du corps sans vie d’une nymphe 
                        qu’elle a trouvé un jour dans un effacement dans les bois. 
                           Elle a demandé l’aide d’Aphrodite, la déesse de l’amour, 
                                                      qui lui a donné la beauté;

                 Dionysos, le dieu du vin, du nectar ajouté pour lui donner un parfum doux, 
                           et des trois Grâces lui a été donné le charme, l’éclat et la joie. 
                                 Puis Zéphyr, le vent occidental, a soufflé loin les nuages 
                                              de sorte qu’Apollon, le dieu du soleil, 

                                         a  pu la polir et  en faire la fleur des fleurs.

                                     Et ainsi, Rose est née et était immédiatement reine couronnée des fleurs) http://boitedependore.com/fleurmois/histoirerose.htm

 

De nombreux poèmes de Ronsard évoquent cette fleur majestueuse : « Mignonne allons voir si la rose… » « Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie » etc…  

Dans ce poème elle apparait dès le premier vers avec un déterminant défini « la » qui souligne sa singularité et,  en fait un symbole associé  avec un « on » de généralité qui montre que le poète n’est pas le seul à en faire l’éloge. Le verbe « voir  » (V1) invite à voir la fleur, presque comme  une hypotypose.

C’est donc un merveilleux compliment que de comparer Marie à la Rose. Si on a pu voir que Ronsard utilise la polyptote( le même terme sous ses différentes formes) pour évoquer leur beauté respective, il utilise aussi le thème de la belle matineuse (Le topos de la « Belle Matineuse », femme dont la beauté fait pâlir l’Aurore, prend naissance avec un sonnet de l’italien Rinieri et sera repris par tous les poètes du 16ème S)   ainsi, v3/4 : « rendre le ciel jaloux » , « l’aube de ses pleurs »     et v10 : « Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté » .

De plus la beauté, pour le poète, n’a pas la porté d’une admiration platonique mais  doit être sensuelle  (mettre en jeu les sens), en effet, pour la rose on a la vue « vive couleur », l’odeur, avec le chiasme du vers 6 qui montre l’importance de ce sens pour le poète « embaumant les jardins et les arbres d’odeur » ; le toucher « dans sa feuille »(v5)  quant à la femme  « ton corps » évoque une intimité amoureuse.

 

 LE TEMPS

 

Le temps  est très important dans ce poème pour deux raisons : tout d’abord parce que Marie est morte trop jeune, au printemps  de sa vie, ensuite comme l’exprime le thème (en vogue au 16ème s) du carpe diem, la vie est éphémère, le temps passe  trop vite (cf. les « vanités »). C’est pourquoi tout le champ lexical du temps se concentre sur la notion de « commencement »  avec les termes déjà  vus de « jeune » ou « jeunesse » avec la répétition de « première » mais aussi avec le « mois de mai », ou l’aube » ou l’expression  « au point du jour »  ce moment est pourtant celui que va choisir la mort  ce qui est marqué par l’emploi de prop. Sub. circonstancielles de temps : « quand l’aube…. » (v4) ; « quand la terre….. » (v10).

Pourtant , le « temps » de Marie semble être encore plus court que celui de la Rose , pour cette dernière,  6 vers pour en faire l’éloge et deux pour évoquer la mort. Alors que la jeune femme n’a que deux vers pour l’éloge et un hémistiche pour la mort . Cela donne une impression d’accélération du temps.

Quant aux temps verbaux employés dans ce poème, ils participent évidement à l’organisation temporelle.  Les deux quatrains sont au présent d’habitude (tous les mois de mai) en revanche les deux tercets qui parlent de Marie sont très différents. Le vers 10 qui représente la jeunesse de Marie est à l’imparfait « honoraient » alors que sa mort est donnée au passé composé temps de l’action terminée et rapide et sur un seul hémistiche ce qui montre la brutalité et la soudaineté de la mort « La Parque t’a tuée ». Les vers suivants sont au présent d’énonciation qui correspond à la douleur du poète dans la situation présente « tu reposes » ; « reçois » (impératif présent) ; « ne soit » (subjonctif présent). Le fait qu’il s’adresse à Marie directement et à l’impératif présent rend sa présence presque réelle.

 

LA MORT

 

Le verbe mourir n’apparaît qu’au vers 8 c’est-à-dire, à la fin des deux quatrains évoquant la Rose . C’est pourtant un poème orphique, sur la mort donc, de la femme aimée. Cependant si la mort n’est pas explicitement évoquée dès le début du poème, certains indices semblent l’annoncer. Ainsi la « jalousie » du Ciel et les « pleurs » de l’Aube semblent annoncer un dénouement tragique. De plus on reconnaîtra l’euphémisme dans « se repose » (V 5) souvent employé pour évoquer le repos  éternel. On remarque aussi l’opposition entre la violence de la nature « battue » ou « excessive » (hyperbole) (V 7) et la douceur de la mort, marquée par l’adverbe « languissante » ou l’euphémisme  « déclose » (vers 8) on a donc l’impression que la Rose accepte son sort . On remarque, d’ailleurs, que pour elle , le verbe mourir est utilisée à la forme active et au présent   »elle meurt » (V8). Alors que pour Marie les événements semblent beaucoup plus rapides puisque sa mort intervient en un seul hémistiche et non pas en deux vers comme pour la rose , et que le verbe « tuée » alors employé induit l’idée d’un meurtre d’autant plus  que l’action n’est pas faite par Marie mais bien par la Parque, Marie n’étant que le complément d’objet . Cela , bien sûr, souligne l’impuissance des hommes face à la volonté des dieux et donc l’impuissance du poète devant la mort de la femme aimée.

 

LA DOULEUR

 

le poète rend deux hommages différents à Marie,  celui de l’homme et celui du poète .

L’hommage personnel apparaît avec l’utilisation du déterminant possessif associé à la tristesse marquée par la redondance « mes larmes »,   »mes pleurs «  (V 12) ce qui montre une certaine intimité entre Marie et Pierre de Ronsard et donne plus de force à la douleur qu’il ressent. Cependant nous remarquons aussi l’hommage du poète notamment au vers 13 : l’évocation énigmatique du  » vase plein de lait et du panier plein de fleurs » peut correspondre à un rite antique existant,  mais le démonstratif « ce » laisse à penser que c’est le poème lui-même qui est une offrande et qui représente à la fois le vase et le panier. La mort mise en incise à la césure du dernier vers permet de  dépasser la mort grâce à  l’amour du poète et à  la métamorphose de la femme en rose.

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Introductions corpus sur le tyran au théâtre

Introductions

 

Angelo Tyran de Padoue

Victor Hugo s’essaya au théâtre avant même d’être romancier  ou poète. Très jeune, il fait parti du cénacle des romantiques et,  dans la préface de Cromwell, il développe  son concept du drame romantique. Lorsqu’il écrit Angelo tyran de Padoue , en 1835  il est à la fois influencé par son admiration pour Shakespeare  et la vogue de Venise chez les romantiques. Cette pièce raconte l’histoire d’Angelo puissant podestat de Padoue,  de sa relation avec  sa femme Katarina et sa maîtresse la comédienne Tisbe. Dans cette tirade il s’adresse à cette dernière et évoque la puissance mystérieuse et inquiétante du conseil des dix sur la république de Venise dont fait partie Padoue et se présente en victime.

BRITANNICUS

Racine est un dramaturge classique, influencé par le jansénisme de Port-Royal, et  qui a porté la tragédie à son niveau le plus fini. Si cette tragédie est tirée de l’histoire romaine, cette intrigue mêlant les confrontations politiques pour le pouvoir et l’amour n’est pas étrangère à ce qui se passe à la cour de Louis XIV. Britannicus, qui reste une des pièces les plus représentées de Racine,  met en scène la naissance d’un tyran, Néron,  qui convoite Junie amoureuse de son frère Britannicus et n’hésite pas à faire empoisonner ce dernier après avoir arrêté Agrippine sa propre mère. Dans cette scène Néron dévoile à Burrhus son gouverneur , stupéfait ,  son projet de meurtre.

Caligula

Camus est un auteur du XXe siècle qui n’a cessé de développer sa philosophie sur l’absurde et le désespoir. Romancier , philosophe mais aussi dramaturge il garde longtemps en gestation sa pièce Caligula . Elle fait parti de ce que l’on peut appeler le cycle de l’absurde avec l’étranger et le mythe de Sisyphe. Inspiré du personnage historique et antique de Caligula, le Caligula de Camus est un prince révolté qui rejette toutes les valeurs tel que  le bien, le mal et développe à la fois une rage de destruction et  une passion de vivre. La métamorphose du prince en tyran est déclenchée par la mort de sa sœur Drusila. Il n’aura alors de cesse de provoquer et détruire ceux qui l’entourent jusqu’à sa propre mort. Dans cette scène,  il s’adresse à son intendant et dévoile son projet, violent et provocateur, qui prévoit la mort des nobles  de Rome. Ils devront tester pour l’État et ainsi ils seront assassinés lorsque l’État aura besoin de finances.

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Analyse Le Lac de Lamartine

Analyse de texte : le lac Lamartine                             (introduction donnée à part)

les entrées : le temps qui passe la nature la relation poète femme (l’amour, l’énonciation, lyrisme romantique

le temps qui passe

c’est un poème orphique dans lequel le poète pleure la perte de la femme aimée et regrette le temps où il était à ses côtés. Le poème va opposer l’éphémère et l’éternel, le temps organique et le temps minéral. Dès la première strophe apparaît cette opposition : « nuit éternelle »,  Le temps est donné par la métaphore « l’océan des âges » et l’adjectif « éternelle », ainsi que l’adverbe hyperbolique « toujours ». Cela s’oppose au temps éphémère « un seul jour » (S 1). L’antithèse « toujours » et « un seul jour » vient ouvrir et clore la strophe .

Cette première strophe met en place le temps qui passe trop vite pour l’homme et qu’il voudrait retenir ainsi que l’éternité de la nature. Il utilise, pour « marquer » le temps, les indices temporels « naturels »,  le champ lexical du temps,  les temps verbaux, et des adverbes  ou adjectifs de temps.

-          Les indices « naturels » temporels : « l’année » (strophe 2) « un soir » (strophe 4), « les heures », « les gens les jours » (S 7), « la nuit », « l’Aurore » (strophe sept). On remarque des temps longs tels que «l’année » et des temps courts tels que  « l’Aurore » ou « l’heure ». Ce sont des marqueurs du cycle du temps.

-           Le champ Lexical du temps : tout d’abord avec l’évocation même du temps lui même ; la jeune femme s’adresse au temps avec le vocatif « Ô temps », il est donc allégorisé, de la même manière elle s’adresse aussi aux heures « et vous heures propices ». Le temps est évoqué à travers deux métaphores premièrement la métaphore de l’eau qui revient dans le discours de Julie « coulez, coulez pour eux » et la métaphore de l’oiseau avec l’évocation du vol « suspend ton vol ». la métaphore de l’eau est utilisée dés la strophe 1 par le poète : « l’océan des âges » , « nouveaux rivages », «jeter l’ancre ».

-          les adverbes et adjectifs temporels : qui vont là encore montrer des temps courts ou longs, rapides ou lents : « toujours », « jamais », « éternelle»(S1), « à peine »(S2), « tout à coup »(S5), « rapides »(S6), « fugitive »(S9), « vitesse »(S10) on remarque que les termes qui montre la rapidité du temps sont associés à l’époque  où les amoureux étaient ensembles.

-          Les temps verbaux : le temps apparaît aussi dans l’utilisation des temps et de leur valeur. On voit tout d’abord un présent d’énonciation celui qui correspond au présent du poète « je viens » (S 2) et celui que l’on retrouve dans la parole rapportée au style direct de Julie « je demande », « je dis »  (S 8), mais aussi un présent de vérité générale pour imager  la fuite du temps « l’homme n’a point de port , le temps n’a point de rive »(S1).  On retrouve aussi un futur mais qui évoque à chaque fois une fatalité douloureuse. « Ne pourrons-nous jamais « (S1); « ne nous les rendra plus »(S11). Il utilise aussi des temps du passé notamment l’imparfait pour décrire le temps où il était avec Julie Charles «on entendait au loin »(S4) ou encore et cela est plus surprenant, le passé composé dans le dernier vers du poème « ils ont aimé » qui semblent montrer que l’amour est terminé. On remarque que les verbes qui parlent du temps sont tous des verbes de mouvement qui traduisent ainsi l’impossibilité d’arrêter le temps : « emportés » (S 1), « coulez » (S 7), « m’échappe et fuit » (S 8), « nous passons » « s’envolent » (S 10).

 

La nature :

La nature chez les romantiques a une importance capitale . Elle est à la fois le refuge, la confidente, le miroir des émotions du poète. En effet dans ce poème Lamartine se réfugie dans cette nature qui avait accueilli ses amours et qui maintenant l’accueille avec ses souvenirs

-           De plus la nature devient le refuge du poète « s’asseoir sur cette pierre » il est vraiment totalement entouré accueilli par la nature « les flots » (strophe 2), « les roches » (strophe 3). Mais aussi « coteaux », « sapin » (strophe 14) et donc une description de la nature qui l’entoure et cette nature apparaît à travers les différents sens du poète : la vue donnée par les différentes descriptions et les couleurs telles que « front d’argent qui blanchit à surface » (strophe 15), l’odorat « parfum léger » (strophe 16) le toucher « l’écume de tes ondes sur ses pieds adorés » (strophe 3) ou enfin l’ouïe « les bruits de tes bords partaient bords répétés » (strophe 15)

-          . Dès la strophe 2 le poète personnifie le lac avec le vocatif « Ô lac ». La personnification sert au poète pour se confier il s’adresse ainsi à la nature comme à une amie ainsi « regarde » (strophe 2), « t’en souvient-il » (strophe 4). On remarque que le poète tutoie la nature, il partage avec elle ses souvenirs « tu la vis asseoir ». On peut se rendre compte que non seulement il partage ses souvenirs avec la nature mais il lui demande en plus de devenir la gardienne des souvenirs !  la nature doit garder l’empreinte de leur amour. « Gardez, belle nature, au moins le souvenir ! » (Strophe 13).

-          La nature est aussi le miroir de l’âme les émotions du poète ainsi elle semble partager la souffrance. Dans la strophe 3 on relève les termes « briser », « flan déchiré » ainsi que « tu mugissais » semblent traduire un long cri de douleur. Ce lieu évoque pour le poète à la fois la beauté et les moments heureux et la douleur et la tristesse d’avoir perdu Julie Charles. Le poète alterne donc des images sombres et les images agréables, plus des telles que dans la strophe 14 « les riants coteaux » opposés à « noir sapin » « rock sauvage » ; de la même manière à la strophe 4 « les flots harmonieux » s’opposent à la description de la strophe 3 précédemment citée. Pourtant le poète reste sensible à la beauté de la nature, à sa majesté il en fait donc une description méliorative « les flots harmonieux » (strophe 4), « beau lac » (strophe 14), « belle nature » (strophe 13). Enfin notre dernière remarque porte  sur le fait que la nature est associée à l’éternel non pas l’éternité de la pierre , de la roche mais celle sans cesse renouvelé du végétal « vous que le temps épargne », « qu’il peut rajeunir » (strophe 13).

 

Énonciation :

C’est un poème dans lequel on a une énonciation complexe.

-          On retrouve de  » je  » celui du poète et celui de la jeune femme. Le « je » de la jeune femme intervient dans les paroles rapportées au style direct des strophes six à neuf.

-           Le « tu » quant à lui est utilisé de manière très différente. Le premier  » tu  » s’adresse au lac : « tes ondes », « tes flots » le second « tu  » c’est celui de Julie qui s’adresse au temps «ton vol »  . Julie, comme le poète, Utilise aussi le « vous » , elle, pour parler aux heures et lui, pour parler à la nature  .

-          Le « nous » des significations différentes. Il y a le « nous » de généralités. « Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges… » (strophe 1) Julie utilise aussi ce « nous »  de généralité à la strophe 9 « nous passons ! »

-          Enfin la troisième personne est aussi utilisé parfois au  singulier et parfois au pluriel , ainsi à la strophe 2 « qu’elle devait revoir »;   »elle » étant Julie Charles ; tandis qu’à la strophe 11 le poète  parle du temps à la troisième personne.

Avec ce système d’énonciation complexe le poète multiplie les voix et dépasse ainsi la simple évocation d’un amour particulier. Ce poème prend alors une dimension plus générale sur la difficulté d’aimer et le temps qui passe.

 

La relation poète/femme, l’amour:

Ce poème est un poème d’amour qui porte sur celui ressenti par Lamartine et Julie Charles un été,  éprouvé ensuite par la Lamartine seul après la mort de Julie.

Pourtant, dès le départ, on peut voir que,  plus qu’un  « je » et un « tu » il y a deux « je » qui n’entrent pas réellement en communion « je viens seul » (strophe 2) du poète et « je demande » (strophe 8)  de Julie. Les rares fois où est employé le « nous » qui matérialise l’unité de l’union amoureuse, il ne semble pas traduire l’intimité d’une relation comme dans « nous voguions  en silence » ou le nous évoque un vécu commun mais ne semble pas parler d’amour.

Quant à la jeune femme lorsqu’elle utilise le « nous », là encore elle ne parle pas d’amour mais de bonheur et de plaisir « laissez-nous savourer les rapides délices » (strophe 6).  Elle utilise aussi l’hyperbole avec le superlatif absolu « des plus beaux de nos jours » ou des termes tels que « les heureux » (strophe 7) qui semblent parler d’un bonheur beaucoup plus général.

D’ailleurs la prière de Julie devient très personnelle « je demande », « je dis » (strophe 8) là encore, le manque de communion et d’amour partagé  est flagrant.

La relation entre les deux amants correspond donc plus à des instants de bonheur regrettés plutôt qu’à de l’amour ou de la souffrance amoureuse.

Le poète n’évoque à aucun moment sa tristesse ou sa douleur, en réalité seule la nature renvoie à cette idée de douleur.

La seule fois où l’amour particulier qu’ils ont partagé est évoqué c’est dans le dernier vers et l’on peut remarquer qu’il utilise alors un passé composé qui montre une action terminée : « ils ont aimé ». Le verbe « aimer » n’est alors pas utilisé de manière pronominale réciproque ce qui éloigne l’idée de l’union amoureuse.

L’évocation de l’amour dans ce poème orphique est loin du concept original de la douleur d’Orphée retournant aux enfers,  il correspond plus à l’état romantique de celui qui, d’une manière un peu égoïste, ne s’intéresse qu’à sa propre souffrance.

 

Le lyrisme romantique :

Lorsqu’on  étudie le lyrisme romantique d’un texte ou d’un poème , on doit s’attacher aux caractéristiques lyriques c’est-à-dire :  la nature, l’expression de l’émotion, l’utilisation du jeu, la solitude, et la musicalité. (On peut parfois aussi s’intéresser à l’évocation des ruines) dans ce poème nous retrouvons :

-          la nature (voir entrée sur la nature)

-          l’expression de l’émotion (voir entrée sur l’amour)

-          l’utilisation du « je » (voir entrée sur l’énonciation)

-          la solitude : elle est annoncée dans ce poème dès la seconde strophe par le poète « je viens seul ». Chaque fois qu’il utilise le « nous » c’est soit au passé « nous voguions » soit c’est un « nous »  de vérité générale « ne pourrons-nous jamais ».

-          La musicalité , elle,  apparaît de plusieurs manières:  par l’évocation de la musique, par celle du bruit, par l’utilisation des sonorités, et par le rythme.

*La musique apparaît à travers des termes tels que « en cadence » ou « harmonieux » (strophe 4).

*Les bruits sont nombreux, ce sont ceux de la nature mais ils semblent parfois se transformer en plainte  « tu mugissais » (strophe 3) « le zéphyr qui frémit », ou « les bruits de tes bords par tes bords répétés » ou encore « le vent qui gémit », « le roseau qui soupire ». I l y a aussi « le bruit des rameurs ».

*de nombreuses allitérations et assonances donnent aussi une grande musicalité à ce poème tel que par exemple « qui frappait en cadence » ou « dans les bruits de tes bords partaient bords répétés ». (Il y en a d’autres)

*enfin c’est le rythme même de ce poème qui est musical avec sa structure en strophe constituées de trois alexandrins et un hexasyllabe avec un  enjambement du vers 3 sur le vers 4 qui  donne un rythme à l’oreille de 12/12/18 ce qui ressemble au rythme de la valse ….  d’autant plus que l’alexandrin en lui-même avec sa césure en 6/6 est considéré comme un vers musical.

On remarque que seule la parole rapportée de Julie Charles ne suit pas ce rythme mais un rythme plus rapide en 12/6/12/6 et avec de nombreux rejets et contre rejets qui traduisent le naturel de la parole.

La musicalité est essentielle dans la poésie orphique dont le mythe fondateur est né de la lyre d’Orphée offerte par Apollon.

 

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Ubu roi , Alfred Jarry ; acte I scène 1

Ubu roi , Alfred Jarry

Introduction générale :

La pièce Ubu roi a été écrite par Alfred Jarry en 1888, et sa première représentation publique véritable a lieu en 1896. L’histoire d’Ubu  a été créée par des étudiants dont faisait parti l’auteur afin de se moquer de l’un de leurs professeurs,  Monsieur Hébert. Cette farce potache qui a choqué ses contemporains lors de sa première représentation est une parodie de drame sur le pouvoir absolu. Le père Ubu prend le pouvoir par la force et exerce alors un totalitarisme ignoble.

Texte n° 10                                             Introduction acte I scène 1

Ce dialogue est extrait de la scène d’exposition et met en scène Père Ubu et Mère Ubu. Dans ce passage Mère Ubu tente de convaincre Père Ubu d’assassiner le roi de Pologne dont il est le ministre afin de prendre sa place et de régner.

 

Les entrées : une scène d’exposition, provocation et rire, parodie, père Ubu, relations entre les personnages.

1) une scène d’exposition :

Comme dans une scène d’exposition classique cette scène nous présente les personnages principaux mère Ubu et père Ubu. Père Ubu se présente lui-même pour expliquer qu’il est content de lui « capitaine des dragons etc. » la mère Ubu elle,  ne se présente pas mais apparaît à travers ses propos. Ainsi elle paraît très ambitieuse « peut-être dans huit jours serai-je reine de Pologne » elle est, de plus, très manipulatrice. Elle  s’adresse à Père Ubu et  pour le convaincre elle lui fait miroiter ce que lui apportera le trône en employant le conditionnel « tu pourrais… » elle le  tente  aussi grâce à des hyperboles telles que « indéfiniment » et tour à tour, elle le flatte ou le houspille « un véritable homme », « un gueux pauvre comme un rat » de plus elle paraît cruelle « massacrer toute la famille ».

Cette scène d’exposition nous apprend aussi que le Roi de Pologne se nomme Venceslas et qu’il a des enfants, que  le lieu où se passe l’histoire est la Pologne : « la couronne de Pologne » (L20) (c’est bien évidemment une Pologne imaginaire). Ensuite il y a une annonce de ce qui s’est passé précédemment comme le veut la règle classique de la scène d’exposition : « après avoir été roi d’Aragon ». L’intrigue de la pièce est dévoilée aussi « qui t’empêche de massacrer toute la famille de te mettre à leur place ? » (L 27).

Cependant , cette scène d’exposition est non seulement originale mais surtout surprenante tout d’abord par  le ton donné à la pièce avec le premier mot prononcé sur scène « merdre » (L 1) mais aussi par le caractère burlesque de cette scène dans laquelle un officier et sa femme envisage d’assassiner le roi et de faire un coup d’État mais sur le ton de la farce, et en employant un vocabulaire et des expressions grossiers « n’ai-je pas un cul comme les autres » (L 33,34), « passer par la casserole » (L 40). De plus, le brusque retournement de Père Ubu laisse planer un doute sur la suite de la pièce. Le caractère parodique est immédiatement mis en place dans cette scène d’exposition.

 

 

 

 

2) père Ubu :

La première image donnée de Père Ubu dans cette pièce est celle d’un personnage grossier , notamment avec l’utilisation du mot « merdre » (L 1) c’est-à-dire « merde » auquel il a ajouté une lettre ce qui le rend encore plus truculent,  plus fort et plus ridicule.  La répétition de ce mot ainsi que d’autres expressions telles que «bougre de merdre, merdre de bougres », ou l’utilisation du mot « cul » mêlées  à des expressions soutenues telles que « vous me faites injures » (L 29) ou des inversions sujet verbe comme « n’a-t-il pas » (L 26), « que ne vous assomme’ je » (L 4) ainsi que le mélange du vous et du tu « vous me faites injure » (L 29) et « qui t’empêche » en font un personnage extravagant et grossier.

C’est de plus un personnage puéril. Ainsi Mère Ubu,  pour le convaincre,  lui propose des avantages qui ne convaincraient aucune personne adulte et mature telle que « de l’andouille » ou « un grand caban »,ou encore « un parapluie » (L 42,43) et de manière complètement décalée des avantages inaccessibles tels que « augmenter tes richesses indéfiniment » (L 37,38).

Comme un enfant , il cède très rapidement aux propositions de Mère Ubu et paraît donc très facilement influençable ou manipulable « je cède à la tentation » (L 44) mais il est versatile « plutôt mourir que d’assassiner » (L 50) .

Père Ubu est d’autant plus surprenant qu’il semble un moment faire preuve de moral et de vertu lorsqu’il refuse d’assassiner le roi (L 50) ou lorsqu’il déclare : «j’aime mieux être un gentil rat qu’un méchant chat ». C’est aussi un personnage qui apparaît capable de violence il use souvent de menaces notamment lorsqu’il dit « que ne vous assomme’je » (L4), ou « vous allez passer par la casserole » (L 30), ou encore « passer un mauvais quart d’heure » (L 44).

On ne peut pas non plus oublier le caractère très visuel de la pièce mis en valeur par Jarry dans ses croquis et qui nous montrent un père Ubu avec une immense gidouille et une allure grotesque. Père Ubu est donc un personnage inattendu,  il paraît vénal,  versatile,  égoïste,  grossier.

3) la relation entre les personnages:

 Le mari et la femme ne paraissent pas se respecter. Mère Ubu ne cesse d’insulter Père Ubu dès la ligne 2     « grand voyou » ou encore « tu es si bête » (L 23) elle le compare à un rat et le traite de « pauvre malheureux, gueux » (L 32).

De son côté, on voit aussi que père Ubu la menace « que ne vous assomme » et ne s’intéresse pas vraiment à ce que dit sa femme, ainsi son « je ne comprends pas » (L 7) semble surtout un manque d’intérêt il répète d’ailleurs à la ligne 21 « je ne comprends rien » et « l’envoie promener » avec un    « et bien après, mère Ubu ? » (L 58) explicité par la didascalie : « il s’en va en claquant la porte« .

Mère Ubu semble plus intelligente que père Ubu ainsi elle le manipule, elle utilise des allusions telles que « ce n’est pas moi, c’est un autre… » (L5 6) ou encore « vous pourriez faire succéder sur votre fiole » (L 18 19). Elle passe du conditionnel au présent lorsqu’elle constate qu’il a enfin compris « qui t’empêche de massacrer » (L 27). Il semble qu’elle ait parfaitement analysé le Père Ubu puisqu’elle sait proposer ce qui le tente, elle connaît ce qu’il aime. Enfin elle paraît sûre d’elle-même « grâce à Dieu et à moi-même » (L 61)

Ce couple se vouvoie et se tutoie à tour de rôle « Madame » (L 10) ou alors « mère Ubu » (L 21) ce qui est beaucoup plus familier …   de la même manière Mère Ubu  le flatte « un véritable homme » mais aussi « père Ubu » (L9).

On se rend compte que si mère Ubu pousse son mari à commettre un coup d’État c’est, égoïstement, pour elle-même « serai-je Reine de Pologne » (L 64) enfin,  elle ne fait pas confiance à Père Ubu.

4) provocations et rire:

Dans cette pièce Jarry n’hésite pas à provoquer les spectateurs contemporains aussi bien avec le mot «merdre » qu’avec la juxtaposition des registres familiers et soutenus . en effet il fait se côtoyer des termes argotiques et des termes nobles tels que « fiole » et « couronne » (L 15) ou encore « cul et trône » (L 36) mais l’auteur utilise aussi des expressions qui ne veulent rien dire telles que « de par ma chandelle verte » (L7, 10,24) ou des formulations dignes du Moyen Âge « vous este » (L 2)  ou encore « ventre bleu » (L 53). Pour faire rire il utilise beaucoup d’exagération par exemple de la ligne 10 à la ligne 15,  il propose une accumulation de titres avec un registre soutenu dont le caractère noble est brusquement rabaissé par la Mère Ubu dans la réplique suivante « une cinquantaine d’estafiers armés  de coupe-choux » (L 20). Toujours dans le registre comique de nombreux jeux de mots sont utilisés tels que le trône qui associé au mot « cul » change de signification. Les nombreuses accumulations ressemblent plus à des listes farfelues telles qu’aux  lignes 36 ou 56. Même si le sujet de la pièce  semble être un sujet sérieux,  Alfred Jarry tire tour à tour la corde provocation ou la corde comique.

5) la parodie :

Cette scène est une parodie de Macbeth de Shakespeare. Dans la tragédie originale, Macbeth  est poussé par sa femme à assassiner son roi. Comme dans la pièce de Shakespeare,  Ubu oppose tout d’abord une certaine résistance à la proposition de sa femme;  mais le registre tragique et soutenu de Macbeth est devenu un registre familier et comique dans Ubu roi.

On remarque que cette parodie amplifie la cruauté du personnage Ubu/Macbeth « qui t’empêche de massacrer toute la famille » (L 27) de plus la relation entre Mère et Père Ubu est totalement différente de celle entre Sir et Lady Macbeth. Père Ubu parle très mal à Mère Ubu et la menace « passer à la casserole » (L 30) ou « que ne vous assomme’ je » (L 4) tandis que Mère Ubu lui répond tout aussi mal « tu est si bête » (elle 23) ou encore à la ligne « vous êtes un fort grand voyou ». De plus Père Ubu parodie le langage du chevalier avec l’accumulation de ses « titres » ainsi qu’avec son exclamation « de par ma chandelle verte » qui reprend de manière absurde la formule classique d’un chevalier avant de se battre.

 Les instruments d’apparat qui sont censés symboliser la richesse et le pouvoir sont aussi parodiés dans Ubu Roi puisqu’à la place du sceptre et de la traîne d’un roi Ubu aurait « un parapluie » et « un grand caban ». Comme on l’a dit précédemment le trône d’Ubu évoque bien plus des « toilettes » qu’un véritable trône.

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Analyse de l’excipit de W ou le souvenir d’enfance ; Perec

Texte 9 :                 W ou le souvenir D’enfance, George  Perec

                                                    chapitre 36 : L’Excipit  (p219)

Introduction de l’extrait :

Cet extrait est l’Excipit de « W » au chapitre 36. Il est suivi cependant au chapitre 37 de l’Excipit du « Souvenir ». Le croisement de ces deux chapitres nous donne la clé de W ou le souvenir d’enfance : des camps de concentration. La description définitive des sportifs de W ainsi que la découverte de la forteresse fait clairement référence aux camps de concentration de la seconde guerre mondiale.

Les entrées :

le sport, les camps, la souffrance.

1) le sport :

Le texte commence dès la ligne 1 par l’évocation des athlètes, on est donc bien dans l’évocation sportive d’autant plus qu’ils sont appelés « les sportifs » (L 2). On a, de plus, une progression thématique éclatée :  ainsi le thème, « les athlètes, » est dérivé en « ces lanceurs », « ces sauteurs » (L 5), « ces lutteurs » (L 7 8), « ces coureurs » (L 9),   » ces rescapés » (L 10).

Le narrateur développe aussi le champ lexical du sport avec des termes tels que « un sprint » (L 3), « les poids » (L 4), « s’élever », « coureur de fond » (L 9), « marathon » (L 10), « performance », « avec le 100 m, 200 m » (L 25) « les juges de touche » (L 12).

Cependant, étonnamment, ces sportifs semblent très faibles. Dès le début on retrouve une comparaison surprenante « ressemble à des caricatures sportives de 1900 » (L 2). De plus tous les termes associés au sport sont accompagnés d’explications peu avantageuses et qui tendent à rendre ridicules les descriptions du sport à W ainsi : « des caricatures » (L2), « leur sprint est grotesque » (L 3), « les sauteurs ont les chevilles entravées » (L 5), « les lutteurs enduits de goudron et de plumes » (L 8), «  sautillants et à cloche-pied » (L 9) enfin les athlètes sont décrits d’une manière terrible notamment avec l’adjectif  « squelettique » (L 13).

Ils sont décrits par une accumulation de groupes nominaux avec une gradation jusqu’à l’hyperbole « toutes ces marques indélébiles » (L 16). De même les coureurs font des scores ridicules avec « 23 minutes pour le 100 m, 51 minutes pour le 200 m et 1m30 au  saut en hauteur »(L 25,26, 27). C’est ainsi que le mot « athlète » prend une dimension ironique et que l’utopie sportive se transforme en contre utopie. Le sport évoqué dans cet extrait  est une mascarade qui ressemble au sport décrit dans la page de  l’univers concentrationnaire  de David Rousset cité par Pérec dans la dernière page de l’œuvre.

 

2) la souffrance :

Sur W , les sportifs semblent souffrir. Leur description de la ligne 13 à  la ligne 14 montre une réelle souffrance physique et psychologique. Les différents groupes nominaux sont marqués soit par des adjectifs tels que « terreux », « courbé », « purulente » accentuée par des hyperboles telles que « toujours », « indélébiles » ou alors par des compléments de noms tels que « plein de panique », « sans fin, sans fond ».

À cette souffrance physique s’ajoute une souffrance psychologique qui est décelable dans l’utilisation de termes tels que « panique », « terreur », « humiliation ».

Ces « athlètes » sont appelés « les rescapés du marathon » (L 10) et sont décrits par une accumulation (L 11) « éclopés, transis ». De plus on devine que ces « athlètes » prennent des coups (ils sont battus par les juges lorsqu’ils passent) ce que l’on comprend grâce à (L 12) « les verges et les gourdins » ; on apprend aussi (L 5) qu’ils sont « entravés »,  « enduits de goudron et de plumes » (L 8).

Enfin c’est une souffrance qui ne s’arrête jamais . On remarque à ce propos une accumulation qui va dans ce sens : « chaque jour chaque heure, chaque seconde » (L 19). Certaines évocations sont effrayantes :  « anéantissement systématique des hommes » (L 23) . Leur souffrance devient évidente dans le paragraphe suivant avec la description de l’intérieur de la forteresse.

 

3) les camps :

C’est dans cet extrait que se rejoignent définitivement l’histoire et l’Histoire.

En effet l’utopie sportive commencée dans W a bien abouti à une contre utopie, et cette dernière description de l’activité sportive sur W est bien la description d’un camp de concentration.

Dès les  lignes 1 et 2 la tenue des sportifs ressemble étrangement au costume des déportés « tenues rayées » puis la description des épreuves sportives montre l’humiliation et la torture imposée à ces hommes « chevilles entravés » (L 5), « fausses remplies de purin » (L 7), « enduits de goudron et de plumes » (L 8) et enfin ils affrontent des juges « armés de verges et de gourdins » (L 12).

Leur attitude est la même que celle des déportés dans les camps :  ils sont « éclopés, transis » (L 11), « toujours courbé » (L 14) comme les déportés des camps de concentration nazie, on leur a rasé la tête « crâne chauve » (L 14,15). Le manque de nourriture et de soins est perceptible dans l’apparence de ces soi-disant sportifs avec « squelettique » (L 14), « dévisage terreur » (L 13 14), « les plaies purulentes » (L 16) mais aussi dans leur incapacité à faire réellement du sport on apprend ainsi à la ligne 9 que l’on peut les voir « sautillants à cloche-pied » ou « à quatre pattes » (L 10), « trottinant » (L 11) ainsi leur manière de se déplacer aussi bien que leurs performances sont tout à fait ridicule (L 25 26 27).

En dehors de l’évocation de ces soi-disant sportifs de W c’est le système même qui régnait dans les camps lors de la Shoah qui semble restitué dans l’organisation de W; on retrouve aussi bien « l’anéantissement systématique des hommes » (L 22,23) qui semble hyperbolique mais qui n’est qu’une évocation de la réalité dans les camps, ou encore l’accumulation « un écrasement conscient, organisé, hiérarchisé » (L 20) ou enfin « cette machine énorme dont chaque rouage participe » (L 21) renforcé par l’adjectif «implacable » (L 22) cette dimension systématique et ce caractère implacable qui s’abat sur les sportifs de W comme sur les déportés des camps de concentration apparaît dans l’utilisation de l’accumulation anaphorique « chaque homme, chaque jour, chaque » (L 18,19). Pourtant c’est un paragraphe différent,  séparé par un astérisque,  qui décrit le mieux ce que les libérateurs ont trouvé dans les camps en y entrant (et qui reste d’ailleurs une image terrible dans la mémoire collective) par la longue accumulation (L 35–38). On comprend donc que la forteresse qui se trouve au centre de l’île de W est la clé de l’interprétation de l’œuvre.

 

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